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Bâtiment : Olivier Salleron, « optimiste, réaliste et actif »

Six ans pile : élu à la présidence nationale de la Fédération française du Bâtiment le 20 mars 2020, au début du confinement de la crise Covid, le Périgourdin Olivier Salleron a passé la main le 20 mars dernier à son premier vice-président, Frédéric Carré, dans un contexte difficile pour d'autres raisons, « avec des étapes qui ne l’étaient pas moins ».

Olivier Salleron,  Fédération française du Bâtiment

Olivier Salleron, président national de la Fédération française du bâtiment de 2020 à 2026 © Loïc Mazalrey - La Vie Économique

La Vie Économique : Resituez-nous vos débuts à la présidence nationale, votre « baptême du feu »!

Olivier Salleron : Dès le printemps 2021, dans une économie mondiale malmenée par la crise sanitaire, la hausse du prix des matériaux a impacté notre secteur d’activité, certains prix multipliés par deux voire trois. La crise des énergies a suivi l’hiver suivant, puis la guerre en Ukraine en février 2022 a aggravé la situation : inflation, taux des crédits à la hausse, et prises de décisions gouvernementales inappropriées pour le logement — baisse des APL, taxation des bailleurs sociaux, essorage des prêts à taux zéro et du système Pinel, qui ont d’ailleurs cessé d’exister.

LVE : La suite n’a pas été un long fleuve tranquille non plus ?

O.S. : Alors que nous commencions à digérer tout cela, la dissolution de l’assemblée et la crise politique qui a suivi, en 2024, ont enchaîné les indécisions. Les premières mesures bénéfiques préparées par le gouvernement Barnier, qui s’intéressait au logement, sont passées en 49.3 avec celui de Bayrou. Nous avons bien travaillé avec la ministre Valérie Létard, sur le prêt à taux zéro pour les primo-accédants — qui a permis de relancer la construction neuve —, l’injection de 200 millions d’euros de plus pour le logement social, le maintien de MaPrimeRénov’ à 3,6 milliards, avec une chasse aux fraudeurs plus efficace. On est à la 19e réforme de ce dispositif créé en 2020, dans lequel nous sommes partie prenante, qui concerne de nombreux foyers fiscaux ! En six ans, j’ai connu huit ministres du logement et sept Premier ministre : il faut à chaque fois réexpliquer les enjeux. Vincent Jeanbrun poursuit sur cet élan, avec notamment des logements liés à la réindustrialisation de la France. 500 millions d’euros de plus sont réinjectés cette année sur le logement social. Mais le conflit au Proche-Orient vient ternir la fin de mon mandat, il entraîne une hausse de prix sur les bitumineux, les isolants, les produits issus du pétrole et aussi l’aluminium, car beaucoup d’usines se situent là-bas. Nous craignons l’augmentation des taux de crédit avec des prévisions pouvant atteindre 4,25 %… Il sera alors compliqué d’atteindre l’objectif de construire deux millions de logements jusqu’à fin 2030.

« En six ans, j’ai connu huit ministres du logement et sept Premiers ministres : il faut à chaque fois réexpliquer les enjeux »

LVE : Quel est l’état actuel des “troupes” du bâtiment et des carnets de commandes ?

O.S. : Les moyens de production des entreprises du bâtiment sont intacts, on a gardé nos salariés. En Dordogne comme ailleurs, on observe une stabilité de nos effectifs, le « quoi qu’il en coûte » pendant le Covid les a protégées sur la durée. Nous avons 52 000 entreprises adhérentes, 2 000 de plus qu’à mon arrivée, soit 60 000 emplois de plus qu’en 2020 (1 million de salariés), mais on avait atteint 110 000 de plus en 2023. Avec l’actuel Premier ministre Sébastien Lecornu, nous travaillons sur le projet de loi Relance logement, en soutien des collectivités locales, décisionnaires pour les permis de construire, les PLU et les aménagements de proximité du territoire.

