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Vallée d’Ossau : pour un tourisme en toutes saisons

Avec plus de 1,5 million de visiteurs en 2025, la vallée d’Ossau séduit mais peut néanmoins mieux faire, notamment en renforçant son attractivité au-delà de la seule saison estivale. Une stratégie portée, en première ligne, par l’office de tourisme.

Vallée d’Ossau

© Régie Artouste

En cette matinée d’avril, Gaëtan Eveillard aurait aimé se réjouir davantage, alors que les vacances scolaires ont commencé depuis deux semaines déjà. Les rues de Laruns, où se situe le bureau principal de l’office de tourisme de la vallée d’Ossau dont il est directeur, sont quelque peu clairsemées. La hausse du coût du carburant, présume ce dernier, aura freiné les ardeurs des vacanciers qui, espère-t-il, attendent les ponts de mai pour s’aventurer dans cette contrée des Pyrénées. Et notamment le 8 mai, date d’ouverture du petit train d’Artouste.

Locomotive touristique du territoire, l’attraction numéro 1 de la vallée d’Ossau devrait en effet redynamiser l’affluence alors que la fermeture de Gourette et Artouste vient d’acter la fin de la saison de ski. L’an dernier, plus de 145 000 personnes l’avaient empruntée : un record qui pourrait être battu si la vallée béarnaise parvient à maintenir son attractivité, en hausse depuis la crise sanitaire mais néanmoins fragile. En 2025, la fréquentation annuelle affichait ainsi un recul de 6 %.

« Nous avons du retard sur certaines vallées »

« La vallée d’Ossau est un véritable écrin, mais il ne faut pas se suffire de ça et réussir à se développer. Nous devons trouver un juste équilibre avec notre environnement naturel, sans dénaturer ce qui existe parce que c’est notre force, estime Gaëtan Eveillard. Je le dis et l’assume : nous avons un peu de retard sur certaines autres vallées. » Depuis son arrivée en 2022, il travaille à la promotion de cette destination, dont le pic du Midi d’Ossau est l’emblème. Une mission qu’il résume ainsi : « nous devons faire venir les gens ».

© Régie Artouste

En ce qui concerne la saison estivale, qui concentre 48 % de la fréquentation annuelle, le public semble déjà conquis, notamment depuis la crise sanitaire et l’avènement d’une nouvelle clientèle, plus familiale mais aussi moins expérimentée. Canyonings, randonnées ou activités de pleine nature doivent désormais s’adapter à ce nouveau public, particulièrement en août. Pour autant, le directeur de l’office de tourisme tient à le préciser : la vallée d’Ossau n’est pas victime de surtourisme sur cette période, et la fréquentation demeure absorbable grâce à la diversité des sites et l’étendue du territoire.

La saison estivale concentre 48 % de la fréquentation annuelle

L’hiver, 60 % des visiteurs ne skient pas

Malgré cette saisonnalité très marquée, l’hiver tire son épingle du jeu, en témoigne le bilan de ces derniers mois à Artouste et surtout Gourette. Cette dernière, fortement orientée ski, a bénéficié d’investissements importants ces dernières années. Là, elle termine la saison sur une note jugée satisfaisante, portée par un enneigement exceptionnel malgré une météo défavorable durant les week-ends ayant freiné la venue de la clientèle de proximité. « En février, on a eu trois très bonnes semaines sur quatre, avec jusqu’à 95 % de taux de remplissage », observe Gaëtan Eveillard.

L’hiver confirme par ailleurs une tendance : 60 % des visiteurs présents sur les stations ne skient pas. Raquettes, promenades et activités de pleine nature occupent désormais une place essentielle : de fait, l’offre « hors ski » doit, selon le directeur de l’office de tourisme, être peaufinée et particulièrement considérée. Et pas uniquement en haute altitude, où l’attractivité reste très concentrée. « Les retombées économiques sont différentes selon les périodes. Quand la neige est là, tout est centré sur les stations. Cette année, justement, les gens ont été particulièrement sédentaires et sont restés en station, résume Gaëtan Eveillard. Quand la neige manque, en revanche, les flux sont plus diffus dans la vallée. » Reste à proposer, dans ces conditions, une proposition suffisante en basse vallée.

