Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Actia, l’ETI agile

À bientôt 40 ans, le groupe toulousain Actia est devenu un spécialiste incontesté des systèmes embarqués électroniques. L’entreprise familiale – petit acteur dans un milieu de géants – a fait de son identité ETI une force. Alliant souplesse et réactivité, le groupe implanté dans 17 pays avance sur le chemin du succès.

Actia

Catherine Mallet, directrice générale déléguée et Jean-Louis Pech, PDG d’Actia Group © Louis Piquemil - La Vie Economique

À 579,3 millions d’euros et en hausse de 16 % sur un an, le chiffre d’affaires d’Actia, le groupe toulousain spécialisé dans la conception et la fabrication de systèmes embarqués électroniques, a atteint son plus haut niveau historique en 2023. « Et nous aurions pu faire mieux si nous n’avions pas subi la crise des composants et le ralentissement de certains secteurs économiques », sourit Catherine Mallet, directrice générale déléguée de l’ETI familiale. « L’année 2023 s’est découpée en deux temps, confirme son frère Jean-Louis Pech, PDG d’Actia Group. Dans la première partie, la demande des clients a été très forte mais nous étions encore confrontés à quelques difficultés d’approvisionnement. À partir de septembre-octobre, la demande a été en recul dans les domaines de la construction et de l’agriculture. Les grands fournisseurs équipementiers automobiles ont de leur côté annoncé des plans de licenciement. Les secteurs du rail, de l’énergie et de l’aéronautique fonctionnent quant à eux très bien. »

Champion international

Dans ce contexte, Actia se félicite d’avoir « toujours eu une stratégie de diversification ». L’entreprise, créée en 1986 par Louis Pech, père de Jean-Louis et Catherine, et Pierre Calmels, est née du rachat du département des petites séries de l’équipementier automobile Bendix Electronics SA, lui-même né dans les années 70 de la joint-venture entre Renault et Bendix, précurseur de l’électronique embarquée dans les véhicules. « La première solution proposée par Actia consistait en un outil de diagnostic pour vérifier le bon fonctionnement de l’électronique », relate Jean-Louis Pech.

Une filiale au Japon depuis 2023 et une autre bientôt en Égypte

« Les fondateurs ont compris qu’il fallait grandir vite pour exister. Entre 1986 et 2004 l’intégralité des résultats a toujours été réinvestie dans la société pour réaliser un à trois rachats par an dans le monde. » Aujourd’hui, le groupe – qui s’est diversifié à d’autres secteurs d’activité que l’automobile – est présent dans 17 pays* et compte plus de 4 000 salariés dans le monde. « Nous avons installé en 2023 notre filiale au Japon et celle en Égypte est en cours de finalisation, indique Catherine Mallet. Nous avons également ouvert notre cinquième usine. Située en Espagne, elle est spécialisée dans les petites séries pour le secteur ferroviaire. » Aujourd’hui, l’ETI réalise plus 60 % de son chiffre d’affaires hors de France.

À 579,3 millions d’euros, le chiffre d’affaires d’Actia a atteint son plus haut niveau historique en 2023

Petit dans un monde de grands

Le groupe a atteint aujourd’hui une taille qui lui permet d’être suffisamment solide sans pour autant souffrir de la lourdeur administrative des très grands groupes. « Actia est une entité particulière car ses clients, fournisseurs et compétiteurs sont tous beaucoup plus gros qu’elle », constate Jean-Louis Pech. Mais l’ETI voit son identité comme un véritable atout. « Nous faisons preuve de beaucoup plus de souplesse et de réactivité que nos concurrents. Quand eux ont des réponses standardisées, nous sommes capables de coller parfaitement à la demande de nos clients et intégrer leurs contraintes », complète Catherine Mallet.

Peu de turn-over

Ainsi, si les trois dernières années ont été rendues difficiles par la crise sanitaire et la pénurie des composants, Actia a finalement pu profiter de cette période pour prouver à ses clients sa réactivité. « La pénurie d’une seule pièce pouvait bloquer complètement la chaîne de production, mais dès que le composant arrivait, nos équipes étaient directement sur le pont pour produire au plus vite et livrer dans les délais », se souvient le PDG. Être une ETI familiale est un avantage pour fidéliser les clients, mais c’est également un atout pour recruter et motiver les talents, estiment les dirigeants. « Nos équipes sont très impliquées et nous avons peu de turn-over. »

« Nous faisons preuve de beaucoup plus de souplesse et de réactivité que nos concurrents »