Nous représentons l’ensemble des professionnels, de l’artisan aux majors en passant par les PME et ETI. Ils travaillent majoritairement, à 55 % du chiffre d’affaires global, sur des chantiers de rénovation, la rénovation énergétique en particulier, qui va occuper les 40 prochaines années. Le groupe Action Logement, d’ailleurs très présent à Périgueux, dispose de moyens. On peut craindre une frilosité des banques sur les investissements privés. La construction neuve, pour les particuliers comme pour le monde économique, est en retrait. La loi Zéro artificialisation nette, récemment assouplie de 20 %, a pesé sur les maires qui ne savaient pas comment l’utiliser. On peut trouver d’anciens sites pour les reconstruire, c’est parfois compliqué quand il y a pollution des sols, comme pour le quartier de la gare à Périgueux (actuel quartier d’affaire Aliénor). Le travail s’est fait sur la durée pour les quartiers Anru à Coulounieix-Chamiers, il est en cours aux Mondoux à Périgueux. C’est envisageable aussi dans des villages, où de nombreuses maisons restent fermées, faute d’emplois locaux. On ne parle plus de diagonale du vide en France, c’est maintenant un V qui remonte vers la région ouest, la Normandie.

Nous allons créer un chat FFB, une nouveauté pour réunir les millions de données dont nous disposons

LVE : Comment s’organise votre succession, quels dossiers sont ouverts ?

Frédéric Carré, actuel président du conseil des régions et de la Fédération régionale Occitanie, prendra officiellement la relève le 19 juin, lors du congrès de Biarritz. Il passe de plus en plus de temps au siège parisien, à la rencontre des décideurs, pour un passage de relais en douceur. Je pense qu’il poursuivra nos efforts pour la nouvelle image du bâtiment, la formation à nos métiers, leur attractivité avec de nouveaux outils… Les séminaires à l’étranger que nous organisons permettent d’observer les évolutions, récemment à Oslo pour les pratiques environnementales. L’industrie se passe peu à peu de main-d’œuvre, on verra sûrement des robots effectuer certaines tâches difficiles dans la production de bâtiments. Certains sont déjà à l’œuvre dans la peinture et les enduits. Chez nous, l’IA est utilisée pour la partie administrative, les mémoires techniques. Nous allons créer en interne un chat FFB, une nouveauté pour réunir les millions de données dont nous disposons, et qui devrait s’ouvrir aux professionnels adhérents. Depuis l’an dernier, nous sommes reconnus ambassadeurs IA auprès du gouvernement, nous sommes en lien avec des start-up pour l’innovation en matière de plans et de normes, d’organisation de chantier, de gestion d’équipes, etc.

Le secteur du chauffage, de la pompe à chaleur et de la climatisation est en développement

LVE : Comment allez-vous « décrocher » de ce mandat de président : vers d’autres missions, dans votre entreprise ?

O.S. : Le secteur du chauffage, de la pompe à chaleur et de la climatisation est en développement. Mon associé, Anthony Dias, gère parfaitement notre société d’installation, qui emploie une trentaine de salariés à Périgueux. Et l’entreprise familiale de dépannage — mon père, ma sœur et moi — emploie 12 salariés. Tous mes prédécesseurs à la tête de la fédération ont ensuite été présidents de la SMABTP. Nous verrons, le vote est prévu le 24 juin pour une prise de fonction le 1er septembre. Je suis administrateur de nombreux satellites de l’écosystème BTP, notamment BTP Banque où je suis vice-président du conseil de surveillance. Je suis au comité de pilotage d’Action Logement au niveau national. J’ai aussi de bonnes relations avec les présidents du Medef et de la CPME.

LVE : Pendant ces six années de présidence, quelle empreinte pensez-vous avoir apporté à la FFB ?

O.S. : Pendant mes trois ans de présidence à la Région, j’avais mis en place pas mal de commissions : transition environnementale, innovation, et j’ai continué à travailler ainsi au niveau national, à communiquer sur nos métiers. À la commission sociale, dont je me suis occupé au niveau régional puis national, les négociations avec les grandes centrales syndicales se sont bien passées. Mes débuts dans l’entreprise familiale, après mon cursus informatique, m’ont appris l’imprévisible et l’adaptation permanente. À une autre échelle, les crises rencontrées tout au long de ma présidence à la FFB m’ont conforté dans ma façon de me présenter comme un « optimiste-réaliste-actif ».

Olivier Salleron,  Fédération française du Bâtiment

© Loïc Mazalrey – La Vie Économique