Dans un paysage hors du temps, entre Argelès-Gazost et Luz-Saint-Sauveur, le seul atelier français de fabrication de parapentes cache bien son jeu. Rachetée en 2012 par Jean-Marie Bernos, la branche d’EMEM-Gypaaile, un fabricant technique de montagne, devient Nervures en 1993 et déménage à Soulom en 1997. Si le marché du parapente a crû à la sortie de la pandémie de Covid, l’inflation a depuis touché le secteur et Nervures est bien seule face aux fabricants asiatiques.
« Nous sommes passés de 500 à 600 voiles par an à 50 à 100 ailes », souligne le dirigeant. Un choix assumé par Jean-Marie Bernos qui avait anticipé dès 2018 le besoin de se diversifier. Il enregistre depuis 2024 une forte demande pour de la confection textile technique. « Pendant la pandémie de Covid, j’ai proposé à la préfecture des Hautes-Pyrénées de fabriquer des masques. Nous en avons réalisé 50 000 en un mois et demi. Cela nous a fait connaître dans la région et a représenté un virage en communication », explique-t-il en détail.
Secteur de la défense
Nervures compte pour clients des boutiques, des écoles de parapente et des grands donneurs d’ordre comme TotalEnergies, Naval Group, Thales, Michelin, l’opérateur japonais de cargo K Line, le fabricant local d’exosquelette HMT et les dronistes toulousains Delair. La société pyrénéenne s’appuie sur son savoir-faire : elle développe des parachutes à haute performance pour le secteur militaire, vend ses brevets et patrons aux États-Unis et est en contact avec l’ETAP de Toulouse avec son programme novateur pour sauter à haute altitude. Pêle-mêle, Nervures fabrique des parachutes de secours pour drones, des pièces textiles pour les exosquelettes HMT, des sacs de transports, des sangles velcro, des systèmes de sangles d’arrimage civils et militaires, des ralentisseurs pour sonar dans la lutte anti-sous-marine.
Ailes grand format
« Depuis 2017-2018, nous concevons des ailes à propulsion auxiliaire pour les navires marchands. Développées pour OceanicWing, filiale française de K Line, elles permettent de réduire la puissance motrice et donc la consommation de fuel de 10 à 20 %, indique Jean-Marie Bernos. L’objectif est de se diversifier tant au niveau des produits que des clients pour réduire notre risque de défaillance. » Nervures enregistre un chiffre d’affaires inférieur à 1 million d’euros et en investit 15 % dans la recherche. Les parachutes et parapentes représentent la moitié de sa production.
Compétences maison
La première génération de parachutes performants est utilisée par les Marine Corps et les forces spéciales. « Nous avons travaillé sur leur développement, leur industrialisation et leur homologation. Depuis un fond de vallée, nous avons des capacités de design utilisées dans le monde entier », souligne Jean-Marie Bernos. Une innovation au cœur de la stratégie de l’entreprise qui passe par des employés spécialisés comme Pierre Rémy, triple champion de France et champion du monde de parapente qui dessine les produits, les met au point avant leur homologation en laboratoire et leur commercialisation. Nervures a aussi conçu un logiciel de dessin commercialisé, calqué sur ceux utilisés dans l’industrie, mais adapté au matériel souple.
Pousser les murs
Les innovations s’enchaînent : le parapente biplace le plus léger au monde, des sellettes d’une portance de 140 kg quand le critère d’homologation est de 125 kg. L’entreprise travaille également sur de nouvelles solutions d’étanchéité avec des machines pour thermosouder en outdoor, pour le canyoning ou l’industrie. Si pour ses grandes ailes, Nervures utilise un atelier de 900 m² mis à disposition par la Communauté de communes Pyrénées vallées des Gaves, la société pourrait être amenée à pousser les murs. « Deux clients nous sollicitent sur deux marchés ultra-spécialisés pour de la très grande dimension, si cela aboutit, nous aurons besoin de plus de mètres carrés et d’employés. Nous étudions cela en 2026 pour une mise en place fin 2027 à début 2028 », conclut le dirigeant de Nervures.
« Nous orientons 15 % de notre chiffre d’affaires vers la recherche »