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Hautes-Pyrénées – Logements de montagne bientôt interdits de location

Avec près de 50 % de logements considérés comme des passoires énergétiques, les stations de ski pourraient se voir interdire de les louer suite à la Loi Climat et Résilience qui, contre toute attente, veut les classer dans le dispositif. Les associations des élus de montagne s’alarment de cette décision et de ses conséquences économiques.

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La rénovation énergétique des logements touristiques est impossible dans les temps fixés par la loi Climat et résilience © Shutterstock

Réparer les erreurs du passé n’est jamais simple et en matière de rénovation énergétique, la volonté ne suffit pas toujours. Sans délais ni moyens, cela peut mener à des situations extrêmes… Et ce sont elles que veulent éviter les principaux acteurs qui gèrent les locations de montagne. Alors que la Loi Climat et Résilience avait écarté du dispositif les meublés dont la durée de location n’excédait pas les 120 jours par an, la Première ministre Élisabeth Borne a émis la décision de classer les logements touristiques en « passoires énergétiques ». Ce revirement pourrait très durement impacter les résidences du département qui se verraient tout bonnement interdites de location.

UNE RÉNOVATION IMPOSSIBLE DANS LES TEMPS

L’Association nationale des élus de montagne (ANEM), l’association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) et l’association nationale des élus des territoires touristiques (ANETT), devant l’urgence, les trois associations parlent d’une seule voix : « la mise en place de ce dispositif retirerait de facto un nombre très important de biens du marché de la location, offres marchandes et non marchandes, pendant plusieurs années. Il est en effet matériellement impossible de procéder à une rénovation d’ampleur sur une courte durée. Les territoires touristiques seront donc très fortement pénalisés par cette réduction drastique d’hébergement, avec des conséquences importantes sur l’économie, l’emploi et donc indirectement la population locale ».

Comme les Alpes, les Pyrénées sont celles qui comptent le plus d’hébergements classés F ou G

PIAU-ENGALY ET BARÈGES LES PLUS TOUCHÉES

Si elle concerne toutes les stations de ski du pays, dans les Pyrénées, la menace est bien concrète comme le démontre l’étude faite par Heero, spécialisée dans la rénovation énergétique. Dans le « top cinq » des logements les plus énergivores, on retrouve Piau-Engaly qui présente 86 % de passoires thermiques dans son parc immobilier, Barèges en affiche 74 % et La Pierre Saint-Martin 79 %. Mais même celles qui se distinguent par leur faible taux avancent tout de même des chiffres éloquents comme par exemple La Mongie, et ses 26 % de logements en danger. Comme les Alpes, les Pyrénées sont celles qui comptent le plus d’hébergements classés F ou G.

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© Shutterstock

UN PARC LOCATIF VIEILLISSANT

Un état des lieux qui s’explique par l’altitude, la zone géographique mais aussi l’âge de construction lié à l’histoire des sports d’hiver qui s’est faite en plusieurs étapes comme l’analyse Romain Villain, dirigeant d’Heero : « les stations de ski se sont progressivement industrialisées pour s’implanter sur des sites vierges, à la fois pour être au plus près du domaine mais aussi pour pouvoir construire plus de bâtiments. La problématique était davantage pratique et esthétique qu’énergétique à cette époque. Celles construites dans les années 70 se retrouvent confrontées à la nécessité d’entretenir, voire de rénover massivement leur parc devenu vieillissant ». Et la situation est loin d’être nouvelle, comme le rappellent les élus de montagne qui « travaillent sur ce sujet en lien avec l’État depuis près de 20 ans » : « malheureusement, aucun dispositif efficace n’a pu être mis en œuvre pour le moment malgré plusieurs expérimentations menées notamment par Atout France. Très récemment, le sujet a été relancé en parallèle de la mise en place par le gouvernement d’un groupe de travail sur l’attrition des résidences principales en zones touristiques ».

ADAPTER LE DISPOSITIF, UNE NÉCESSITÉ

De fait, en incluant les meublés touristiques, la feuille de route de la Loi Climat et Résilience se dessine comme un couperet : dès le 1er janvier 2023, les logements dits G avec un DPE indiquant une consommation supérieure à 450 kWh par m2 seront interdits à la location, suivis de ceux qui sont classés G à partir de janvier 2025. Les logements classés F seront sortis du parc locatif dès 2028 et ceux classés E connaîtront le même sort dès 2034. « Le parc locatif risque de diminuer en moyenne de moitié dans seulement 5 ans » déplore le patron d’Heero. « Pour certaines stations, il sera matériellement impossible de rénover d’ici là ». Pour les élus de montagne, qui réaffirment la « volonté de tous de rénover rapidement ces logements », l’application uniforme du dispositif en zone urbaine comme en zone montagne ne pourrait que fragiliser le secteur : « Il convient de procéder à cette mise aux normes en adaptant le dispositif au fonctionnement spécifique de ces territoires touristiques ».