Couverture du journal du 10/08/2022 Consulter le journal

Nouvelle-Aquitaine : les nouveaux défis de l’agroalimentaire

Élu président de l’ARIA Nouvelle-Aquitaine (Association Régionale des Industries Agroalimentaires) le 30 juin dernier, Stéphane Douence, par ailleurs directeur général de la Vinaigrerie Générale (24), fait face aux nouveaux défis de la profession dans un contexte de crise due à l’inflation et à la pénurie de matières premières.

Stéphane Douence, président de l’ARIA Nouvelle-Aquitaine, agroalimentaire

Stéphane Douence, président de l’ARIA Nouvelle-Aquitaine © Atelier Gallien - Echos Judiciaires Girondins

Échos Judiciaires Girondins : Vous venez d’être élu président de l’ARIA (Association Régionale des Industries Agroalimentaires). Comment vous est venu cet engagement ?

Stéphane Douence : « L’ARIA, c’est une réflexion que j’ai menée avec Laurent Dulau (ancien président Nouvelle-Aquitaine et nouvellement élu au national, NDLR) pendant 1 an, c’est une grosse responsabilité. Au départ, j’étais adhérent puis j’ai voulu m’inscrire dans le collectif, j’ai commencé sur des missions opérationnelles, sur le développement commercial des adhérents. Après on m’a fait comprendre qu’il faudrait que je sois plus investi dans les organes décisionnels et stratégiques, je suis monté en puissance sur des postes à plus grande responsabilité. Je suis vraiment dans un esprit de continuité par rapport à tout ce qui a été mis en place. »

« 80 % à 90 % du business se fait avec la grande distribution »

EJG : Justement, quelles sont les spécificités de l’ARIA Nouvelle-Aquitaine ?

Stéphane Douence : « Tout d’abord, je dois dire qu’on doit être fiers de ce qu’on fait, c’est un privilège de nourrir les Français. On a une multitude de terroirs très affirmés tels que le Pays basque, le Béarn, la Dordogne, avec des produits bien spécifiques, foie gras, charcuterie, etc. 80 % à 90 % du business se fait avec la grande distribution, donc on a cette typicité de promouvoir et d’accompagner les adhérents dans le développement sur cette partie avec ses propres codes. On a eu un salon dédié aux collectivités : développer les produits régionaux dans les cantines, être dans l’éducation par rapport à une saisonnalité de produits… Il faut réapprendre à consommer juste, les bons produits au bon moment. »

 

EJG : Vous parlez du business avec la grande distribution, pourtant, dans les nouveaux modes de consommation, on parle davantage d’e-commerce, de local, de traçabilité, de bio, etc.

Stéphane Douence : « On a déjà commencé là-dessus, on a les besoins de l’instant, mais on doit réfléchir à l’entreprise de demain. Les marketplaces sont mises en place, mais sur des denrées périssables, les questions de logistique peuvent être compliquées. Sur la partie bio, on essaie de relancer le bio local avec la Région, car il y a une vraie crise sur le bio. La consommation baisse. Avec les problèmes de pouvoir d’achat, l’arbitrage se fait sur le prix. À tel point que certains distributeurs sont dans une logique de garder les marques dites ADN bio dans un univers bio, et sortir toutes les autres dites conventionnelles qui proposent un produit bio pour le réintroduire dans les rayons conventionnels, pour redonner de l’achat d’impulsion, ou de l’achat découverte. Il y a une démarche qualitative, et une légitimité à continuer sur le bio. »

Il y a une vraie crise sur le bio. La consommation baisse car avec les problèmes de pouvoir d’achat, l’arbitrage se fait sur les prix

© D. R.

 

EJG : Il y a aussi de la part des consommateurs une volonté nouvelle de savoir ce qu’ils ont dans leur assiette, de décrypter les formules d’ingrédients. L’application Yuka y a fortement contribué…

Stéphane Douence : « Sur les marques locales, régionales de nos adhérents, on a toujours été dans une logique d’ouverture de nos savoir-faire et de nos métiers. Et bien évidement que la mouvance va vers une liste d’ingrédients plus saine, plus clean label, et plus française. D’autant plus dans ce contexte géopolitique. Après c’est un travail de longue haleine, le sourcing ne se fait pas du jour au lendemain. On a amorcé le processus et on va l’accélérer. »

 

EJG : Vous prenez ce mandat alors que les entreprises agroalimentaires sont plongées dans un moment de crise.

Stéphane Douence : « Après 2 années de crise Covid, cette crise est extrêmement dure, on subit des conséquences fortes sur les matières premières agricoles, énergies, industrielles, on est dans un tsunami. Depuis la période post Covid, on avait une inflation qui était mesurée, mais là, ça devient très compliqué. On met des choses en place sur l’existant, et puis on commence à penser à l’entreprise de demain, à son évolution. Je pense toujours qu’il y a des opportunités dans les crises. Je pensais qu’on ne vivrait pas pire que le Covid, mais c’est le cas. »

Le verre qui était produit en Ukraine, il faut l’acheter maintenant à d’autres pays européens

EJG : Après la crise Covid, la crise due à la guerre en Ukraine est encore plus compliquée ?

Stéphane Douence : « Oui, pendant le Covid, ça a été parfois compliqué, certaines usines étaient à l’arrêt en raison de la pénurie des matières premières. La consommation hors domicile s’est arrêtée du jour au lendemain, et s’est transférée sur la grande distribution. Mais la vraie crise elle est actuelle. On travaille dessus depuis le mois de mars. Elle est multiple : il y a pénurie de verre, d’huile de tournesol (qu’on remplace par l’huile de colza). Toute la partie emballages cartons, bouteilles plastique explose. Par exemple, le verre, qui était produit en Ukraine, il faut l ’acheter maintenant à d’autres pays européens.

