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Collision de Millas: prison requise contre la conductrice, face à des victimes condamnées à la « perpétuité »

Face à la "perpétuité" infligée aux enfants victimes de la collision mortelle entre leur car scolaire et un TER à Millas (Pyrénées-Orientales) en 2017, cinq ans d'emprisonnement, dont quatre avec sursis probatoire, ont été requis...

L'accident d'un car scolaire percuté par un train à un passage à niveau à Millas, sud de la France, le 14 décembre 2017, avait provoqué la mort de six enfants et en avait blessé 17 autres dont huit grièvement (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse - RAYMOND ROIG)

Face à la « perpétuité » infligée aux enfants victimes de la collision mortelle entre leur car scolaire et un TER à Millas (Pyrénées-Orientales) en 2017, cinq ans d’emprisonnement, dont quatre avec sursis probatoire, ont été requis mercredi à Marseille contre la conductrice du car.

Le dossier de l’accident de Millas au tribunal de Marseille où la conductrice du car scolaire est jugée depuis le 19 septembre 2022 (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Nicolas TUCAT)

Invoquant notamment la partialité de l’instruction, la défense de Nadine Oliveira, 53 ans, poursuivie pour homicides et blessures involontaires, a plaidé la relaxe, provoquant une rumeur d’indignation dans la salle. 

Jean Codognes, l’avocat de la conductrice du car scolaire accidenté à Millas contre laquelle 5 ans de prison ont été requis, dont 4 avec sursis (Tous droits réservés. © (2022) Agence France-Presse – Nicolas TUCAT)

Point de « fatalité » en tout cas, pour le procureur Michel Sastre, dans cette « tragédie » jugée par le tribunal judiciaire de Marseille, seule ville avec Paris à accueillir un pôle spécialisé dans les accidents collectifs. Mais une « faute simple », résultat de l’inattention et l’imprudence de la conductrice.

Des « vies d’enfants ont été ôtées, (…) des familles anéanties », a insisté le magistrat dans un réquisitoire mesuré, rappelant que la « perpétuité » avait déjà été infligée aux victimes. Cette collision, le 14 décembre 2017, au passage à niveau de Millas, avait provoqué la mort de six enfants et en avait blessé 17, dont huit grièvement. 

Depuis trois semaines, les témoignages n’avaient eu de cesse d’évoquer les « vies brisées » par ce drame.

« J’avais 13 ans et je suis devenue adulte en deux minutes. En deux minutes, j’ai perdu mon enfance, mon adolescence, mes amis », avait témoigné au début du procès une adolescente de 17 ans amputée d’une jambe après l’accident.

Beaucoup, à l’instar d’Elona, 18 ans, ont aussi fait part de leur « énorme sentiment d’impuissance et de culpabilité » d’être encore vivants.

Une culpabilité qui « n’est pas nécessairement venue de là où on l’attendait », chez la conductrice, a regretté mercredi le procureur.

– « La main invisible de la SNCF » –

Hospitalisée à plusieurs reprises après l’accident, en psychiatrie, la prévenue avait ensuite été placée sous contrôle judiciaire, sans aller en détention. A nouveau hospitalisée en psychiatrie, après s’être effondrée à la barre le 22 septembre, au quatrième jour de son procès, elle n’est plus réapparue depuis.

Le ministère public a assorti sa proposition de sursis d’une obligations de soins et d’indemnisation des victimes. M. Sastre a aussi demandé l’annulation des permis de conduire (de tourisme et de transport de passagers) de Mme Oliveira, ainsi que son interdiction définitive d’avoir une activité professionnelle en lien avec des enfants.

Nadine Oliveira, qui n’avait jamais connu le passage à niveau N.25 fermé, après l’avoir emprunté presque 400 fois avec son car depuis septembre 2017, a toujours soutenu que les barrières étaient ouvertes le jour du drame.

« On n’est pas dans une stratégie, une posture », comme l’ont montré les experts psychiatres, a concédé le magistrat: il y a « un manque d’empathie » chez Mme Oliveira, mais « je n’ai pas vu dans (son) attitude un déni absolu de ce qui a été commis », elle « dit ce que son cerveau estime être la réalité », pour ne pas sombrer totalement.

« Il y a plus de témoignages de barrières ouvertes que de barrières fermées, c’est une réalité objective », a plaidé de son côté Me Louis Fagniez pour la conductrice.

Dans ce procès, « un doute sérieux pèse sur l’impartialité des opérations d’expertise », avait estimé auparavant l’autre conseil de la conductrice, Me Jean Codognès. La démarche des experts ferroviaires « n’a pas été loyale », a renchéri Me Fagniez, rappelant les « intérêts les liant à Alstom comme à la SNCF »: pour lui, « tout au long de ce dossier, il y a la main invisible de la SNCF ».

Mme Oliveira « ne s’est jamais remise en question », a regretté auprès de l’AFP Fabien Bourgeonnier, le père de Loïc, l’un des enfants décédés.

Pour Nassera Bresteau, la mère d’Elona, la relaxe n’est « même pas entendable ». « Pour moi, elle est coupable et elle mérite une sentence à la hauteur de ce qu’elle a fait ».

A Perpignan, au Palais des sports, où le procès est diffusé depuis le début pour les proches de victimes, la peine requise est apparue bien insuffisante: « Elle a tué six enfants. Un an par enfant, ce n’est pas assez… », a regretté Michaël, 42 ans.

A la jeune fille amputée, bientôt majeure, peu importe la sentence finale: « la conductrice est déjà morte, emprisonnée en elle-même », avait-elle témoigné mardi via son avocate. 

Le jugement a été mis en délibéré au 18 novembre à 14h00.

jra-cor-fby/tes

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