Les eaux claires du lac d’Orédon, bordées de conifères et surplombées par les massifs environnants, cachent une histoire riche. Situé au cœur du massif du Néouvielle, le lac remonte à 300 millions d’années, lorsqu’une intrusion de magma des profondeurs de la terre donna naissance à une barrière granitique au cœur des Pyrénées calcaires modelées par l’érosion. Avec cette particularité géologique viennent de multiples milieux aquatiques et lacs sous influences atlantique, méditerranéenne et continentale. Le microclimat présent est plus chaud et plus sec. « Avec des températures positives pour ces altitudes, nous allons retrouver des espèces qui ne seront pas présentes dans d’autres massifs. C’est un laboratoire à ciel ouvert pour étudier les milieux aquatiques, les lacs et la flore », explique Océane Pasquet, conservatrice de la réserve naturelle nationale du Néouvielle. Entre 1869 et 1884, la construction du barrage d’Orédon vient compléter le paysage afin d’alimenter le Gers via le canal de la Neste. C’est le plus ancien barrage pyrénéen.
Laboratoire biologique
L’histoire géologique explique l’intérêt scientifique et, en 1923, l’université de Toulouse fonde le laboratoire biologique de l’institut d’hydrobiologie de la faculté de Toulouse sur les bords du lac d’Orédon. À 1 853 mètres d’altitude, il fait avancer les connaissances sur la biologie aquatique et terrestre d’altitude et crée un contexte scientifique favorable à la création d’un espace naturel protégé. La réserve naturelle nationale du Néouvielle a fêté ses 90 ans en 2025. Ouvert seulement en juillet et août, le laboratoire exigu s’apparente à un refuge de montagne.
« Après les professeurs Jammes et Despax, le professeur Angelier a renouvelé ici toute la biologie moderne des eaux douces de montagne par les études approfondies qu’il a pu mener à bien grâce à la protection de la réserve et maintenant dans le cadre du parc national, sur l’évolution saisonnière de la biomasse des lacs et des ruisseaux », expliquait le professeur de botanique Pierre Chouard en 1971. Après plusieurs décennies de recherche, le laboratoire ferme ses portes en 1975, mais des observations et des recherches continuent d’y être menées par des scientifiques en partenariat avec le parc national des Pyrénées.

© Agence Tikopia
Des études toujours en cours
Le lac d’Orédon et le massif du Néouvielle constituent l’une des zones les plus étudiées des montagnes françaises, dont les travaux scientifiques représentent un patrimoine remarquable. « Si ce laboratoire n’existe plus à proprement parler, il reste utilisé aujourd’hui », poursuit Océane Pasquet. Des espèces phares sont étudiées de façon fine sur le site comme la subulaire aquatique des Pyrénées, une plante amphibie et le lézard de Bonnal, reptile endémique des Pyrénées, mis en danger par le réchauffement climatique et la perte de son habitat.
Virage touristique
Dans le Néouvielle, le tourisme s’est développé à la fin des années soixante avec la création de la route des lacs de haute montagne. Le Syndicat à vocation unique Aure-Néouvielle a porté la création d’un sentier autour du lac d’Orédon. Ouvert en 2024, il propose un nouvel itinéraire aux visiteurs afin de mieux répartir les flux, avec un sentier à la fois de randonnée et pédagogique revenant sur l’histoire du lieu et révélant les espèces remarquables présentes sous la surface de l’eau et sur les berges du lac. L’ancien bâtiment du laboratoire a été reconverti en accueil de la réserve et la fromagerie du Néouvielle, seule activité commerciale présente sur l’estive, gérée par Yasmine Mushein, en occupe une partie. Sur la saison estivale 2024-2025, entre 5 500 et 5 600 passages ont été comptabilisés au lac d’Orédon.

© Mickaël Louit
« C’est l’une des zones les plus étudiées des montagnes françaises »
Le barrage d’Orédon en travaux
La SHEM a engagé des travaux depuis mai dernier pour renforcer la sécurité du barrage d’Orédon et améliorer l’évacuation des excédents d’eau en période de fortes précipitations. Se déroulant entre 2026 et 2028, ces travaux prévoient des mesures de protection des espaces naturels.