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[ Lot-et-Garonne ] ESTHI ou l’expérience anti-crue

Quand la Garonne déborde… La digue amovible de Boé-Village près d’Agen avait été installée plusieurs fois mais, faute de crue, elle n’avait pu montrer son efficacité. La grande crue de début février a permis de tester, en réel, l’efficacité de cette solution innovante initiée par la société de Villeurbanne ESTHI. Entretien avec Loïc Perret, gérant d’ESTHI.

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© D. R.

La Vie Économique : Dans le cadre de son programme de lutte contre les inondations, l’Agglomération d’Agen a choisi votre société basée en Rhône-Alpes pour la protection du bourg de Boé vis-à-vis des crues de la Garonne en considérant une période de retour de 30 ans. Comment avez-vous procédé ?

Loïc Perret : « Il était question d’aménager une digue de protection des crues trentenaires en amont et en aval de Boé-Village et de Passeligne jusqu’à la sortie du quartier, à hauteur de la plaine agricole des bords de Garonne à cet endroit. Un investissement de 2,1 millions d’euros. Pour une grande partie de cette opération, nous avons eu recours à nos solutions de protections dites rapprochées amovibles et temporaires et donc seulement mobilisables en cas de risque d’inondation. C’est le dispositif démontable en aluminium FLO-DEM qui a été retenu par l’Agglomération.

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Loïc Perret © D. R.

La particularité de ce chantier vient surtout du déploiement de cette technique peu répandue en France, d’autant plus qu’il porte sur une surface importante puisqu’il s’agit de sécuriser 472 m2 sur un linéaire de l’ordre de 320 mètres environ pour des hauteurs de protection allant de 60 centimètres à quatre mètres. C’est la seconde protection amovible et temporaire la plus importante de France après celle de Givet dans les Ardennes (3 000 m2 de protection sur 2,5 kilomètres de linéaire). Pour le projet de Boé, la ligne de protection est composée de 120 poteaux positionnés tous les deux ou trois mètres avec entre ces derniers, 472 poutrelles empilables constituant aussi une protection 100 % aluminium. Ce matériau confère de nombreux avantages grâce notamment à sa manutention facilitée par sa légèreté. La pose se fait en une seule journée et ne mobilise que 12 techniciens. L’ensemble peut donc être mis en œuvre sans engin de levage jusqu’à des hauteurs de 2,50 mètres. En outre, en étant démontable, le dispositif est aussi particulièrement bien adapté aux problématiques urbaines : pas de digue visible, aucun impact sur le paysage. Hors période de crues, le cours d’eau n’est pas impacté, les habitants non plus. »

LVE : Quel retour avez-vous du terrain sur le fonctionnement de la digue au moment crucial où la Garonne a atteint les 8 mètres ?

L. P. : « Dans un premier temps, la digue a été montée jusqu’à la hauteur de protection de 7 mètres selon l’échelle de la crue puis à 8 mètres. Preuve est faite que l’équipement a été bien pensé. De plus, si la totalité des modules amovibles étaient installée, la hauteur de protection dépasserait les 9,50 m protégeant des inondations qui surviennent tous les 30 ans. »

C’est la seconde protection amovible et temporaire la plus importante de France après celle de Givet dans les Ardennes

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LVE : Pourriez-vous rappeler ce que sont les grandes catégories de protections rapprochées et quels sont les historiques des protections ?

L. P. : « Les protections rapprochées se distinguent des protections historiques d’ingénierie lourdes (grands barrages, digues…) de par leur caractère temporaire et amovible, leur faible impact sur l’environnement, leur facilité et rapidité de mise en place, leur fiabilité. Aujourd’hui les techniques de protection rapprochée contre les risques d’inondation ont beaucoup évolué. Quatre types se distinguent principalement : les dispositifs anti-crues démontables non mobiles ; les dispositifs anti-crues démontables mobiles et auto-stables ; les dispositifs anti-crues économiques (remplissable de sable) ; les dispositifs passifs. »

LVE : Que sont plus précisément les dispositifs passifs ?

L.P. : « Technologies les plus récentes, les dispositifs passifs apparaissent depuis le début des années 2000. Ils se caractérisent par le fait que leur activation ne nécessite ni intervention humaine ni apport d’énergie. La barrière « FLO-LIFT V » est stockée dans le sol à la verticale et se lève automatiquement par la simple poussée d’Archimède. C’est la poussée de l’eau seule qui permet de relever la barrière jusqu’à 2,5 mètres de hauteur. Elle redescend ensuite seule dans son caisson après la descente des eaux. La barrière « FLOLIFT-H » s’élève et s’abaisse sur le même principe en fonction du niveau de la crue par la seule force de l’eau. Hors période de crue, la barrière repose horizontalement dans une réservation au sol et, est ancrée dans un radier béton. Le système, hors période de crue, permet le passage de piétons et de véhicules. »