Au commencement, il voulait juste « créer des jardins et être autonome », fort d’un sens des responsabilités et du travail insufflé par sa famille, et de l’amour des plantes transmis par sa grand-mère. Après son BTS, à 22 ans, l’apprenti n’avait « rien à perdre à sauter dans l’inconnu de la création d’entreprise ». Depuis ce 22 janvier 2011, le fondateur de Serra Paysage, Serra Environnement (entretien) et Infiniflore (funéraire), basé à Coulounieix-Chamiers, a bien fait pousser son chiffre d’affaires : 650 000 euros à 5 ans, 2 millions d’euros à 10 ans, 3,8 millions d’euros en 2025.
Politiques publiques plus vertueuses
Un coup de tronçonneuse dans la main aurait pu tout faire basculer la 2e année. La prise de recul forcée s’est révélée salutaire : Franck Serra a passé ce temps au contact de clients, sur des projets. Un autre arrêt forcé, celui de la crise sanitaire, a entraîné un changement radical avec « trois ans de folie, les jardins devenant l’indispensable complément d’une maison ». Le flux des déménagements a ralenti depuis « mais, quel que soit le projet, désormais on végétalise, on désimperméabilise les sols, et l’espace public donne l’exemple ».
Une signature suivie
Franck Serra a valorisé ce « métier aux mille métiers » lors de concours au plus haut niveau, remportés avec ses équipes : Carré des Jardiniers (titre de maître jardinier, coup de cœur des étudiants), Jardins Jardin aux Tuileries, invité d’honneur au festival de Chaumont-sur-Loire… Après ce plein de reconnaissances, il siège désormais dans des jurys. « La marque employeur attire de jeunes talents motivés par de nouvelles pratiques. » L’équipe est fidèle à un état d’esprit autant qu’à de bonnes conditions matérielles, à l’attention portée à la formation.
Matières premières issues du Périgord
La moitié de l’activité de Franck Serra se déroule chez les particuliers, dont il traite encore l’essentiel des commandes. « Je tiens à écouter et conseiller les clients, faire le lien avec la production et le référent d’équipe sur le terrain. J’ai la chance qu’on me laisse carte blanche, avec des demandes parfois surprenantes, comme une jardinière pour tortue intégrée dans la conception d’un jardin. » Si tous ses projets ne se ressemblent pas, on les reconnaît aux matières premières issues du Périgord, bois et pierre travaillés avec le végétal, dans un souci de transformation plutôt qu’une pose d’éléments préfabriqués. L’autre moitié d’activité concerne les collectivités, avec des projets qui ont du sens, comme la végétalisation des écoles, une dizaine en 2025. Et le zéro pesticide a modelé des espaces publics où « on accueille la nature plutôt que de la maîtriser, en faisant avec et non contre elle », jusque dans les cimetières.

Franck Serra, fondateur de Serra Paysage © Loïc Mazalrey – La Vie Économique
Un lieu de partage
Le dirigeant « vert » exprime aussi son talent dans la gestion de son entreprise : efforts sur la structure, réduction des SAV grâce à l’amélioration des process, organisation au quotidien, réflexion collective une fois par mois, « management participatif dans l’esprit CJD » où il a passé dix ans avant de s’impliquer dans l’APM. L’entreprise a acquis des terrains voisins pour un stockage plus efficace et, prochaine étape, pour créer sur le site des jardins à thèmes où seront accueillis scolaires et visiteurs, avec des ateliers interactifs et des animations. Dès ce mois de mars, Franck Serra va recevoir des enseignants pour un « vis ma vie », avec réciprocité en classe. Retour gagnant vers son enfance.
« Les mots biodiversité et climat marquent ce secteur en évolution constante »
Apprentissages
Le paysagiste intervient dans les écoles, bientôt dans celle où il a grandi, au Pizou, « pour dire que tout est possible quand on ne rentre pas dans les cases ». Si des clichés demeurent, l’apprentissage sait valoriser ses réussites. Ainsi Clément Rouret, le premier des 30 apprentis passés par l’entreprise, est entré pour son BTS et a rapidement évolué : entretien en autonomie, second puis chef d’équipe de création, chargé de la logistique, « conquis par la diversité du métier et la dynamique d’une équipe stable ».