C’est un joli cadeau que s’offre Fittingbox pour son anniversaire. L’entreprise haut-garonnaise, qui fêtera ses 20 ans le 6 août, a quitté les locaux de Lyra, à Labège, où elle louait un plateau, pour une nouvelle adresse : le 6e et dernier étage de l’IOT Valley, toujours à Labège. Le nouvel espace comprend plus de 800 m2 de bureaux et une terrasse de 345 m2. « Nous souhaitions rester à Labège, pour ne pas changer les habitudes de nos collaborateurs, et trouver un espace à notre image », confie Ariel Choukroun, cofondateur de Fittingbox. « Nous recevons aussi régulièrement nos clients, qui viennent du monde entier, et ces nouveaux bâtiments constituent une belle vitrine de notre savoir-faire », ajoute le dirigeant. Dernier argument et non des moindres : dans ces nouveaux espaces, Fittingbox bénéficie de facilités logistiques, notamment un monte-charge. Un outil loin d’être anecdotique pour l’entreprise qui reçoit de nombreux cartons de montures de lunettes, et désormais de chaussures.
5 000 montures numérisées chaque mois
Car chez Fittingbox, on modélise plus de 5 000 paires de lunettes par mois. L’entreprise est en effet le plus grand numériseur mondial de montures et le leader sur l’activité de la réalité augmentée dans l’univers de la lunette. La société a développé diverses technologies et déposé près de 60 brevets permettant notamment la numérisation de montures pour créer des catalogues, l’essayage virtuel de lunettes ou encore la prise de mesures des écarts pupillaires en ligne.
Fittingbox est le plus grand numériseur mondial de montures
1 million d’essayages virtuels par jour
L’entreprise compte parmi ses clients les plus grandes enseignes telles qu’Afflelou, Atoll, Optical Center en France, mais également Fielmann, Jins, ou encore Specsavers à l’international. Elle propose également ses services aux e-commerçants spécialisés dans les lunettes, aux fabricants de lunettes et même aux marques telles que Dior, Louis Vuitton ou Maui Jim.
Aujourd’hui, plus d’1 million d’essayages virtuels de montures sont réalisés chaque jour dans le monde grâce aux technologies de Fittingbox. « Ce nombre a été multiplié par 3 sur les 4 dernières années », déclare Benjamin Hakoun, cofondateur de l’entreprise. Des chiffres impressionnants pour ces deux dirigeants, également cousins germains, qui n’imaginaient pas, 20 ans en arrière, vivre un tel succès.
Solutionner un problème pour les myopes
« Lorsque nous étions adolescents, nous étions tous les deux passionnés de digital. Un peu des geeks avant l’heure », se souvient Ariel Choukroun. Les deux cousins mènent leurs études chacun de leur côté. Ariel – le scientifique – prépare sa thèse à l’ENSEEIHT, école d’ingénieurs de Toulouse, travaillant notamment sur les sujets de réalité augmentée. Benjamin – le commercial – étudie à HEC. Sensibles à la mode, les deux hommes font face à une difficulté : « Nous sommes myopes tous les deux, et lorsque nous voulions essayer une nouvelle monture de lunettes, nous n’arrivions pas à bien nous voir sans verres correcteurs ! C’est de là qu’est née l’idée de Fittingbox », sourient les dirigeants.
Lauréats de nombreux concours
Ariel est soutenu dans sa démarche par son laboratoire : sa thèse deviendra même le premier brevet de Fittingbox. Les deux cousins se lancent en 2006 dans l’aventure entrepreneuriale. Ils intègrent l’incubateur Midi-Pyrénées (devenu depuis Nubbo). Lauréats de nombreux concours (prix IT du Petit Poucet – Microsoft, Trophée Création Développement du ministère de la Recherche, Prix Innovation de la Région Midi-Pyrénées…), ils obtiennent quelques financements qui leur permettent de développer leurs premières solutions. « Il faut se souvenir qu’à cette époque, il n’y avait pas de smartphone, ni même de webcam intégrée aux ordinateurs », rappelle Benjamin Hakoun.

Plus d’1 million d’essayages virtuels de montures sont réalisés chaque jour dans le monde grâce à Fittingbox © DR
Des levées successives
Fittingbox démarre ainsi avec un logiciel qui permettait, grâce à l’envoi d’une photo portrait issue d’un appareil photo numérique, d’y ajouter une paire de lunettes. « On a vendu notre solution à Kris puis Ray Ban », se souvient Benjamin Hakoun. La machine est lancée.
Fittingbox fait sa première levée de fonds en 2009, en pleine crise financière. Une deuxième est réalisée en 2014, lorsque la technologie doit être déployée sur smartphone. En 2018, la société Fielmann devient cliente et investisseur de Fittingbox. L’arrivée de ce nouvel actionnaire permet à la société haut-garonnaise de déployer une nouvelle technologie : celle de la combinaison de la réalité diminuée et de la réalité augmentée. L’idée pour l’utilisateur est de pouvoir essayer une monture, sans enlever ses lunettes de vue. La réalité diminuée permet d’effacer la monture déjà portée et la réalité augmentée rajoute à la place la paire à essayer.
