Couverture du journal du 21/10/2020 Consulter le journal

Lot-et-Garonne : les pionniers du bio

Pour l’année des 45 ans du premier marché bio de France, Villeneuve-sur-Lot rend hommage à Paul Simonet, l’un des cofondateurs disparu l’an passé. Daniel Simonet, son fils, nous retrace cette aventure où les précurseurs partirent à six. Aujourd’hui, ils sont 1 000 sur le département.

La Vie Economique : Le 30 septembre dernier, la municipalité de Villeneuve-sur-Lot a dénommé la halle du marché bio de la place d’Aquitaine « Paul Simonet – Jacky Lassort ». Pourquoi avoir tenu à cet hommage ? En quoi votre père fut-il un vrai pionnier du bio ?

DANIEL SIMONNET © D.R.

Daniel Simonet : « 2020 est l’année des 45 ans du premier marché bio de France. En effet le premier marché aux produits de l’Agriculture Biologique de France a été créé par arrêté municipal le 28 mai 1975 sur la commune de Villeneuve-sur-Lot. Paul Simonet, Villeneuvois et Pujolais, disparu au mois de juin 2019, cultivateur maraîcher, fut parmi les premiers à se lancer alors dans cette méthode d’agriculture. Il sera l’un des cofondateurs du premier marché bio de France. À l’époque, venant de Villeneuve, Saint-Aubin, Bias, Dolmayrac, Pujols, Bazens, Andiran, Port-Sainte-Marie, des jardiniers, maraîchers et agriculteurs travaillant sans pro- duits chimiques ont participé au développement de ce marché ! Pendant quelques années le premier marché bio de France s’est tenu sur le boulevard Camille- Desmoulins face aux écoles primaires Paul-Bert et Georges Lecomte pour lesquelles il servait, en quelque sorte de leçon de choses. En octobre 1984, le marché rejoindra la place d’Aquitaine sur laquelle il se tient encore aujourd’hui. Les équipes municipales successives ont toujours soutenu ce marché, conforté par l’aménagement de la halle couverte sur la place d’Aquitaine en 2011 par la municipalité Cahuzac. »

LVE : Concrètement, quelles sont les actions phare menées votre père ?

S. : « Trois ans après le marché bio, en 1978, Paul Simonet, combattant inlassable pour le bio et l’écologie, organise la première foire aux énergies douces, l’ancêtre du présent Horizon vert qui connaît cette année sa 32e édition. Il crée avec un autre écologiste bien connu, Pierre Marieu, le Mouvement Écologique du Villeneuvois (MEV) et trace « la voie de l’avenir et de l’espoir, celle de l’écologie pour un monde plus respectueux de la nature que nous devons laisser aux générations futures ». Ils furent des pionniers de tous les combats en faveur des enjeux écologiques, visionnaires pour tout ce qui touche à la protection de l’environne- ment et les consommateurs des produits de la terre.  En décembre 2019, la ville de Pujols a donné le nom de Paul Simonet au verger municipal. »

LVE : Reporter-photographe de presse régionale et nationale depuis 1977 et studio-publicité, vous étiez l’homme de la situation pour retracer cette épopée au travers d’une exposition de 45 portraits d’agriculteurs bio. Quelques noms…

S. : « Honneurs aux pionniers, pourrais-je dire ! Parmi eux, je peux citer : Claudette et Gilbert Pozzer dont la ferme familiale a été reprise par leurs fils Luc, Vincent et Nicolas ; Jean-Pierre Clavié, pruniculteur bio en 1969, créateur de l’huile d’amandon de pruneaux ; Isabelle et Yves Pozzer, lancés dans le maraîchage de pleins champs ; Maurice Verbruggen, arboriculteur qui a créé le GABSO (Groupement d’Agriculteurs Bio Sud- Ouest)… Cette exposition sera itinérante cette année et 2021, dans d’autres communes du département. »

l’on ne mesure pas ce qu’ont vécu ces gens de progrès qui ont initié une véritable révolution sans être alors toujours compris

LVE : À l’heure où nous sommes concernés par le bio, devenu incontournable dans les rayons, quel regard portez-vous sur ces hommes qui ont compris dès les années 60 qu’un tournant devait être pris en agriculture ?

S. : « C’est assez émouvant que ces hommes d’un autre siècle aujourd’hui aient compris qu’ils devaient changer leurs habitudes et modifier leurs comportements. Ils ne l’ont fait ni pour la gloire, ni pour l’argent mais par intuition. L’on ne mesure pas ce qu’ont vécu ces gens de progrès qui ont initié une véritable révolution sans être alors toujours bien compris. Il est aussi à souligner que leurs enfants ont suivi leurs exemples et ont bien souvent amplifié le changement. Aujourd’hui, j’affirme que l’enjeu écologique nous concerne tous et bien loin des clivages politiciens ! Cet anniversaire fut l’occasion de joyeuses retrouvailles pour les anciens agriculteurs de l’époque ainsi que pour les élus municipaux de 1975. Je remercie Guillaume Lepers, le nouveau maire de Villeneuve pour cette reconnaissance collective. »

* Adjoint aux foires et marchés de la Mairie de Villeneuve-sur-Lot en 1975

 


L’AGRICULTURE BIO EN CHIFFRES

12 milliards d’euros pour la filière bio en 2019, une hausse de plus 13,5 % soit près 180 000 emplois directs. 6 % de la consommation  des ménages est consacrée aux produits bio. Ce mode de production soucieux du respect des équilibres naturels et de l’environnement, concerne près de 47 200 fermes et 8,5 % de la surface agricole utile du pays. 28 000 opérateurs,  transformateurs et distributeurs sont engagées dans la filière. En Nouvelle-Aquitaine la dynamique se poursuit avec plus 16 %,  soit 290 000 hectares (7,4 % de la Surface Agricole Utile). La région se place  en seconde position en nombre de fermes et en  surface bio. Le  Lot-et-Garonne  vient de compter le 1 000e agriculteur  bio. Les surfaces bio en 47 (15 % des exploitations) ne cessent de croître et atteignent plus de 35 000 ha, soit plus de 12 % de la SAU du département. 

*Source AgroBio et CDA

 

 

Photo de Ella Olsson provenant de Pexels