Couverture du journal du 01/07/2026 Le nouveau magazine

Airbus passe à l’offensive

Avec l’inauguration de sa deuxième ligne d’assemblage final pour l’A321 dans son usine Jean-Luc-Lagardère à Blagnac, Airbus parachève son outil industriel pour accélérer les cadences de livraison de son avion phare.

Guillaume Faury, Airbus

Guillaume Faury, directeur général d'Airbus © Maxime Fayolle - La Vie Economique

Dix-sept stades de football. C’est l’équivalent de la superficie de l’usine Jean-Luc-Lagardère d’Airbus à Blagnac. Les dimensions frisent la démesure : 500 mètres de long sur 250 de large et 50 de hauteur. « C’est un bâtiment qui a une très belle histoire », souligne Guillaume Faury, directeur général d’Airbus. Commencée avec l’A380, elle se poursuit avec l’assemblage des avions de la famille A320 après l’arrêt du géant en 2021. Avec l’inauguration mi-juin de la deuxième ligne d’assemblage final (FAL) de l’A321, le site a terminé sa mue.

La première FAL à pleine vitesse

Trois ans après l’inauguration de la première FAL, ce sont plus de 100 avions qui sont sortis de l’usine toulousaine. La vitesse de croisière est proche pour la première ligne avec huit avions par mois désormais. Bien, mais encore insuffisant pour répondre aux commandes titanesques qui s’entassent dans le carnet d’Airbus. « Sur les 9 000 avions en commande, 7 500 sont des appareils de la famille A320 », détaille Guillaume Faury. Près de 40 ans après son premier vol en 1987, cet avion est devenu le plus commandé au monde (plus de 20 000), mais aussi le plus livré (12 500) devant le Boeing 737. Pour répondre à ces demandes, Airbus déploie dix chaînes d’assemblage dans le monde : quatre à Hambourg (Allemagne), deux à Mobile (États-Unis), deux à Tianjin (Chine) et donc deux à Toulouse. « L’objectif reste une montée en cadence progressive jusqu’à 75 appareils par mois fin 2027 », indique Fabrice Le Page, directeur de la chaîne d’assemblage A320.

Puissance de feu

Avec un focus particulier sur l’A321 qui représente 70 % du carnet de commandes. Un véritable gagne-pain pour l’avionneur qui a dimensionné son outil industriel pour développer « une puissance de feu » selon les mots du directeur général. Mais Airbus reste toutefois dépendant de certains de ses fournisseurs qui peinent à le suivre dans cette montée de l’Everest. « On veut garder la qualité, tout en progressant sur les délais. On ne doit pas se reposer sur nos lauriers », avertit Guillaume Faury. Le directeur général d’Airbus a d’ailleurs profité de la présence du ministre des Transports, Philippe Tabarot, mais aussi de la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga et du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, lors de l’inauguration pour faire passer un message aux pouvoirs publics. « Votre soutien est indispensable. L’environnement français et européen est difficile pour l’industrie », pointe Guillaume Faury qui compare avec la Chine ou les États-Unis. « Je suis énervé par notre lenteur. Le coût des barrières règlementaires nous fait perdre du temps et de l’argent ! »

Célérité et compétitivité

Pour asseoir sa démonstration, Guillaume Faury a évoqué les problèmes administratifs qui se posent actuellement sur le site de Saint-Éloi, en centre-ville de Toulouse, où Airbus prépare un nouveau projet « Saint-Éloi du futur ». « Il faut deux ans pour avoir le droit administrativement de démarrer un projet industriel. Ailleurs, c’est le temps qu’il faut pour tout faire. » Un manque de célérité qui peut, à la longue, entraîner un problème de compétitivité pour Airbus mais plus largement pour l’industrie française. « Ne faisons pas avec l’aéronautique ce qu’on a fait avec l’industrie automobile où nous avions des champions et où on est aujourd’hui loin derrière la Chine. » Une façon non déguisée de rappeler que, si Airbus est actuellement en tête de la course, ses concurrents américains (Boeing) et chinois (Comac) sont prêts à accélérer sans attendre.

© Airbus SAS 2026

Un sujet d’autant plus brûlant qu’Airbus planche en ce moment sur le successeur de la famille A320. « La réussite de l’A320 ne présage rien de l’avenir. Nous devons continuer d’investir, d’innover pour garder notre leadership », matèle Guillaume Faury. Cela passera aussi par des embauches importantes. Plus de 1 400 personnes travaillent déjà sur le site de Jean-Luc-Lagardère, elles seront 2 000 demain, et plus encore dans d’autres usines du groupe. Avec plus de 33 000 salariés dans la région, Airbus est tout simplement le premier employeur privé d’Occitanie.

« Nous devons continuer d’investir, d’innover pour garder notre leadership »