Rachat de Ditto en 2023
En 2022, c’est le japonais Jins qui entre au capital de Fittingbox. Un an plus tard, l’entreprise réalise sa première opération de croissance externe, rachetant son plus grand concurrent américain, Ditto, qui réalisait à l’époque 5 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Aujourd’hui, Fittingbox emploie environ 160 personnes, dont 70 sur le siège à Labège. La société a généré 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et vise une croissance de 30 % en 2026. Car Fittingbox n’en finit pas d’innover. L’entreprise s’apprête en effet à lancer de nouveaux services pour ses clients du secteur optique.
Fittingbox vise une croissance de 30 % en 2026
Un nouvel outil de mesure pour les opticiens
« Près de 60 personnes travaillent chez nous, depuis plus de deux ans, sur un nouvel outil que l’on va commercialiser à partir du mois de juillet », annonce Benjamin Hakoun. Fittingbox lance un nouvel outil de mesure « Optical Fit Pro » dédié aux opticiens en magasin.
« En magasin, les opticiens vendent des verres plus complexes que ceux vendus en ligne, comme les verres progressifs. Ils ont besoin de davantage de points de mesure que le seul écart pupillaire. Pourtant, les outils disponibles n’ont pas évolué depuis de nombreuses années. Soit l’opticien prend les mesures à la main, marquant les verres avec un feutre, soit il utilise des outils digitaux très chers et/ou dérangeants pour le client », expliquent les deux associés. Le nouvel outil développé va permettre de prendre les mesures rapidement avec une grande précision grâce à une simple tablette équipée de la solution Fittingbox.
Un nouveau marché : la chaussure
Si depuis sa création, Fittingbox a constamment amélioré ses outils ou déployé de nouvelles briques technologiques à l’attention de ses clients du secteur optique, l’entreprise a récemment fait le choix de s’attaquer à un nouvel univers : celui de la chaussure, avec le lancement de sa division Fittingbox Footwear fin 2025. « Il y a environ trois ans, on s’est demandé sur quel secteur décliner nos technologies, toujours dans l’univers de la mode. Après réflexion, on a choisi le marché de la chaussure », expliquent les dirigeants.

© Louis Piquemil – La Vie Economique
1,3 M€ de financement France 2030
Pour se lancer sur cette nouvelle verticale, Fittingbox a obtenu un financement de 1,3 million d’euros, via le plan France 2030. « Notre technologie de numérisation 3D, qui fait aujourd’hui référence dans l’optique, permet désormais d’élever l’expérience digitale footwear au même niveau de qualité, de précision et de fiabilité », se félicitent les dirigeants. Les solutions numériques déployées par Fittingbox permettent aux marques et distributeurs de chaussures de bénéficier de jumeaux numériques ultraréalistes, mais également d’une production 3D adaptée aux volumes importants et aux besoins industriels, d’une expérience visuelle fluide et premium conçue pour maximiser la confiance et la conversion, et enfin d’un essayage virtuel en temps réel, pensé pour renforcer l’engagement des utilisateurs.
L’essayage virtuel pour mieux vendre
Concrètement, la nouvelle solution, lancée fin 2025 et déjà utilisée par des entreprises américaines, permet au client final d’essayer virtuellement une paire de chaussures. Si l’outil ne permet pas de se rendre compte du confort des chaussures, il propose toutefois de visualiser le rendu des chaussures portées, grâce à son smartphone. « Il faut savoir que le fait de pouvoir essayer les chaussures virtuellement multiplie par trois le taux de conversion », affirme Benjamin Hakoun. Deuxième argument : l’essayage virtuel a un réel effet sur les retours de marchandises, qui diminuent d’environ 30 %, selon les dirigeants. Un argument commercial, mais également environnemental !
« En e-commerce, l’essayage virtuel multiplie par trois le taux de conversion »
D’autres diversifications potentielles
En lançant sa division Fittingbox Footwear, qui devrait représenter 20 à 40 % du chiffre d’affaires du groupe d’ici à 5 ans, Fittingbox a modifié sa baseline. Initialement « The digital eyewear company », la signature de marque est aujourd’hui « The digital fashion company ». Cela laisse-t-il entendre que Fittingbox pourrait poursuivre sa diversification à d’autres secteurs ? « Oui. Nous aurons d’autres verticales d’ici 3 à 5 ans » confirment les dirigeants. « Soit par adaptation de notre technologie, soit par des opérations de croissance externe. Mais notre priorité est de comprendre en profondeur chaque secteur que l’on touchera. On ne veut pas être des touches à tout mais de véritables spécialistes pour chacune de nos verticales », concluent les cousins.