Couverture du journal du 01/05/2026 Le nouveau magazine

Ferm’envie, la culture du circuit court

Ferm’envie, l’enseigne béarnaise de magasins de producteurs fermiers, amorce un virage stratégique pour pérenniser son modèle avec l’ambition d’ouvrir de nouveaux points de vente, sans perdre de vue ses valeurs profondément liées au territoire.

Jérôme Duville, Ferm'envie

© Cyril Garrabos - La Vie Economique

Ferm’envie, c’est d’abord une aventure collective. Celle de quatre producteurs du Nord Béarn, les familles Moureux, Gouze, Lalanne et Carrère, réunis autour d’une même conviction : l’union fait la force. En 2012, ils ouvrent un premier point de vente de produits fermiers et locaux à Serres-Castet, suivi en 2015 d’un second magasin à Bizanos. Le succès est immédiat. L’enseigne connaît même un pic d’activité pendant la crise sanitaire, avant de subir un net ralentissement, avec une année 2022 particulièrement difficile. En cause : un manque de structuration que Jérôme Duville, actuel directeur de Ferm’envie, s’est attaché à corriger dès son arrivée fin 2023. Ancien directeur chez Metro, passé par les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie, il impulse rapidement une nouvelle dynamique. En deux ans, le chiffre d’affaires progresse de 1,2 million d’euros pour atteindre 5 millions, avec deux exercices redevenus positifs.

90 % de produits néo-aquitains

Budget, stratégie, pilotage : tout est remis à plat avec l’objectif de professionnaliser la gestion en s’inspirant de certains codes de la grande distribution, sans trahir l’ADN de la vente directe. Un exercice d’équilibriste, guidé par une priorité constante : « replacer le client au cœur », selon le nouveau directeur. Le modèle historique, basé sur le dépôt-vente, montre en effet ses limites. Lorsqu’un producteur est en rupture, le magasin l’est aussi. Résultat : des rayons incomplets et des clients parfois déçus. Afin de sécuriser l’offre, une part d’achat-revente est introduite.

En parallèle, Ferm’envie consolide son ancrage local : le réseau compte aujourd’hui plus de 150 producteurs, dont une majorité installée dans les Pyrénées-Atlantiques. « L’offre s’est élargie et 90 % des produits proviennent de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie. Le frais, à lui seul, génère 80 % du chiffre d’affaires », précise Jérôme Duville. Les 10 % restants ? Des produits complémentaires loin d’être made in Sud-Ouest, comme la banane des Antilles ou les agrumes de Corse, mais intégrés pour répondre aux attentes des consommateurs.

Développer l’activité traiteur en B2B

La stratégie semble porter ses fruits, selon Jérôme Duville, qui souligne que 16 % de nouveaux clients ont été enregistrés en 2024 et en 2025, avec un panier moyen en hausse autour de 40 euros. « Ils sont aussi séduits par notre repositionnement tarifaire, notamment sur certains produits dont les prix sont désormais alignés sur ceux de la grande distribution », remarque-t-il par ailleurs. Fort de cette dynamique, Ferm’envie explore de nouveaux leviers de développement. L’activité traiteur, encore marginale puisqu’elle représente moins de 2 % du chiffre d’affaires, commence à se structurer en B2B. Un projet de restauration du midi est également à l’étude, avec une mise en place envisagée d’ici l’été dans le magasin de Bizanos.

Vers deux nouveaux magasins

Côté développement, l’analyse des données clients ouvre des perspectives aux yeux de Jérôme Duville : « 90 % de nos clients identifiés. Cela nous permet d’avoir une lecture claire de qui ils sont et d’où ils viennent ». Un atout pour capter de nouveaux consommateurs et envisager de nouvelles implantations, notamment vers l’ouest de l’agglomération paloise. D’ici 2028, annonce le directeur, deux magasins pourraient ainsi ouvrir, idéalement vers Lescar et au centre-ville de Pau, dans des formats « plus compacts » de 100 à 150 m², contre 400 m² pour celui de Bizanos.

Jérôme Duville, Ferm'envie

Jérôme Duville, directeur de Ferm’envie © Cyril Garrabos – La Vie Economique

La possibilité d’une franchise

Pour autant, avant de changer significativement d’échelle, le modèle doit encore prouver sa solidité et conforter un équilibre durable entre prix, rémunération des producteurs et rentabilité. Dans un secteur où beaucoup de magasins de producteurs sont en difficulté à écouter Jérôme Duville, Ferm’envie cherche désormais à démontrer que son modèle peut tenir dans la durée. Avec, en perspective, un potentiel développement en franchise.

Ferm’envie travaille désormais avec 150 producteurs