Créée en 1985 dans l’Est de la France par Guy Albrecht, père de l’actuel dirigeant, Fabrice Albrecht, ingénieur chimiste, la société est implantée depuis 2002 au Buisson-de-Cadouin, dans la vallée de la Dordogne, sur un site devenu obsolète pour Seca (groupe Total) mais parfaitement adapté à la capacité de production de ce spécialiste de l’argile thérapeutique. Issue d’une douzaine de carrières françaises, la matière première est transformée ici sans jamais rencontrer de produits chimiques : seuls les mélanges, granulométrie et séchage varient. « Nous cherchons constamment de nouveaux gisements, nous avons besoin de sources différentes pour assurer la diversité de nos produits. Nous prévoyons pourtant d’acquérir d’ici la fin de l’année un site essentiel pour nous », confie Fabrice Albrecht, directeur général.
15 à 20 % du CA en R&D
En prenant la relève de la société familiale, en 2016, il a engagé des programmes d’études sur la formulation et les assemblages à partir d’argiles brutes selon les applications. 15 à 20 % du chiffre d’affaires annuel sont consacrés au budget R&D, avec trois brevets récents. Une innovation concerne les cataplasmes, avec une structure en fibres végétales à la place des tissus microperforés en plastique PET. Des projets de recherche ou de création avancent, avec le concours de la faculté de médecine de Bordeaux et de l’Institut du thermalisme de Dax.
Échanges transcutanés
La poudre transformée à partir d’argiles françaises au profil très particulier est mélangée avec de l’eau minérale naturelle prélevée en eau profonde, alliance qui favorise les échanges transcutanés pour soulager les douleurs articulaires. La traçabilité est assurée à partir de la zone d’extraction jusqu’à la transformation en poudre. Chaque argile est adaptée aux caractéristiques d’une cure, d’une eau. Après des tests physico-chimiques de la matière première, chaque lot fait l’objet d’une analyse bactériologique poussée. Certifié Cosmos par Ecocert, Argicur est présent depuis 20 ans dans 80 % des établissements de villes thermales et commercialise aussi auprès de laboratoires cosmétiques et pharmaceutiques.
Chine, pays à fort potentiel
Une forte croissance est prévue sur le marché international, actuellement de 15 % : les produits très spécifiques, au process compliqué, rencontrent peu de concurrence. L’entreprise travaille en Europe (Pologne, Allemagne, Espagne), au Canada. « Nous sommes entrés en Chine, pays à fort potentiel », souligne Fabrice Albrecht, avec un troisième établissement ouvert par son client Hengyi group, promoteur de centres thermaux. « Par ailleurs, nous travaillons avec un distributeur, en nous orientant vers la thalasso. » Une délégation chinoise de la Shenzhen Sino-European Thermal Spa Academy avait été reçue sur le site en 2024. « La médecine chinoise accorde de plus en plus d’attention aux vertus des eaux thermales. »
Neutralité carbone et valorisation circulaire
Les assemblages d’argiles sont pensés en termes de neutralité carbone : une installation photovoltaïque pour les toits de l’usine est sur les rails, pour une autoconsommation et une production excédentaire. « Nous prévoyons aussi d’investir sur une pile à hydrogène, avec De Dietrich, pour remplacer le propane utilisé pour sécher les argiles. » Ces équipements représentent un investissement de 600 000 euros. L’entreprise gère l’après-soin pour un retour des produits dans le milieu naturel. Un programme de revalorisation des boues thermales et cataplasmes, lancé en 2017, a trouvé des solutions de compostage, amendement, boue thermale pour les chevaux.
Argicur est présent depuis 20 ans dans 80 % des établissements de villes thermales
Le poids du thermalisme
Si l’eau est l’ingrédient majeur du thermalisme pour les 103 établissements en France (18 orientations), l’argile est l’autre alliée pour les 92 centres concernés par la rhumatologie. Deux salons, dont les Thermalies fin janvier à Paris, réunissent les professionnels soucieux de protéger ce secteur. Cette économie de 4,8 milliards d’euros dans l’Hexagone, avec 25 000 emplois non délocalisables, représente un budget de 280 millions d’euros de remboursement pour la Sécurité sociale…