Couverture du journal du 25/11/2020 Consulter le journal

Travailleurs saisonniers : acteurs majeurs du tourisme

Un million de personnes pratiquent le travail saisonnier en France. La Dares rattachée au ministère de Travail, révèle le profil de cette population encore mal connue, surtout présente dans les activités liées au tourisme et à l'agriculture.

Durant la période automne-hiver, avec les fêtes de Noël, la part de travailleurs saisonniers dans les magasins de jouets passe à 2 % contre 0,1 % durant le reste de l’année. Et ils sont également nombreux à se diriger vers les stations de montagne, pour la saison de ski… Pour la première fois, la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), rattachée au ministère du Travail, s’est penchée sur les travailleurs saisonniers, soit environ un million de personnes. Un phénomène encore « assez méconnu », a expliqué Émeline Limon, chargée d’études à la Dares, lors de la présentation de l’étude intitulée « Quelle place occupe l’emploi saisonnier en France ? », le 4 décembre 2019. L’analyse est basée sur les données issues des déclarations sociales nominatives (DSN) des entreprises, effectuées entre avril 2018 et mars 2019. 

800 000 SAISONNIERS DANS LE TOURISME

L’étude décrit la répartition de ce type d’emploi, le profil de ces travailleurs, et la place de leur activité saisonnière dans l’activité globale des personnes qui la pratiquent. Tout d’abord, les activités liées au tourisme, (hébergement, divertissements, restauration) regroupent 800 000 saisonniers, soit deux sur trois. En moyenne, ils représentent 2 % de l’ensemble des salariés de cette filière. La restauration est le premier secteur, qui concentre en moyenne 25 % de l’emploi saisonnier, suivi de l’hébergement, dans des proportions similaires, des divertissements (17 % environ) et du commerce et fabrication (16 % environ). Sur l’année, la filière est peu sujette à des variations, mais le poids des activités qui la composent varie, ainsi que sa répartition géographique. Logiquement, « l’emploi se situe principalement sur les lieux les plus touristiques », commente Émeline Limon. Selon la saison, été ou hiver, environ 60 % des saisonniers se concentrent sur le littoral ou à la montagne. 

Le quart des saisonniers restant (270 000 personnes) travaille dans le domaine agricole, soit le tiers de l’emploi de la filière. « C’est visible toute l’année, mais de manière plus importante en été », précise Émeline Limon. Cela représente, par exemple, 45 % des salariés dans la culture des légumes, melons, tubercules… à la mi-août. Le chiffre monte à 70 % pour la récolte des fruits à l’automne. Au niveau géographique, le travail des saisonniers « est visible sur tout le territoire, mais il est particulièrement présent dans certaines régions » : les territoires viticoles sont les plus concernés jusqu’à
17 % pour le Bordelais et 14 % pour la Champagne.

PLUS ÂGÉS DANS L’AGRICULTURE, PLUS JEUNES DANS LE TOURISME

Reste à savoir qui sont ces saisonniers ? Ils « sont différents d’une filière à l’autre, mais aussi des autres salariés de la filière où ils exercent », répond Émeline Limon. Ainsi, ceux employés dans l’agriculture sont en moyenne âgés de 36 ans, contre 31 ans, pour l’ensemble des saisonniers. Et, dans le même secteur agricole, par rapport aux salariés en contrat à durée indéterminée (CDI), ce sont surtout des ouvriers moins qualifiés (90 % contre 49 %), plus âgés (36 ans contre 34 ans), et moins souvent des hommes (62 % contre 71 % de femmes). La situation est différente pour les saisonniers non agricoles : par rapport aux salariés en CDI de la même filière, on trouve plus d’employés (53 % contre 31 %), ils sont moins âgés (31 ans en moyenne contre 33) et moins souvent de sexe masculin (49 % contre 55 % de femmes).