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[ Lot-et-Garonne ] Rougeline à fond dans l’agroécologie

Pour les Paysans de Rougeline, l’année 2020 restera gravée dans les annales ! Il aura fallu beaucoup d’agilité et de mobilisation pour tenir et assurer les équilibres dans un contexte sanitaire qui a généré un niveau d’incertitude sans précédent. Néanmoins le groupe de producteurs poursuit son développement comme nous l’explique Gilles Bertrandias, directeur général de Rougeline.

Rougeline

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La Vie Économique : Quel regard portez-vous sur la période COVID ?

Gilles Bertrandias : « Malgré la COVID, les équipes ont répondu présent et ont su s’adapter sans cesse. Nous n’oublierons pas les « drive éphémères » à Agen et ailleurs dès le début du premier confinement pour ne pas perdre les premières fraises et asperges, ni les adaptations soudaines dans les exploitations et dans les équipes en charge de la logistique, ni les témoignages d’affection des personnels soignants qui ont été chouchoutés au plus fort de la crise… »

LVE : L’année 2020, année des 30 ans de la marque Les Paysans de Rougeline, est donc une année de rupture, à n’en pas douter. La demande, l’offre, la vie sociale et l’organisation du travail, l’économie et le pouvoir d’achat… l’impact est global ! Quel constat ?

G. B. : « Malgré tout, toujours de la croissance pour le groupe formé par 230 exploitations familiales d’agriculteurs du Sud de la France. Le contexte sanitaire a décuplé le regain d’intérêt pour les productions maraîchères (le marché global fruits et légumes a progressé de 4,5 % en volume et 13 % en valeur, du jamais vu !), et limité les importations. Les engagements forts exprimés dans la recherche de naturalité et de goût continuent de porter leurs fruits. Et la défense de l’origine France, la revendication régionaliste et l’engagement agroécologique aussi ! »

Gilles Bertrandias © D. R.

 

LVE : Quel est votre projet d’entreprise pour 2020-2025 ?

G. B. : « Nous nous donnons 5 priorités dans le cadre de ce nouveau projet construit patiemment par toutes les forces vives de l’entreprise : s’engager pour la souveraineté alimentaire française : pour une alimentation saine, responsable, locale… pour tous ! Accélérer la transition agroécologique autour de modèles de production durables et rentables ; construire une organisation solidaire toujours plus innovante ; innover, s’adapter sans cesse, pour construire et sécuriser l’avenir ; être une entreprise responsable pour une consommation responsable, avec la RSE en trait d’union. »

Nous voulons reconquérir des marchés laissés à l’importation et dire stop au dumping

LVE : Comment, en 2021, l’expression de la marque Les Paysans de Rougeline évolue -t-elle ?

G. B. : « Légère évolution du logo, nouveau slogan, nouvelles expressions visuelles et textuelles… Nous avons besoin d’exprimer avec encore plus de précision ce qui nous distingue. La marque Rougeline est née en 1990. Son expression a considérablement évolué depuis cette date car on a toujours pensé et prouvé chez Rougeline qu’un marketing sincère, enthousiaste, original et engagé était une clé de succès importante pour mieux valoriser les récoltes et pérenniser les exploitations. »

 

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LVE : Quels sont vos modèles de production ?

G. B. : « Nous n’opposons pas les modèles. Au contraire, nous pratiquons en France des agricultures de précision qui s’appuient sur l’agroécologie, dans chaque modèle, pour se nourrir et s’inspirer techniquement des succès de chaque type d’agriculture. Aujourd’hui, nous poursuivons donc notre développement sur tous les modèles de production agricoles, soit : production en écoserre® (120 hectares en 2020, soit + 22 % par rapport à 2019) ; Zéro Résidu de Pesticides (10 % de la production totale) ; Bio (2 000 tonnes) ; Pleine terre (2 000 tonnes). »

 

LVE : Votre enjeu : produire en France ce que les Français peuvent acheter ?

G. B. : « Nous avons l’ambition de développer l’agriculture par la reconquête de marchés laissés à l’importation et dire stop au dumping, en partenariat avec les enseignes de la grande distribution ! Aujourd’hui, la moitié de la consommation de fruits et légumes par les Français est importée ! En France, la tomate représente un marché de consommation annuel de 850 000 tonnes, alors que la production française s’élève à 450 000 tonnes. La moitié des tomates que nous consommons sont donc importées ! 120 000 tonnes de fraises sont achetées en France tous les ans, mais notre pays n’en produit que 50 000 tonnes. Plus de la moitié des fraises consommées en France sont donc importées ! Il est temps de concrétiser sur la durée le soutien à la production française, pour lui permettre d’être compétitive et pour lui rendre son attrait auprès des nouvelles générations. »

LVE : Comment assurer la souveraineté alimentaire française ?

G. B. : « Nous avons donc quelques propositions concrètes de réelles alternatives à l’import. En 2020, nous avons lancé une nouvelle référence de tomates cerises 200 g en barquette carton qui revendique haut et fort l’origine France ! Pour offrir une alternative nationale à la tomate cerise d’importation à 0,99 € en rayon, pendant la pleine période de production française (de mars à octobre). Et les enseignes ont joué le jeu ! 2 000 tonnes commercialisées pour cette référence développée dans le cadre de partenariats commerciaux avec Carrefour, Intermarché, Auchan, Leclerc, Lidl. En 2021, nous poursuivons le développement de cette référence, en particulier en répondant à l’intérêt manifesté par d’autres enseignes. Nous faisons aussi le choix de décliner cette action avec la fraise Cléry origine France, au moment où les produits d’importation s’imposent dans les rayons… Un travail de fond est réalisé avec des enseignes volontaires pour faire évoluer l’équilibre fraise (France/ import) sur le rayon et valoriser la segmentation variétale française en cœur de gamme. »

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LVE : Comment Les Paysans de Rougeline revendiquent-ils l’origine, les origines, le local, le territoire… ?