Des « intersaisons » à construire

Mailler tout le territoire (et quelles que soient les conditions météorologiques, du reste !) et ce durant toute l’année demeure ainsi l’un des objectifs clés pour l’office de tourisme. Si l’ambition d’un tourisme quatre saisons est affichée, elle reste encore partiellement théorique. « Aujourd’hui, on reste sur deux grosses saisons : l’hiver et l’été. L’entre-deux reste à construire », reconnaît son directeur. Quant à l’effort collectif que l’ensemble des acteurs du territoire doit mener, il faut semble-t-il encore le travailler. Si le chemin est encore long, les pistes ne manquent pas, depuis la valorisation du patrimoine, le développement d’autres activités de pleine nature, la promotion de la voie verte ou encore des parcours ludiques comme Terra Aventura, déjà très appréciés… À plus long terme, des projets structurants pourraient renforcer cette dynamique, notamment la réouverture des thermes des Eaux-Bonnes prévue à l’horizon 2028, qui constituerait un tournant majeur pour la destination.

La réouverture des thermes des Eaux-Bonnes en 2028 sera un tournant pour la destination

Vallée d’Ossau

© OTVO

10 500 lits marchands

L’office de tourisme entend également s’appuyer sur un autre levier de développement, qui permet une fréquentation hors saison et lissée sur l’année : la clientèle d’affaires et les groupes scolaires, encore insuffisamment structurés à l’échelle du territoire. « On a doublé le chiffre en quatre ans sur la partie scolaire », remarque le directeur qui précise toutefois un développement porté par une centrale de réservation intégrée et un travail de prospection intensifié. Néanmoins, ce développement se heurte encore à une contrainte structurelle : la capacité d’hébergement. Avec 10 500 lits touristiques marchands, en majorité des campings et des gîtes, la vallée d’Ossau est pourtant bien dotée. Mais avec une limite, que reconnaît Gaëtan Eveillard : « On est un peu juste sur les établissements capables d’accueillir des groupes de 50 personnes ».

Diversifier l’hébergement

Au-delà des groupes, la question de l’hébergement haut de gamme reste également posée. L’accueil de clientèles à plus forte contribution économique demeure un axe de progression, notamment pour capter les séjours longs et les clientèles internationales. Ce que s’efforcent par ailleurs de proposer les chalets 4 étoiles d’Iskö, à Gourette, seul étoilé des Pyrénées béarnaises. Une manière de vivre la montagne autrement, qui sort des sentiers battus mais correspond à une évolution sociétale parmi d’autres, dont Gaëtan Eveillard a bien conscience.

Réaliste, le directeur de l’office de tourisme tient à le rappeler : les retombées économiques du tourisme en vallée d’Ossau sont supérieures à 1,5 million d’euros. Un chiffre qui accompagne logiquement la réflexion de l’office de tourisme, engagé dans une stratégie de développement de l’activité touristique, entre dynamisation de la fréquentation et préservation de cet environnement d’exception.

Gaëtan Eveillard

Gaëtan Eveillard, directeur de l’office de tourisme communautaire de la vallée d’Ossau © Cyril Garrabos – La Vie Economique

Les Espagnols, une clientèle cible

La clientèle espagnole occupe une place centrale dans la fréquentation touristique de la vallée d’Ossau : elle représente environ 70 % de la clientèle étrangère et pèse particulièrement dans l’économie du territoire. Les nuitées françaises, qui représentent 84 % du total, sont en baisse de 7 %, alors que les nuitées étrangères progressent de 7 % : une hausse qui repose très largement sur l’Espagne. À elle seule, la clientèle espagnole représente la moitié des nuitées étrangères et progresse de 32 %, compensant les reculs d’autres marchés comme les Pays-Bas, la Belgique ou les États-Unis.

* Source : Agence départementale du tourisme 64

Vallée d’Ossau : les chiffres 2025

1,56 million de visiteurs, dont 251 520 touristes et 1,31 million d’excursionnistes

819 000 nuitées totales, dont 524 820 nuitées marchandes et 293 950 nuitées non marchandes

3,3 jours de durée moyenne de séjour

115,29 millions d’euros de retombées économiques