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Couleur Chanvre : Linetxea, la fibre basque

Installée à Saint‑Jean‑de‑Luz, la manufacture Couleur Chanvre lance Linetxea, un tissu destiné aux hôtels, mêlant lin et coton bio. Ce développement s’appuie sur son savoir‑faire unique et intervient alors que les filières françaises du lin et du chanvre connaissent un regain d’intérêt.

Couleur Chanvre Linetxea, Thierry Bonhomme

© Couleur Chanvre

Lorsqu’il rachète Couleur Chanvre en 2012 à la barre du tribunal de commerce de Lyon, Thierry Bonhomme cherche alors « un projet qui a du sens ». L’entreprise avait déposé le bilan un an plus tôt, mais elle possédait un savoir‑faire rare : celui de la teinture naturelle, porté par Gilles Dubourdeaux, un teinturier expérimenté. « Il y avait un savoir‑faire assez unique », raconte le dirigeant. En 2013, il installe l’activité à Saint‑Jean‑de‑Luz, dans 750 m² de locaux, comprenant une boutique et un atelier dédié au sur‑mesure.

Une activité résiliente

Aujourd’hui, Couleur Chanvre emploie sept salariés et réalise près d’un million d’euros de chiffre d’affaires, dont 80 % auprès des particuliers. La marque exporte également en Asie, aux États‑Unis et en Europe du Nord. Les dernières années ont été difficiles : « Le prix du lin, et celui du chanvre indexé dessus, ont augmenté de 280 %. La flambée de l’énergie nous a aussi pénalisés, sans oublier la spéculation ». Malgré ces tensions, l’entreprise a conservé une production entièrement française et un procédé exclusif de teinture « 0 % », exempt de tout produit toxique ou perturbateur endocrinien.

Un dirigeant engagé

Le dirigeant, également administrateur de l’association Lin et Chanvre Bio et fait chevalier de l’ordre du Mérite agricole en 2024, porte une vision claire : « Le premier objectif était de remettre en route une filière chanvre textile parce qu’elle était complètement inexistante. Aujourd’hui, cette filière existe ». Une démarche ambitieuse dans un contexte où l’industrie textile française a perdu 90 % de ses emplois de production en vingt ans. Le chanvre, qu’il décrit comme « la plante modèle du développement durable », ne représente encore qu’une très faible part du textile national. Mais pour le dirigeant de Couleur Chanvre, son potentiel reste considérable : « C’est une plante qui s’adapte, qui dépollue les sols, n’a pas de prédateurs, n’a besoin d’aucun phytosanitaire ».

Linetxea pour l’hôtellerie

C’est dans ce contexte que Couleur Chanvre lance Linetxea, sa nouvelle gamme destinée aux établissements hôteliers privilégiant le confort et la qualité. « L’hôtellerie est l’un de nos projets majeurs de développement », souligne le dirigeant. Le tissu Linetxea, mélange subtil de lin (57 %) et de coton bio (43 %), a été conçu pour répondre aux attentes en matière d’écoresponsabilité et de durabilité. Couleur Chanvre propose aux hôtels des parures complètes (drap, housse de couette et taie d’oreiller) aux tarifs particuliers, avec des remises quantitatives allant de 200 à 400 euros HT selon qu’il s’agisse d’un lit simple ou d’un lit double.

Une production maîtrisée

L’entreprise a déjà équipé un établissement breton de 35 chambres avec 120 parures. « Le linge de lit, c’est plus de la moitié de nos ventes. Ensuite viennent le linge de table et les rideaux », précise Thierry Bonhomme. Fournissant des professionnels, des décorateurs et des architectes, Couleur Chanvre séduit une clientèle convaincue par le savoir‑faire de la manufacture. La marque commande le fil, le fait tisser dans les Vosges, puis teint (plus d’une dizaine de couleurs), et assouplit chaque pièce dans ses ateliers basques.

Couleur Chanvre Linetxea, Thierry Bonhomme

Thierry Bonhomme, dirigeant de Couleur Chanvre © Couleur Chanvre

Un marché en transition

Alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales restent largement dominées par l’Asie (« Les Chinois récupèrent 90 % du lin qui pousse en France »), la marque luzienne fait le choix inverse : relocaliser, valoriser et reconstruire une filière. Avec Linetxea, elle espère désormais convaincre un secteur hôtelier en pleine transition écologique, où les fibres naturelles françaises pourraient retrouver une place stratégique.

Linetxea capte l’essor du marché hôtelier écoresponsable

Le lin, géant discret

En France, le chanvre ne couvre qu’environ 18 000 hectares, dont moins de 3 % sont destinés au textile, même si notre pays demeure le premier producteur européen. Le lin occupe une place bien plus centrale, avec près de 200 000 hectares cultivés et une production qui fait de la France le premier producteur mondial, représentant 60 à 85 % du lin fibre mondial selon les années.