« Ce projet est désormais irréversible ». Les mots choisis par Sébastien Lecornu à propos de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse (et Bordeaux et Dax) ne laissent plus planer le doute. En déplacement à Toulouse le 7 mai dernier, le Premier ministre est venu signer un protocole garantissant le déblocage de la part de l’État d’une enveloppe de 410 millions d’euros pour 2026 et 2027, doublée par les collectivités territoriales concernées par le projet. De quoi permettre de « lancer les premières procédures d’appel d’offres » dès 2026, a-t-il déclaré avec tout autant de bonhomie que de fermeté.
Un projet attendu de longue date
« J’approuve cette démarche, mais je serai sécurisée lorsque les appels d’offres seront lancés », a commenté la présidente de la Région Occitanie Carole Delga, rappelant que ces derniers « auraient dû être lancés en février 2026, mais Matignon s’y était opposé », a-t-elle affirmé. Car les collectivités, qui se sont engagées à financer la LGV à hauteur de 40 %, commencent à trouver le temps long comme ce type de projets le laisse présager à chaque fois. Comme le déplore la présidente de la Région Occitanie ce projet, qui vise à mettre Toulouse à 1 h 05 de Bordeaux, avait été déclaré d’utilité publique dès 2006. Et Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse Métropole, de rappeler que la LGV avait été promise à Toulouse par Michel Rocard en… 1991 !
Attention au coût
Les collectivités membres de la Société du Grand Projet du Sud-Ouest veulent désormais voir le chantier s’engager. « Il faut qu’on avance ! Plus on procrastine, plus on prend du retard, plus ça coûte cher : le coût du retard, c’est 1 million d’euros par jour ! », a rappelé Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine. Le projet, initialement évalué à 14 milliards d’euros, pourrait en effet coûter bien plus cher. Selon le rapport du Conseil d’orientation des infrastructures, il devrait dépasser les prévisions de 20 %. Quant à la date de livraison, le COI mise sur 2035, au lieu de 2032.
La question du financement privé
Si le lancement des appels d’offres est acté, des questions relatives au financement restent encore à trancher. Au niveau de l’État, qui doit financer 40 % du projet comme les collectivités (les 20 % restant le seront par l’Europe), la mise en place d’un partenariat public-privé semble privilégiée tandis que les collectivités plaident pour un financement 100 % public, au risque de voir la facture exploser. « La procédure privée, c’est 7 milliards d’euros de plus, avec 2 à 3 ans de retard », a souligné Alain Rousset, déjà échaudé par les atermoiements sur la précédente LGV Bordeaux-Paris (2017).
Un avis partagé par Carole Delga qui a martelé que jamais en France des collectivités locales n’avaient autant contribué au financement de leur LGV. « Dans la dette de l’État français, il y a peu de poids lié aux investissements menés sur le grand Sud-Ouest, a-t-elle ajouté. C’est pour ça qu’aujourd’hui on ne peut pas nous opposer la situation budgétaire de l’État. Nous ne sommes pas responsables. Nous sommes même passés après les autres ».
RDV en octobre
Venu à Toulouse aux côtés du Premier ministre, le ministre des Transports Philippe Tabarot a confié que, sur le sujet, « rien n’a été définitivement décidé ». Et d’ajouter : « Nous nous sommes donnés encore un mois pour échanger ensemble sur ce sujet pour pouvoir trancher ». Une deuxième échéance a par ailleurs été fixée par Sébastien Lecornu, qui a invité les collectivités à faire un point d’avancée sur le projet « autour du mois d’octobre-novembre ».

Sébastien Lecornu (au centre) est venu à Toulouse signer un protocole avec les élus locaux. © Bérengère Bosi – La Vie Economique
Les questions sur le financement sont encore à trancher
1,5 milliard de plus pour le fer
À l’occasion de sa venue à Toulouse le 7 mai, le ministre des Transports a parallèlement présenté le nouveau contrat de performance entre l’État et SNCF Réseau. Celui-ci prévoit qu’à compter de 2028, 4,5 milliards d’euros seront investis chaque année, soit 1,5 milliard d’euros de plus qu’aujourd’hui, pour moderniser et rénover les voies ferrées. « Chaque année, ce seront ainsi 1 000 kilomètres de voies qui seront rénovés, contre 750 aujourd’hui », a annoncé le ministre.