Couverture du journal du 29/06/2022 Consulter le journal

Noix de pécan made in Lot-et-Garonne

La 7e édition du Forum Agrinovembre, qui s’est déroulée le 16 novembre dernier au Lycée Agricole de Nérac*, a dressé le visage de l’agriculture de demain. Parmi les thématiques traitées « autres climats, autres agricultures », qui a mis en lumière la plantation des fruits à coques en prévision du réchauffement climatique. Rencontre avec André Tesson du GAEC de Lapargade à Labretonie, seul producteur français de noix de pécan.

noix de pécan

© Shutterstock

La Vie Économique : La hausse des températures est déjà actée dans le Lot-et-Garonne et les autres départements de la Nouvelle-Aquitaine. Votre famille a fait le pari du bio et a abandonné la céréaliculture pour se consacrer entièrement aux amandes, noisettes, noix de pécan et autres pipas. Quand avez-vous fait le pari d’importer de nouvelles cultures plus adaptées au climat méditerranéen qu’à vos terres lot-et-garonnaises ? Quelles ont été vos motivations ?

André TESSON : « J’étais déjà dans une réflexion sur les changements climatiques à venir quand, en 2016, j’ai été fortement intoxiqué par un produit utilisé pour mes cultures. Ce fut un vrai déclic. J’ai vendu tous mes gros tracteurs et tiré un trait sur ce qui était alors mon activité à savoir les céréales. J’ai considéré qu’il fallait anticiper le réchauffement climatique, adapter les cultures sur l’exploitation agricole de 350 hectares et développer une filière bio d’amande, de pistache et de noix de pécan, les fruits à coques étant moins consommateurs d’eau. Force est de constater que ces plants n’exigent que 700 à 1 000 m3 d’eau par hectare contre 2 000m3 pour la noisette tandis que le maïs en absorbe plus de 2 500 m3 par hectare. »

LVE : Plus concrètement, quelles actions avez-vous mené et comment s’est déroulée la mise en place de ce projet ?

A.T. : « Si l’amande et la pistache sont produites dans le sud de la France, il n’y avait pas de production de noix de pécan sur le territoire national donc aucun réfèrent possible. Si j’ai pu trouver des plants en Espagne avec l’espoir de devenir revendeur en France, mes contacts avec l’Amérique ou le Canada sont restés vains. Je partais donc d’une feuille blanche sur un terrain vierge. Nous avons donc décidé de créer une filière, avec ma femme Nadine et nos deux garçons, Anthony (27 ans) et Dimitri (24 ans), Le 19 mai 2019, est née notre association nommée PPAN47, qui a pour objet de promouvoir l’implantation de ces nouvelles cultures en Aquitaine.

Nous avons planté actuellement 56 hectares de noix de pécan et 25 hectares d’amandiers

Nous avons planté actuellement 25 hectares d’amandier, 10 hectares de pistache, 56 hectares de noix de pécan, un hectare de poivre du Sichuan, 15 hectares d’olivier. L’objectif était bien sûr d’augmenter ces surfaces. Pour cela nous avons réuni au sein de PPAN47 quatre exploitations : la nôtre et celles de nos fils. Nous avons planté 400 hectares d’arbres et nous voulons aller plus loin dans notre démarche de plantation. Au début de la plantation, nous semons de la luzerne comme capteur d’azote pendant les cinq premières années et par la suite les arbres prennent le relais pour capter du Co2 avec une estimation de 10 000 tonnes de Co2 par an. »

 

LVE : Où en êtes-vous aujourd’hui ?

A.T. : « L’objectif est de planter 100 hectares de plants de noix de pécan ce qui couvrirait 10 % du marché français. Les arbres sont tous plantés de novembre à mars. Les récoltes ont lieu de septembre à novembre grâce à des machines spécifiques. Les pistaches sont en essai et produiront d’ici quatre à cinq ans, les noix de pécan sont disponibles cette année. Au sein de l’exploitation, ces cultures sont actuellement en reconversion Bio et le seront totalement dans quelque temps. Aujourd’hui, sur les 1 000 tonnes de pécan décortiqué consommées en France, je ne peux proposer que 500 kilos. Nous avons beaucoup travaillé sur ce projet : nous avons reçu les premières machines pour torréfier et enrober les amandes. Pour les noix de pécan, il nous faut d’autres machines qui n’existent pas en France. Actuellement nous utilisons les nôtres mais elles ne sont pas vraiment adaptées. Aussi irons-nous au Texas voir les machines utilisées là-bas et nous aviserons ensuite. Nous avons aussi lancé les pipas français alors que jusqu’alors tout venait d’Espagne ! »

Table ronde - Agrinovembr, noix de pécan

Table ronde – Agrinovembre © D. R.

LVE : Pourriez-vous évoquer votre boutique « La ferme des 3 soleils » pour des fruits à coque bio et français ? Vous avez aussi comme souhait de pouvoir proposer des produits pour les Jeux Olympiques de 2024 ? Qu’en est-il à ce jour ?

A.T. : « Je dirais que cela commence à bouger un peu ! Nous sommes déjà très sollicités pour les amandes par de grands chocolatiers français et énormément de chefs étoilés ! Nous souhaitons cultiver les fruits, mais également les transformer afin de gérer leur qualité, de la plantation jusqu’à votre assiette. Cela nous permettra d’utiliser des circuits courts et de rester, donc, dans une éthique de mieux-être pour la planète et pour nous tous. Si nos vergers se situent à Labretonie et Gontaud-de-Nogaret, la boutique « La ferme des 3 soleils » est sur cette dernière commune. Nous entendons y proposer des barres de fruits secs, des amandes au chocolat et des pistaches grillées made in Lot-et-Garonne. Nous ne perdons pas de vue les Jeux Olympiques de 2024. Nous devrions être en mesure proposer nos produits ! »

Nous avons aussi lancé les pipas français alors que tout venait d’Espagne

LVE : Qu’avez-vous pensé d’Agrinovembre 2021 ? Quels enseignements en avez-vous tirés ?

A.T. : « Cette édition a été riche en enseignement. Elle m’a surtout prouvé que ma démarche n’était pas si étrange alors que depuis des années mon pari était qualifié par beaucoup de « fou ». Mon pari est devenu réalité et je m’en félicite car il s’inscrit tout à fait dans la thématique développée « Autre climats, autres cultures ».

* Le 16 novembre a été lancée la 8e édition du concours « innovations pour l’agriculture ».