La Vie Economique : Les entreprises continuent-elles d’investir malgré le contexte morose ?
Christophe Le Pape : Il faut savoir que les chiffres 2025 ne sont pas encore sortis. Nous disposons des données Banque de France 2024, mais la tendance 2025 devrait être assez proche. Pour appréhender l’investissement en général, il faut s’intéresser à l’encours de crédit, qui s’élève à 189,6 milliards d’euros en Occitanie. Il s’agit en majorité de crédits immobiliers, qui repartent à la hausse, mais également de crédits d’équipement accordés aux entreprises, avec dans notre région une dynamique d’investissement qui se maintient malgré le contexte.
LVE : Tous les secteurs continuent-ils à investir ?
C. L. P. : On constate des disparités. Le dynamisme de la région Occitanie est surtout porté par les secteurs de l’aéronautique et du spatial, de la santé et des biotechs et plus largement de l’innovation. D’autres pans de l’économie sont plus en tension : le transport, le commerce ou l’hôtellerie-restauration ; c’est-à-dire les secteurs intimement liés au pouvoir d’achat et au moral des ménages. Or, on constate que les ménages n’ont jamais autant épargné, avec plus de 196 milliards d’euros de dépôts en Occitanie à fin 2024.
LVE : Quid du secteur de la Défense, poussé par le Gouvernement et les tensions géopolitiques mondiales ? Les banques sont-elles au rendez-vous pour les financer ?
C. L. P. : Les banques d’Occitanie sont prêtes, car elles sont à l’écoute des besoins nationaux. Mais nous ne sommes pas sollicités sur ce sujet par les entreprises. Pour qu’elles aient besoin d’investir, il faut qu’il y ait des commandes et ce n’est pas le cas pour l’heure. L’assemblée générale de la Fédération bancaire d’Occitanie, qui se tiendra en mars prochain, sera d’ailleurs consacrée à ce sujet.
LVE : Certaines start-up font état de difficultés à obtenir des crédits. Les banques ont-elles fermé les robinets ?
C. L. P. : C’est un mythe ! Il n’y a pas eu de coup de frein des banques. Pour l’octroi d’un crédit, ce que les banques apprécient, c’est le porteur du projet – ses compétences et sa capacité à mettre en œuvre sa stratégie – et la solidité de son business plan. Si ces éléments sont jugés satisfaisants, on accompagne les entreprises dans leur développement. Mais notre rôle est aussi de savoir dire non lorsque le porteur de projet risque de ne pas pouvoir rembourser son crédit.
LVE : Les banques restent-elles présentes dans tous les territoires en Occitanie ? Le nombre d’agences physiques va-t-il inéluctablement diminuer ?
C. L. P. : La France est le pays où le maillage bancaire est le plus important : plus de 95 % des Français ont un distributeur à moins de 15 minutes de chez eux. En Occitanie, les banques emploient 19 300 salariés – et ce chiffre reste stable – répartis dans plus de 3 500 agences. Sur le maintien ou la diminution du nombre d’agences, chaque banque établit sa propre stratégie.
LVE : Le Comité régional des banques FBF Occitanie avait lancé il y a deux ans une campagne de communication destinée à promouvoir les métiers de la banque. Où en êtes-vous aujourd’hui ? Le secteur attire-t-il davantage ?
C. L. P. : En effet, nous avions lancé une campagne de communication en Occitanie qui avait été reprise ensuite au niveau national avec l’ambition de faire connaître nos métiers. Cela avait été une vraie réussite. Aujourd’hui, le contexte a changé : il y a moins de turn-over et nous rencontrons moins de difficultés de recrutement qu’à la sortie du Covid. Nous avons aussi appris à recruter autrement ; à aller chercher des talents dans d’autres secteurs et à les former en interne.
LVE : Quels sont les grands enjeux à venir pour les banques ?
C. L. P. : Nous continuons bien entendu à travailler sur la digitalisation, mais également sur l’arrivée de l’IA qui va pouvoir nous apporter beaucoup, notamment en termes de personnalisation de la relation client ou encore de lutte contre la fraude. Les banques sont également des acteurs engagés pour la transition environnementale. Elles continuent à travailler pour financer les projets liés à la décarbonation. Nous formons nos conseillers sur ces sujets essentiels.
« L’investissement se maintient malgré le contexte »