Couverture du journal du 23/09/2020 Consulter le journal

Le jour de la Terre

Le 22 avril 1970, 20 millions d'Américains participaient aux premiers rassemblements du Jour de la Terre à travers le pays. Les prémices d’une préoccupation environnementale qui allait durant 50 ans s’étendre au monde entier.

Si vous pensez que le premier Jour de la Terre était juste une bonne idée dont l’heure était venue, vous vous tromperiez. Cet événement est né dans les flammes et le poison.

La décennie précédente avait commencé avec l’ouvrage de la biologiste Rachel Carson, Silent Spring (« Printemps silencieux », 1962), qui soulevait les problèmes liés aux pesticides pour s’achever avec un incendie de la rivière Cuyahoga (Ohio) et un déversement massif
de pétrole au large des côtes californiennes en 1969.
Figurant dans la liste des best-sellers du New York Times pendant plusieurs semaines, Silent Spring  provoqua une réelle prise de conscience auprès du grand public. En outre les images d’oiseaux goudronnés et des plages polluées de Santa Barbara ont accéléré l’électrochoc auprès des populations en 1969. Le pays était à fleur de peau. La guerre du Vietnam n’était plus un conflit lointain. Dans ce contexte, le jeune sénateur du Wisconsin Gaylord Nelson eut l’idée de fusionner les deux courants : capitalisant sur l’énergie des manifestations anti-guerre du campus, il proposa l’idée d’un « enseignement national » sur l’environnement. Il enrôla le membre du Congrès républicain Pete McClosky pour être son coprésident et engagea Denis Hayes, 25 ans, pour organiser un atelier national. Hayes, qui a grandi dans une ville de papeterie de l’État de Washington connue localement comme « l’endroit qui sent mauvais », avait à peine commencé à la Harvard Kennedy School lorsqu’il partit pour Washington
pour aider le sénateur Nelson. La date du 22 avril fut choisie parce qu’elle se situait commodément entre les vacances de printemps et les examens.

Hayes entreprit de se connecter avec des organisateurs régionaux à travers le pays ; ils se déplacèrent dans les collèges pour mobiliser un soutien pour les enseignements. Ils analysèrent le courrier qui arrivait sur le bureau du sénateur après ses discours et, à leur grande surprise, découvrirent que la plupart des lettres provenaient de femmes. Les jeunes mères de 25 à 35 ans étaient inquiètes pour l’avenir de leurs enfants et voulaient
s’impliquer. À la fin du premier mois de travail de Hayes, le nom « Enseignement environnemental » fut changé en « Jour de la Terre ». Le 22 avril 1970, 20 millions d’Américains participaient ainsi aux premiers rassemblements du Jour de la Terre à travers le pays. À New York, le maire ferma la 5e Avenue pendant deux heures pour
accueillir 100 000 personnes. Le pari du sénateur Nelson avait porté ses fruits. En décembre de la même année, le président Nixon créa une nouvelle agence appelée « Environmental Protection Agency » et le Congrès adopta le Land Air Act. Avec le recul, on peut dire que cette journée de la Terre contenait les germes d’un mouvement environnemental. Alan Shepard, l’un des astronautes ayant marché sur la Lune, a écrit: « J’ai réalisé là-haut que notre planète n’est pas infinie. Nous semblons assez vulnérables dans l’obscurité de l’espace ».

Depuis le premier Jour de la Terre il y a 50 ans, la population de la planète a plus que doublé. D’autres marées noires ont éclipsé celle de Santa Barbara. Il est plus que temps en ce XXIe siècle de prendre soin de ce beau marbre bleu qui nous a été confié. Le changement
climatique, comme le coronavirus, est furtif, destructeur et largement invisible.

* D’origine californienne, Marika Rosen vit à Washington D.C :
elle a travaillé notamment pour le Département d’État sous l’administration Obama. Toute jeune, elle a assisté à ce 1
er Jour de la Terre.