Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Primever, transporteur de l’année

Alors qu’elle fêtait ses 60 ans en 2023, Primever recevait le titre de transporteur de l’année de L'Officiel des Transporteurs. La consécration pour une entreprise, implantée au cœur du MIN à Agen, qui a développé son maillage territorial en France et s’est diversifiée vers le transport international, industriel et la logistique des fruits et légumes. À sa tête, Julien Garnier a pris le relais de son père et de son grand-père en cultivant fièrement l’esprit familial d’un groupe présent dans 52 sites d’exploitation pour les flux nationaux et internationaux.

Julien Garnier Primever

Julien Garnier, PDG de Primever © Louis Piquemil - La Vie Economique

La Vie Economique : Vous avez reçu le titre de transporteur de l’année 2023 de L’Officiel des Transporteurs, c’est une fierté ?

Julien Garnier : « On ne s’y attendait pas du tout ! C’est une récompense pour l’équipe actuelle, mais aussi pour tous ceux qui ont construit le groupe Primever. Si nous en sommes là, c’est parce que certains avant nous ont su créer des racines fortes. Ensuite, c’est une fierté qui plus est quand on est récompensé par ses pairs (ce prix prestigieux, créé par L’Officiel des Transporteurs, est décerné chaque année par un jury de professionnels composé par les précédents tenants du titre). »

LVE : Quels sont les critères pour désigner le titre de meilleur transporteur ?

J. G. : « C’est lié à l’histoire de l’entreprise et sa capacité à se développer sur l’avenir dans un univers, celui des transports, souvent décrié à tort alors que pendant le Covid, on a bien vu que nous étions un maillon essentiel de la chaîne d’alimentation. Malheureusement, on oublie vite… »

LVE : Quels sont précisément vos projets à moyen terme ?

J.G. : « Nous avons un plan d’entreprise à 10 ans avec des points de passage tous les 3 ans pour voir si des ajustements sont nécessaires. Pour autant, c’est un métier qui se vit au quotidien, où tout est remis en question chaque matin. Notre spécificité est de travailler au sein de la filière agricole, donc avec des produits de cueillette, ce qui nécessite de s’adapter en permanence. »

LVE : Dans ce projet décennal (2020-2030), où en êtes-vous ?

J. G. : « Nous venons de clore notre premier plan triennal avec une légère avance sur nos objectifs, avec une croissance régulière depuis plusieurs années. Durant la prochaine période, au-delà de la croissance du groupe, nous accorderons une attention particulière à la RSE. Pour cela, nous dédions une équipe qui nous accompagne sur les consommations (gasoil, électricité), le bien-être des salariés, le recrutement… Chaque année, nous dressons un rapport et réévaluons nos performances sur ce sujet majeur pour tenir nos engagements. C’est une initiative que nous menons nous-mêmes, car le secteur du transport est souvent oublié des grandes décisions politiques concernant la RSE. Dans un secteur concurrentiel au niveau européen, il serait bienvenu de mettre en avant et de défendre les efforts et le modèle des transporteurs français… »

LVE : Quel bilan tirez-vous de l’année 2023 qui vient de s’achever ?

J. G. : « 2023 a été correcte sur le premier semestre, après deux années d’après-Covid un peu compliquées par la hausse du prix de l’essence, mais aussi l’inflation et une évolution des charges salariales. Il a fallu s’adapter pour produire mieux. Sur la deuxième partie de l’année, la baisse générale de la consommation a impacté notre activité. On s’attend à une année 2024 complexe avec un marché qui se concentre et une baisse de la consommation qui perdure. Il y a donc de l’inquiétude chez les entrepreneurs. »

Nous avons surtout diversifié notre activité vers le transit maritime

Diversification vers l’import/export

LVE : Comment faites-vous pour « produire mieux » ?

J. G. : « C’est analyser la rotation et densifier la charge de nos véhicules, investir dans l’informatique et dans la digitalisation pour être plus léger et rapide dans nos charges administratives. C’est aussi travailler nos plans de transport afin de réduire les kilomètres pour être plus efficient. »

LVE : Au fil des années, vous vous êtes diversifiés vers les produits industriels ?

J. G. : « Le cœur de métier du groupe reste le transport de fruits et légumes mais nous avons des activités annexes qui nous permettent de faire rentrer nos véhicules vers les zones de production, notamment après avoir livré nos fruits et légumes dans des zones de consommation où il n’y a pas de production maraîchère. Nous avons également développé le secteur de l’industrie palettisée, souvent de l’alimentaire, avec des produits comme du vin, du bois… On proscrit évidemment la route à vide ! »

LVE : Dans ce contexte de développement, quels sont les nouveaux marchés à aller conquérir ?

J. G. : « Ces périodes compliquées et stressantes nous ont aussi été bénéfiques car elles nous ont donné l’occasion de prendre le temps de réfléchir sur nos métiers. On a ainsi créé des BU (Business Unit) en diversifiant notre offre. Nous mettons donc nos véhicules complets à disposition de nos clients en renforçant par exemple nos équipes dédiées à la logistique et en proposant des prestations comme le stockage, la préparation de commandes, le co-packing… Nous avons surtout diversifié notre activité vers le transit maritime, principalement par containers, mais avec également un peu d’aérien, pour lequel on gère les douanes et des flux import-export sur les autres continents et toujours à destination des consommateurs français ou des produits français vers les autres continents. Ce projet était déjà dans les tuyaux mais la crise sanitaire internationale a accéléré le processus afin d’anticiper les demandes de nos clients. »

© Primever

L’équipe dirigeante de Primever : Rémy Garnier, Julien Garnier, Alexandre Malaure, Gérard Malaure © Primever

Nous avons surtout diversifié notre activité vers le transit maritime

LVE : Vous vous développez aussi en Europe ?

