Couverture du journal du 01/03/2026 Le nouveau magazine

Bohr Energie vise l’Europe

L’agrégateur d’énergies renouvelables toulousain Bohr Energie envisage de se positionner sur le marché européen. Il ambitionne pour cela une nouvelle levée de fonds autour de 10 millions d’euros cette année.

Bohr Energie, Julien Haure

Julien Haure, président de Bohr Energie © Adrien Nowak - La Vie Economique

« Si l’idée ne vous semble pas bizarre, il n’y a rien à espérer d’elle. » Le physicien Niels Bohr a sûrement inspiré Julien Haure et Luis Urday en se lançant dans l’aventure entrepreneuriale en 2022. Tous deux chez EDF Trading, ils décident de créer un agrégateur d’énergies renouvelables pour optimiser les revenus des producteurs sur les marchés de gros. Bohr Energie est née avec le concours de deux propriétaires de petites centrales hydroélectriques en Occitanie, Jean-Pierre Mader et Julien Chollet. « Ils ont été nos bêta-testeurs », raconte Julien Haure, président de Bohr Energie. La vocation de l’entreprise est d’empiler des volumes pour négocier en bourse la vente du portefeuille d’énergies en un seul morceau. « Plus un portefeuille est foisonné, plus je peux avoir des commissions incitatives pour le client », détaille Julien Haure. Des clients qui ont déjà une certaine taille. Qu’il s’agisse de centrales hydroélectriques, de solaire, d’éolien, de biogaz …

Mécanismes d’ajustement

L’agrégateur est un moyen pour le producteur de rentabiliser au mieux l’énergie renouvelable qu’il produit. D’autant que la donne est en train de changer. Habituellement, c’est EDF qui achète cette énergie, subventionné par l’Etat. « La logique voulait qu’on produise le plus possible pour obtenir la meilleure rémunération », explique Julien Haure. Sauf que des mécanismes d’ajustement ont été mis en place. En clair, les petits producteurs doivent se mettre à disposition du réseau à la hausse ou à la baisse. « Il vaut mieux parfois arrêter la production car il y a trop d’énergie dans le réseau par rapport aux besoins. » Si aujourd’hui, ces mécanismes d’ajustement s’appliquent pour les producteurs à partir de 10MW, le seuil pourrait être abaissé à 1MW. « On reçoit beaucoup d’appels en ce moment », indique le président qui explique que la flexibilité est le gros chantier des années à venir.

Pour qu’à chaque instant, la production et la consommation soient égales, Bohr mise sur l’hybridation des actifs via des batteries pour stocker l’énergie invendue. « Cela permet d’éviter de couper la production lorsque les prix sont négatifs. On peut redémarrer plus vite en cas de besoin et surtout on peut vendre le stock d’énergie au meilleur prix » synthétise Julien Haure.

Rémunération à la commission

Dans ce marché de niche des agrégateurs, Bohr Energie mise sur sa plateforme de suivi en temps réel pour ses clients. « Ils peuvent ainsi suivre la tendance des marchés et savoir en toute transparence quand ils ont été payés », explique Julien Haure. Une rétribution à laquelle il faut enlever la commission de l’entreprise calculée au MWh vendu. Ces contrats pluriannuels de 2 à 10 ans permettent à Bohr Energie de dégager un revenu récurrent annuel de 2 millions d’euros. Un résultat en croissance, poussé par des volumes agrégés qui augmentent fortement. « On gère plus de 600 MW aujourd’hui, soit une centaine d’actifs sur toute la France. On compte doubler ce niveau dans les prochaines années. » Une ambition raisonnable car de nombreux contrats passés entre des producteurs d’énergie renouvelable et EDF vont prendre fin vers 2027.

Espagne, Italie, Pologne en ligne de mire

Après s’être durablement installé sur le marché français de l’énergie renouvelable, Bohr envisage de répliquer sa recette dans plusieurs pays européens comme l’Espagne, l’Italie ou la Pologne. Un développement ambitieux qui passera par une nouvelle levée de fonds en 2026, après une première de 4 millions d’euros en 2024 qui a servi principalement au recrutement. Un chiffre supérieur à la première, autour de 10 millions, est espéré. De quoi faire grandir à nouveau les effectifs. Bohr Energie compte aujourd’hui 22 collaborateurs. « On va passer à 30 cette année avec beaucoup de R&D pour déployer notre technologie. On veut également automatiser nos process grâce à l’IA. » Une nouvelle hausse dans les effectifs qui contraindra peut-être à un déménagement de la start-up hébergée à La Cité de Toulouse. De nouveaux locaux sont à l’étude.

« Nous allons passer à 30 collaborateurs cette année »