Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Industrie – Immoblade en pleine lumière

L'entreprise toulousaine vient d’obtenir le soutien de France 2030 pour massifier la production de sa solution de protection solaire : la jeune pousse veut maintenant passer à la vitesse supérieure au plan commercial.

Patrick Callec (à gauche) et Xavier Sembely © Lilian Cazabet - La Vie Economique

Se protéger des surchauffes d’été tout en bénéficiant de la lumière naturelle : la solution mise au point par Immoblade veut concilier les attentes parfois contradictoires des usagers. La société toulousaine a été créée en 2018 par deux anciens salariés d’Airbus, conscients des enjeux du marché des protections solaires à l’aube du changement climatique, mais aussi des freins à lever pour simplifier leur utilisation. Intégré au vitrage, son système de stores SoliBlade ne nécessite ni motorisation ni maintenance. Il permet aussi d’adapter la protection selon les saisons : calculée par un algorithme exclusif, l’orientation des lames s’adapte à chaque façade pour maximiser les apports solaires (lumière, calories) l’hiver, tout en bloquant l’essentiel du rayonnement pendant les mois chauds.

Limiter le recours à la clim

Ces dernières années, des chantiers pilotes ont confirmé l’intérêt de la solution. La plupart ont été réalisés sur des bureaux ou des établissements recevant du public, qui constituent la cible principale d’Immoblade. « Les clients qui gèrent un grand parc immobilier comprennent bien l’intérêt d’une solution passive, plus simple à entretenir et moins consommatrice d’énergie, donc moins chère. Les usagers acceptent aussi plus facilement la présence d’un store intégré au vitrage au bureau ou à l’école qu’ils ne le feraient dans leur logement, même si nous avons aussi des références en résidentiel », pointe Patrick Callec, cofondateur d’Immoblade avec Xavier Sembely. Au plan thermique, une campagne d’essais menée avec le centre de recherches Nobatek a démontré que SoliBlade divise par deux la surchauffe pendant les mois d’été, de 4 °C à 2 °C en moyenne. De quoi éviter ou limiter le recours à la climatisation, avec là encore des économies d’énergie et une baisse des émissions carbone associées.

« Les clients qui gèrent un grand parc immobilier comprennent bien l’intérêt d’une solution passive »

Industrialiser le sur-mesure

Fort de ces références, Immoblade a bouclé il y a deux ans une levée de 2 millions d’euros pour préparer les prochaines étapes de sa croissance. À l’été 2022, la société s’est installée dans un atelier de 400 m2 à Montaudran pour lancer l’industrialisation de sa production. « L’enjeu pour nous est de changer d’échelle, en passant d’une capacité de quelques centaines de mètres carrés de vitrage par an à plusieurs milliers », résume le cofondateur Xavier Sembely. La première étape a porté sur les lames des stores : en partie sous-traitée, l’ensemble de la fabrication sera totalement internalisé d’ici à 2025, pour maîtriser la production du composant principal de la solution. La seconde étape vient d’être lancée avec le soutien du programme France 2030, et vise à automatiser l’assemblage tout en maintenant une réponse sur mesure. Actuellement, les stores sont montés en interne puis envoyés par transport spécial pour intégration dans les doubles vitrages : l’objectif est désormais de les préparer sous forme de kit, pour une mise en œuvre directement chez les partenaires verriers. « Cette approche industrielle permettra de limiter les surfaces utilisées en interne pour la préparation des projets. En facilitant la logistique, elle nous ouvrira aussi d’autres marchés en France et en Europe, en partenariat avec des verriers locaux », se félicite Xavier Sembely.

« L’enjeu pour nous est de changer d’échelle »

Le principal frein assurantiel levé

Début avril, Immoblade a franchi un autre cap, aussi stratégique que celui de l’industrialisation : SoliBlade a reçu un avis technique (ATec) du CSTB, un sésame qui garantit les performances de son produit sur tous les usages, partout en France. « En temps qu’éléments de la façade, les vitrages font partie des composants du bâtiment les plus regardés par les assurances : nos clients ont désormais la garantie d’être couverts sans besoin de tests supplémentaires auprès des bureaux de contrôle », explique Patrick Callec. La levée de ce frein intervient au moment où le marché du bâtiment tertiaire montre des signes de reprise, avec un intérêt accru pour les solutions de protection solaire, devenues quasiment obligatoires pour respecter la nouvelle Réglementation environnementale du bâtiment (RE 2020).

Atelier de l'entreprise Immoblade, spécialisée dans les vitrages de protections solaires, passifs et saisonniers © Lilian Cazabet - La Vie Economique

Atelier de l’entreprise Immoblade, spécialisée dans les vitrages de protections solaires, passifs et saisonniers © Lilian Cazabet – La Vie Economique

Des recrutements à venir

Immoblade anticipe désormais une croissance de ses ventes, avec l’objectif d’atteindre un million d’euros de chiffre d’affaires dès l’an prochain. Forte d’une dizaine de personnes, son équipe va être renforcée en priorité sur des compétences commerciales. « Notre solution reste trop technique et trop personnalisée pour être prescrite comme un produit sur catalogue : il faut pouvoir simuler pour chaque façade les flux thermiques à traiter, en fonction des orientations et des vitrages. Nous avons développé nos propres outils de calcul pour répondre au plus près aux besoins », précise Xavier Sembely. Fruit de ce travail de développement, un logiciel de simulation est désormais sur le site Internet d’Immoblade, pour inciter les clients à demander des études complémentaires.