Des mobilités intelligentes

Car si l’industrie ne fait plus forcément rêver la jeune génération, la mission remplie par Actia a quand même de quoi séduire. Avec ses systèmes électroniques innovants, le groupe propose des solutions répondant aux enjeux d’aujourd’hui et de demain : mobilités intelligentes, connectées et plus douces, sobriété énergétique, sûreté et sécurité, gestion des cycles de vie… À Bordeaux par exemple, les bus TBM sont équipés de boîtiers Actia qui aident les conducteurs à adopter une conduite moins énergivore. Le boîtier donne également des informations quant à la maintenance prédictive de la flotte de véhicules. Actia travaille par ailleurs sur des solutions pour les micromobilités. « L’idée est d’appliquer au vélo les technologies que nous avons déjà développées pour d’autres moyens de transport », explique Jean-Louis Pech. L’électronique pourrait en effet être un moyen de limiter les vols de deux roues, avec des outils de géolocalisation, ou encore d’éviter les accidents avec des technologies permettant aux bus de détecter les vélos…

Actia

© D. R.

Au service du spatial

Actia déploie aussi ses solutions dans le ciel, que ce soit pour les avions – « Airbus est notre client depuis 20 ans », affirme Jean-Louis Pech – ou les satellites. « Nous équipons la constellation Kinéis, sur la partie des capteurs au sol, et nous sommes en train de finaliser le rachat de Steel électronique, spécialiste du spatial. » Le rapprochement avec cette entreprise aux 8 millions d’euros de chiffre d’affaires devrait permettre de « faire émerger un ensemble industriel de référence en tant que fournisseur d’électronique embarquée pour les domaines de l’aéronautique, du spatial et des télécommunications ».

« Nous visons les 800 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 2028 »

Quatre divisions

Pour mieux communiquer vers ses clients sur la diversité des secteurs qu’elle adresse, l’ETI a décidé de se réorganiser cette année en quatre divisions : mobility, aerospace, energy et engineering services. Si la division « Mobility » génère pour l’heure 80 % du chiffre d’affaires du groupe, Actia souhaite renforcer les trois autres. « Le secteur de l’énergie est en pleine croissance, affirment les dirigeants. Nous faisons par exemple des outils de pilotage pour Enedis. Il y a également des opportunités dans le pilotage de la gestion de l’eau. Nous répondons actuellement à des appels d’offres en ce sens. »

L’électronique : industrie d’avenir

Avec l’essor des systèmes électroniques embarqués dans de multiples secteurs, l’ETI familiale a encore beaucoup d’avenir devant elle. « En 2025, on s’attend à une croissance de l’ordre de 3 à 5 %, du fait du ralentissement de l’activité de nos clients, mais nous visons les 800 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 2028 », indique Jean-Louis Pech. « Les appels d’offres que nous remportons aujourd’hui constitueront notre activité industrielle de 2030 », précise Catherine Mallet. Et s’ils n’ont pour l’heure pas l’intention de lever le pied, le frère et la sœur n’excluent pas de passer le relais au sein de la famille. « Entre la famille Calmels et la famille Pech qui détiennent le groupe à parts égales, il y a déjà 22 enfants dans la troisième génération. » De quoi permettre à Actia de préserver l’identité familiale qui fait sa spécificité… et son succès.

* France, États-Unis, Mexique, Brésil, Suède, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Tunisie, Pologne, République tchèque, Italie, Espagne, Inde, Chine, Japon, Égypte (en cours)

Le groupe Actia en chiffres

Année de création : 1986

Chiffre d’affaires 2023 : 579,30 M€

Plus de 4 000 salariés

30 sociétés réparties dans 17 pays

5 usines de production et 6 centres de R&D

Former en interne

Face aux difficultés de recrutement, Actia redouble d’effort pour attirer les talents. « Nous travaillons beaucoup avec les écoles pour montrer ce qu’est l’industrie et déconstruire les idées reçues sur le secteur », confie Catherine Mallet. L’ETI s’est par ailleurs ouverte à tous les profils, en créant ses propres centres de formations. « Nous avons ouvert notre première Actia Académie en Tunisie. Elle a formé en 2023 près de 100 personnes sur les métiers du logiciel. La deuxième vient d’ouvrir ses portes en Haute-Garonne dans notre usine de Colomiers, sur des parcours de formation dédiés aux métiers de la production », explique la dirigeante. Dans ces centres, Actia forme les nouvelles recrues mais également le personnel déjà en poste. « La technologie électronique est en mouvement perpétuel, il nous faut être à jour », indique Jean-Louis Pech.