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SmartCatch : des armes high tech contre les cancers

Après plus de 10 ans de recherche, SmartCatch a développé une technologie permettant de capturer les cellules tumorales. La start-up toulousaine va lancer la commercialisation du premier équipement de laboratoire pour la recherche doté de son innovation, avec en ligne de mire, l’espoir de contribuer à une meilleure prise en charge des cancers.

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Aline Cerf, présidente de SmartCatch. © Lilian Cazabet - La Vie Économique

Plus de 430 000 nouveaux cas de cancers seront détectés en 2023 en France, selon l’Institut national du cancer. Le cancer est ainsi la première cause de mortalité prématurée dans l’hexagone, devant les maladies cardiovasculaires. À Toulouse, à quelques mètres à peine de l’IUCT Oncopole, SmartCatch, une start-up installée au sein de la pépinière d’entreprises Centre Pierre Potier, cherche à révolutionner l’oncologie pour mieux prendre en charge les cancers. Spin-off du CNRS née en 2016, la jeune société a développé des dispositifs permettant d’isoler les cellules tumorales par microfiltration à partir de sang non dilué. De petites pièces circulaires, percées de minuscules trous de formes spécifiques et fabriquées avec des procédés issus de la microélectronique, jouent un rôle de tamis. Autrement dit, elles laissent passer les biofluides et capturent uniquement les cellules tumorales, isolées selon des critères de taille et de rigidité.

Isolement des cellules en grand nombre

La technologie développée par SmartCatch présente deux innovations majeures. D’abord, elle devrait permettre de capturer un très grand nombre de cellules tumorales. « En isolant un maximum de cellules, on peut mieux observer leur hétérogénéité qu’avec de petits échantillons. On peut ainsi fiabiliser le diagnostic », explique Aline Cerf, présidente de SmartCatch. Par ailleurs, les « pièges » conçus par la start-up capturent les cellules sans les endommager. « Nous isolons les cellules de manière douce, sans les altérer. Pour faire des analyses moléculaires, on a besoin d’étudier des cellules viables », précise la dirigeante.

Commercialisation en 2024

SmartCatch a développé deux outils équipés de ses « pièges » à cellules tumorales. Le premier – le plus avancé – est un instrument de paillasse à destination de la recherche. « Actuellement en phase de bêta-test, il sera commercialisé dès 2024 », affirme Aline Cerf. Le monde scientifique a déjà fait part à la start-up de son intérêt pour l’outil. « Nous allons nous déployer en même temps sur le territoire européen et en Amérique du Nord ».

Le deuxième équipement, encore en phase de développement, est un dispositif médical permettant d’isoler les cellules tumorales directement au chevet du patient. « Nous espérons lancer la commercialisation en 2027 », indique la dirigeante. Et de préciser : « Notre objectif est que nos solutions soient faciles d’accès et abordables, afin qu’elles puissent être généralisées dans les établissements de santé ».

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© photothèqueCNRS

Améliorer la prise en charge des cancers

Concrètement, ces nouveaux outils pourraient révolutionner le traitement des cancers. « Notre innovation permet d’obtenir les informations nécessaires uniquement par la circulation sanguine, ce qui est beaucoup moins invasif pour le patient que les outils de biopsie solide », confirme Aline Cerf. Avec cette solution plus douce, les contrôles pourraient être plus fréquents. « On pourrait ainsi détecter les cancers plus précocement, contrôler régulièrement l’évolution de ceux-ci, identifier rapidement les potentielles résistances aux traitements, orienter la prise de décision des médecins et proposer un traitement individualisé, adapté à chaque patient ».

Lauréate du Plan France 2030, SmartCatch vient d’obtenir un financement de « plusieurs millions d’euros »

Une ligne de production à Toulouse

Après avoir démarré les recherches en 2012 dans le cadre d’un projet académique au CNRS, Aline Cerf voit – avec la commercialisation du premier équipement de SmartCatch – se concrétiser le fruit de plus de 10 ans de recherche. La start-up prévoit désormais d’industrialiser la production de ses petits « tamis ». La ligne de production, opérationnelle en 2026, devrait être installée à Toulouse. « Il est très important pour nous de conserver sur le territoire le savoir-faire industriel que nous avons développé ici ». Dans le cadre de ce projet, lauréate du Plan France 2030, SmartCatch vient d’obtenir un financement de « plusieurs millions d’euros », sous forme de subventions et d’avance remboursable. La start-up, qui avait déjà levé 5,7 millions d’euros en 2021 prévoit par ailleurs une nouvelle levée de fonds en série A pour la fin de l’année 2024. De quoi financer le développement de la société, le déploiement commercial et les recrutements. L’entreprise de 20 salariés devrait compter 50 collaborateurs en 2028.