Couverture du journal du 01/07/2026 Le nouveau magazine

La filière pruneau à la relance

Alors que la saison estivale de la prune se profile, le Bureau national interprofessionnel du pruneau (BIP) fait le point sur les enjeux de la production et l’avenir de la filière, entre transition agroécologique et crise énergétique.

Christophe de Hautefeuille, Bureau national interprofessionnel du pruneau (BIP)

Christophe de Hautefeuille, président du BIP © Jonathan Biteau - La Vie Economique

Deux chiffres résument la réalité de la filière pruneau aujourd’hui : de 1 500 producteurs en 2005, l’IGP Pruneau d’Agen compte à présent 750 exploitants. Pourtant, avec 11 000 hectares de vergers cultivés dans six départements du Sud-Ouest, la surface consacrée à la fameuse prune d’ente est relativement stable. Et si la filière a souffert ces dernières décennies, elle a clairement adopté une stratégie de repositionnement marketing qui porte ses fruits. « Le pruneau d’Agen bénéficie d’une indication géographique protégée (IGP) depuis 2002, garantissant qu’il est 100 % français, de la production à la transformation. Cet attribut distingue le pruneau d’Agen des autres fruits séchés, souvent importés. Le pruneau d’Agen, c’est le seul fruit séché 100 % français », souligne Gaëtan Vergnes, secrétaire général du BIP.

Le défi du bio

La surface consacrée à l’agriculture biologique a considérablement augmenté au fil des ans, pour atteindre aujourd’hui 20 % de la production totale, soit environ 2 000 hectares. « On a doublé la surface du verger bio entre 2017 et 2022 », précise Gaëtan Vergnes. Néanmoins, les fluctuations du marché, exacerbées par la crise du Covid, ont mené à une stagnation récente de la production bio.

Aléas climatiques

Les années 2021 et 2022 ont été marquées par des épisodes de gel dévastateurs, réduisant la production de façon significative. « On a perdu 70 % de la production lors de deux épisodes de gel », déclare le secrétaire général. Avec la vague de chaleur récente connue dans le Sud-Ouest, Christophe de Hautefeuille, président du BIP, préfère rester prudent : « Chaque année a son lot de surprises ». Il faut ajouter à cela la hausse du prix de l’énergie, et notamment du gaz, nécessaire pour alimenter les fours de séchage qui vont transformer les prunes en pruneau. Pour les responsables du BIP, l’ensemble de ces aléas renforcent l’impératif d’adaptation et de résilience de la filière, une situation déjà connue pour les producteurs.

Nouveau marketing

Les consommateurs ont tous en tête le fameux slogan : « Pruneau d’Agen, ça vous va bien », datant des années soixante-dix. Si la formule a vieilli, elle est néanmoins restée populaire et le BIP a toujours maintenu sa présence sur de nombreux supports de communication, notamment télévisuels, et continue de travailler son marketing. « Depuis l’an dernier, on a réinvesti dans de la communication à la télévision », indique Gaëtan Vergnes. Le pruneau d’Agen est désormais visible sur des émissions populaires, avec des spots qui ont généré près de 22 millions de contacts durant les 17 semaines de présence cumulée sur les télévisions et les plateformes de replay. Avec un slogan fort : « Qui que tu sois, le pruneau d’Agen est fait pour toi », la campagne vise à rajeunir l’image du pruneau et à attirer les jeunes actifs : « le pruneau d’Agen peut parfaitement s’intégrer dans le goûter des enfants par exemple, en remplacement d’un produit plus transformé », affirme le secrétaire général du BIP, soulignant que les qualités nutritionnelles du pruneau sont un atout majeur dans l’air du temps.

© Droits réservés

Quel avenir ?

Le président du BIP résume la situation actuelle avec philosophie : « Nous produisons du pruneau ici depuis 500 ans car nous avons le terroir et un climat idéal. Il faut continuer à défendre notre production ». Entre tradition agricole et modernité marketing, le pruneau d’Agen continue à se réinventer. « De toute façon, si tous les Français mangeaient un pruneau par jour, il n’y en aurait pas assez avec ce qu’on produit aujourd’hui », conclut le secrétaire général du BIP.

Le pruneau d’Agen est le seul fruit séché 100 % français

Le pruneau d’Agen en chiffres

750 producteurs

11 000 hectares

6 départements

Le Lot-et-Garonne : 80 % de la production

60 entreprises de transformation

10 000 emplois directs et indirects

30 000 tonnes produites par an en moyenne

20 % du verger en bio