G. B. : « L’origine des récoltes est précisée noir sur blanc. Elles sont consommées en majorité localement, dans le Sud de la Nous cultivons les fruits et légumes dans le Sud de la France, dans différentes régions. Il était logique d’affiner l’origine sur les emballages (colis carton, UVC…) afin d’indiquer précisément aux consommateurs le lieu de production. Aquitaine, Landes, Limousin, Provence, Camargue, Rhône-Alpes, Roussillon…Autant d’espaces géographiques lisibles, à taille humaine. Ce sera donc effectif en 2021. C’est une demande forte des consommateurs, très attentifs à l’origine de leurs fruits et légumes et désireux de consommer local, et de la distribution qui souhaite aussi valoriser les productions locales.

Cette mise en avant locale sera prolongée dans le rayon. De la PLV dédiée permettra aux consommateurs, dans le magasin, de visualiser cette proximité. Ils comprendront que les fruits et légumes qui leur sont proposés sont cultivés près de chez eux, par des Paysans qui participent à la construction d’un monde meilleur.»

En 2020, nous avons lancé la marque collective « Tomate de Marmande » qui regroupe 90 producteurs en tomates fraîches et transformées

LVE : Et la Tomate de Marmande : vers l’IGP !

G. B. : « En 2020, ce fut le lancement de cette marque collective portée par l’AIFLG (l’Association Interprofessionnelle des Fruits et Légumes du Lot-et-Garonne), la Région Nouvelle-Aquitaine, Val de Garonne Agglomération, le département du Lot-et-Garonne. La démarche concerne la tomate fraîche et transformée avec des entreprises du territoire. Au total, la filière « Tomate de Marmande » regroupe : 90 producteurs en tomates fraîches et transformées (industrie), 640 hectares cultivés. L’ambition collective est d’aboutir à la reconnaissance de l’IGP ! »

LVE : Pourriez-vous citer quelques engagements dans l’agroécologie ?

G. B. : « Avec 60 adhérents (soit 6 000 producteurs) trois ans après son lancement en février 2018, le label Zéro Résidu de Pesticides du Collectif Nouveaux Champs, initié par les Paysans de Rougeline, s’impose comme une démarche de référence de « la troisième voie ». 30 % des consommateurs connaissent aujourd’hui le label « Zéro Résidu de Pesticides ». C’est 13 % de plus qu’en 2019 et selon Kantar la plus forte progression de notoriété en 2020 parmi tous les labels existants. Depuis le lancement, près de 100 millions d’UVC labellisées « Zéro Résidu de Pesticides » ont été commercialisées, avec une progression de 18 % entre 2019 et 2020. En 2020, les produits labelisés « Zéro Résidu de Pesticides » ont représenté 10 % de la production en volume des Paysans de Rougeline. Aujourd’hui 60 % des surfaces de tomates et 40 % des surfaces de fraises sont labellisées HVE. L’engagement agroécologique des Paysans de Rougeline est fondé sur une démarche de progrès ambitieux qui s’appuie sur le socle HVE + « Zéro Résidu de Pesticides ». Nous développons par ailleurs le colis avec identification bio « Les Paysans de Rougeline Bio » pour promouvoir et permettre le développement du Bio français. »

LVE : Et quels sont vos projets pour 2022 ?

G. B. : « Pour 2022, décret de loi AGEC : vers zéro plastique ! Nous sommes très engagés dans la recherche de solutions nouvelles. De nombreux tests sont en cours avec des enseignes, en particulier sur des emballages 100 % carton et des barquettes carton et flowpack compos tables… Il faut souligner la complexité des changements qui impactent le prix, la logistique chez les producteurs, en station et chez les clients et qui donc s’inscrivent sur le long terme. Ils doivent répondre à la volonté de progrès environnemental mais aussi à la nécessaire attractivité des fruits et légumes en rayon qui passe par leur visibilité. Tout cela dans un contexte de crise sanitaire ou de nombreux consommateurs privilégient naturellement la protection au détriment du vrac. »

Les filières (prévisions de production pour 2021)

Tomate (78 500 tonnes) avec une offre segmentée : 52 % de tomates grappe et ronde ; 48 % de « diversification » : tomates cerise, cocktail, côtelées et allongées de couleur.

Fraise (3 700 tonnes) avec une offre axée sur les fraises dites « gustatives » : Gariguette : 46 % des volumes ; Mariguette : 13 % ; Ciflorette : 9 % ; Rondes : 31 %. Mais aussi des fraises Charlotte et Mara des bois, des framboises et des myrtilles…

Concombre (long, court lisse, noa) : 5 500 tonnes

Ratatouille : 1 600 tonnes, dont 80 % d’aubergine et 28 % de courgette longue et ronde, ainsi que du mini-poivron, de la mini-aubergine et du poivron corne

Gamme BIO maraîchage et kiwi : 2 000 tonnes

Asperge IGP du Blayais 150 tonnes