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Spare Parts 3D : les pièces détachées en impression 3D

La start-up toulousaine Spare Parts 3D a développé un logiciel permettant aux grands industriels d’optimiser la gestion de leurs pièces détachées en utilisant la technologie de l’impression 3D. La solution, qui a déjà séduit des grands noms comme Total Energies ou Shell, devrait bientôt intégrer une nouvelle brique technologique inédite.

Paul Guillaumot, fondateur et CEO de Spare Parts 3D © Lilian Cazabet - La Vie Economique

Et si l’avènement de l’impression 3D pouvait révolutionner le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement dans le domaine industriel ? C’est bien la conviction de Paul Guillaumot, fondateur et CEO de la start-up toulousaine Spare Parts 3D. « Pendant longtemps, l’utilisation de l’impression 3D s’est cantonnée au prototypage, mais elle vient désormais s’intégrer dans les produits finis. » Pour l’entrepreneur, l’impression 3D peut ainsi devenir une option pour solutionner une problématique prégnante des gros acteurs industriels : celle de la gestion des pièces détachées. Spare Part 3D a ainsi développé un logiciel (DigiPART) destiné à construire et gérer un inventaire digital des pièces détachées, afin que les industriels puissent les produire à la demande, quand et là où ils en ont besoin, grâce aux technologies d’impression 3D.

Limiter les stocks

« Notre premier module « Identify » permet de définir si une pièce est imprimable et si ce choix est économiquement viable », explique Paul Guillaumot. Autrement dit, il s’agit pour l’industriel de savoir s’il est plus intéressant pour lui d’acheter en masse auprès de fournisseurs et de stocker des pièces détachées, ou de les faire fabriquer à la demande lorsqu’il en a besoin. « Les très grands groupes d’énergie possèdent environ 4 milliards d’euros de valeur de stock qui leur coûtent 800 millions d’euros par an, uniquement pour les conserver, affirme Paul Guillaumot. Notre logiciel peut leur permettre de réduire d’au moins 15 à 20 % leurs coûts de stock. » DigiPART permet en outre de créer le « jumeau digital » des pièces et de trouver un fournisseur d’impression 3D au plus près du besoin du client, pour limiter le transport et l’impact carbone de l’envoi des pièces.

Spare Parts 3D vise même 300 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 8 ans !

Au service des très gros industriels

« Nous comptons une douzaine de clients actifs, tels que Nexter, Holcim, Total Energies, Shell, Petronas ou encore Eramet », confie le dirigeant qui souhaite devenir le leader sur le marché de l’énergie d’ici à 2032, avant de s’attaquer à « d’autres verticales industrielles ». Présente en France, à Singapour, et depuis peu au Qatar « pour soutenir le développement de nos opérations au Moyen-Orient », la start-up a généré 1 million d’euros de chiffre d’affaires en 2023. « Nous avons 17 millions d’euros de contrats en cours de négociation », ajoute le dirigeant, qui vise 2 à 3 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 2024, 7 millions pour 2025 et même 300 millions d’euros d’ici à 8 ans !

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Projet de R&D avec l’université de Paris-Saclay

Pour atteindre ses objectifs, l’entreprise mise notamment sur la commercialisation, à compter de 2025, d’un nouveau module inédit appelé « Theia ». Depuis deux ans, Spare Parts 3D mène un projet de R&D en collaboration avec l’université Paris-Saclay, qui a permis de développer une solution permettant de créer automatiquement le modèle 3D d’une pièce détachée à partir de son dessin technique en 2D. La solution combine différentes technologies de computer vision et machine learning. Une première mondiale, selon la start-up. « Toutes les entreprises n’ont pas scanné les plans techniques 2D de leurs pièces détachées. Quand bien même ces derniers sont disponibles et exploitables sous forme électronique, leur conversion en modèle 3D demande un travail long et coûteux. C’est l’automatisation de cette conversion qu’offre Theia, permettant de réduire le travail de conversion d’une échelle en jours à une échelle en minutes », explique-t-on chez Spare Parts 3D.

Une levée de 5 millions en cours

L’entreprise vient de démarrer un tour de table qu’elle espère boucler à l’été 2024. « Nous cherchons à lever 5 millions d’euros pour renforcer notre position privilégiée sur le marché de l’énergie, déployer notre module Identify, accélérer le développement de notre nouvelle solution et recruter des commerciaux pour faire connaître nos outils », indique Paul Guillaumot. Le dirigeant prévoit ainsi de voir ses effectifs passer de 15 à 60 d’ici au printemps prochain.