J. G. : « Depuis 2 ans, on s’est implanté en Belgique et en Hollande en créant des filiales et des plateformes logistiques pour répondre à la demande de nos clients qui souhaitent toucher les marchés de l’Europe du Nord, et notamment de l’Allemagne. Il y aussi bien sûr une grosse activité portuaire dans cette zone (Rotterdam et Anvers) qui facilite l’import-export. Nous collaborons aussi avec des transporteurs espagnols et portugais qui offrent des solutions techniques avec la péninsule ibérique. Sur la partie européenne, plutôt que de la croissance externe, nous privilégions la création de filiales. En France, nous venons d’ouvrir une plateforme de 23 000 m² à Sète avec l’objectif de se rapprocher des bateaux de grand import et d’amener à nos clients une nouvelle route d’export vers le sud. »

LVE : L’import-export, c’est une vraie révolution pour votre entreprise ?

J. G. : « C’est un autre métier ! Dans notre logique de diversification, nous avons recruté des spécialistes (pour les douanes et le transit) dans cette activité à la fois complémentaire de ce que nous faisons déjà mais avec des process totalement différents. Ils accompagnent ainsi nos clients dans leur chaîne logistique. L’entreprise tournait déjà 7/7 et 24h/24 pour superviser nos activités en France, maintenant c’est à l’échelle mondiale. »

Le virage de l’électrique

LVE : Le secteur du transport est concerné de près par la substitution du pétrole par l’électrique d’ici 2030, quelle est votre position sur ce dossier ? 

J. G. : « C’est un tournant majeur pour la profession et des entreprises comme Primever qui travaillent sur de longues distances. Aujourd’hui, techniquement, il n’existe pas de véhicule électrique capable de répondre à nos besoins. On sait que nous avons 6-7 ans pour changer de modèle, c’est peu ! Quand on connaît l’importance économique de l’équilibre du véhicule dans les résultats d’un transporteur, qui sont souvent faibles en France, on est là face à un enjeu stratégique majeur qui risque de perturber l’investissement nécessaire pour changer de véhicule dans les prochaines années. »

On commence à intégrer petit à petit des véhicules électriques ou au gaz sur de grosses cités urbaines pour acquérir de l’expérience

LVE : Comment changer de modèle en si peu de temps ?

J. G. : « C’est une inquiétude de plus ! Cela soulève plusieurs points comme la capacité à emmener des véhicules avec des autonomies de milliers de kilomètres et, au-delà de cette question technologique, il faut aussi pouvoir s’appuyer sur un réseau capable de recharger les véhicules. Nous travaillons sur ces questions avec les constructeurs et fournisseurs de véhicules tout en restant à l’écoute de sujets comme des ZFE (zones à faibles émissions), des accès en centre-ville. En attendant, on commence à intégrer petit à petit des véhicules électriques ou au gaz sur de grosses cités urbaines pour acquérir de l’expérience. »

Ancré en Lot-et-Garonne

LVE : Quel est le profil du client Primever ?

J. G. : « Cela peut-être un producteur de fruits et légumes ou une coopérative, un industriel et de l’autre côté la grande distribution, des grossistes et quelques magasins de détail qui représentent toutefois une petite part de notre activité centrée plutôt sur du transport en amont. Nous sommes implantés dans tous les bassins de production avec une présence dans une soixantaine de sites en France. En ce qui concerne l’international, on travaille avec de nombreux importateurs. »

LVE : Dans le Sud-Ouest, vous êtes toujours estampillés Satar ?

J. G. : « À Agen, siège historique de l’entreprise, et plus généralement dans le Sud-Ouest, nous nous appelons toujours Satar. En 2020, nous avons décidé de réunir nos 2 entités (Satar et Primever, le nom de l’entreprise pour les clients extérieurs au Sud-Ouest) dans un même groupe. Le nom Primever marchait bien auprès de nos clients en France et sur les marchés européens, alors nous avons capitalisé sur ce nom. On suit naturellement le sens de l’histoire de l’entreprise. »

LVE : Personnellement, vous avez pris la suite de votre grand-père (fondateur de l’entreprise Satar devenue Primever) puis de votre père. Comment s’est déroulée cette succession ?

J. G. : « Nous voulons conserver cet esprit de famille. Je ne suis pas seul à la tête de l’entreprise puisque Alexandre Malaure a aussi pris la suite de son père, Gérard, qui était directeur général durant plusieurs décennies aux côtés de mon père. Avec Alexandre et notre comité de direction, nous sommes très fiers de relever les challenges d’aujourd’hui et de garder ce modèle d’actionnariat familial. Si l’aventure a démarré en 1963 en centre-ville, à l’initiative de mon grand-père, nous sommes aujourd’hui au cœur du MIN (Marché d’intérêt national) dans lequel nous avons déménagé 3 fois ces dernières décennies. Notre siège est donc au milieu de notre cœur d’activité et des problématiques de nos clients. »

LVE : Vous n’avez donc jamais songé à quitter le Lot-et-Garonne ?

J. G. : « Les producteurs locaux nous ont toujours accompagnés, on a grandi avec eux et nous y sommes très attachés. On pourrait effectivement se demander si rejoindre une grande métropole ne faciliterait pas les mobilités européennes mais notre ancrage reste en terre lot-et-garonnaise, au plus près des producteurs et de nos racines. »

 

Primever en chiffres

 Chiffre d’affaires  : 446 millions d’euros

 2 600 collaborateurs

1 200 ensembles en parc propre

52 sites (bureaux, agences, entrepôts, plateformes logistiques) dont 28 plateformes de  cross-dock

60 départements de collecte

12 millions de palettes transportées /an