Il y a des difficultés de production et il y a des formes de spéculation qu’on subit. On est entre le marteau et l’enclume ; on a nos clients distributeurs qui essaient de lutter contre l’inflation, et on a nos fournisseurs qui appliquent des conditions tarifaires arbitraires. Il n’y a plus trop de règles, ils livrent quand ils peuvent. On est dans une logique de remontée d’information auprès de l’ANIA (Association nationale des Industries agroalimentaires) qui sont en lien avec les ministères, on fait état de nos problèmes. Après, la difficulté c’est que la situation est exceptionnelle. Avant même la crise, on a essayé de mettre place un agro-tarif, c’est-à-dire une centrale d’achat sur toutes les matières sèches. Plusieurs ARIA de France s’y sont greffées, et on est maintenant plus d’une centaine. La difficulté, c’est qu’on ne peut avoir que des produits standardisés. Ce sont des solutions qu’on essaie de mettre en place. On a aussi mis en place une hotline où chaque dirigeant peut appeler. On reste vigilant vis-à-vis d’eux, car le dirigeant est souvent seul dans la décision. On doit accompagner tout le monde. »

 

© D. R.

 

EJG : Êtes-vous confronté à la pénurie de main d’œuvre ?

Stéphane Douence : « Cette année, on a plus de 5 000 postes non pourvus, sur la partie opérateur, responsable de ligne, préparateur de commande, des postes très opérationnels. On s’aperçoit qu’il y a eu un retournement : les gens veulent donner un sens à leur vie. Malgré cela, on a ce manque d’attrait par rapport à nos professions. Ça va être un des points importants à penser pour l’entreprise de demain. On a un conseil d’administration cette semaine pour parler des ambitions 2025, où l’attractivité métiers sera au centre des thématiques. On a 3 thématiques fortes : l’accompagnement dans la transition numérique, environnementale, sociale, etc. On a l’écoconception : produire local, régional, au moins 100 % France et enfin l’attractivité métier. On a un partenariat avec l’IFRIA Nouvelle-Aquitaine (Centre de formation d’apprentis spécialisé dans les métiers de l’Industrie alimentaire) il y a tout un questionnement : pourquoi ? où on en est ? où on veut aller ? Il faut un échange avec toutes les instances. Notre avenir en dépend. L’homme doit être au centre du projet. »

Cette année, nous avons plus de 5 000 postes non pourvus

EJG : Quels sont vos prochains moments forts ?

Stéphane Douence : « La partie salons avec la Coop Agricole, la FCD (Fédération Française du Commerce et de la Distribution) en septembre (l’an dernier c’était à l’Arkea Arena) sur les produits régionaux avec les enseignes qui appartiennent à la FCD : Système U, Auchan, Carrefour… sur la notion de sourcing, de découverte des produits, des prises de commande, etc. il y a d’autres salons spécifiques, par exemple le 21 septembre avec Auchan.

On fait aussi des petits déjeuners avec des distributeurs pour communiquer et construire dans un contexte hors négociation, c’est très apprécié. En septembre également, une réunion entre adhérents avec nos partenaires experts du juridique pour préparer les négociations annuelles d’octobre à fin février, où l’on négocie les hausses de tarifs, la mise en place de nouveaux produits, le développement de partenariats. On définit les contrats entreprise/ distributeur pour un an, avec parfois des contrats tri-annuels. Enfin, en novembre, il y a la semaine de l’emploi ouverte aux entreprises pour faire découvrir les métiers, promouvoir l’attractivité à travailler dans l’agroalimentaire. Comme les entreprises sont insérées dans les campagnes, les terroirs, très souvent, les gens n’imaginent pas qu’à côté de chez eux, il existe une telle entreprise. Chaque année, on monte en puissance pour faire évoluer tout ça. »

On fait aussi des petits déjeuners avec des distributeurs pour communiquer et construire dans un contexte hors négociation, c’est très apprécié

LE TROPHÉE DES ENTREPRISES AGROALIMENTAIRES

La première édition du Trophée des Entreprises Agroalimentaires en Nouvelle-Aquitaine est en préparation au sein de l’ARIA.

Les candidatures devraient être lancées en septembre 2022 pour une remise des prix au premier trimestre 2023. Une belle mise en valeur pour des entreprises régionales de l’industrie agroalimentaire engagées dans la RSE !

 

ARIA NOUVELLE-AQUITAINE : MISSIONS ET CHIFFRES-CLÉS

200 adhérents représentant plus de 10 000 emplois

2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires

Les trois quarts des adhérents sont des PME de moins de 50 salariés.

L’ARIA appartient au réseau des ARIA de France, qui compte 13 antennes, et dont le président est Laurent Dulau.

Les missions : promouvoir les savoir-faire, défendre les intérêts de la profession et développer une marque collective qui s’appelle « Produire Nouvelle-Aquitaine » qui correspond à ce que les clients et les consommateurs recherchent : une production locale, de l’emploi local, du sourcing au maximum régional et une politique RSE affirmée.

Les adhérents font partie d’un panorama très vaste qui va de la charcuterie à la fabrication de glaces artisanales en passant par le vinaigre, des boissons non alcoolisées ou alcoolisées (du cognac), des légumes, etc. Il y a des marques régionales à notoriété nationale telles que Jock, Lou Gascoun, Cacolac, et d’autres plus locales telles que les glaces L’Angelys ou Les P’tits Amoureux en Poitou Charentes.

UN NOUVEAU CONSEIL D’ADMINISTRATION

David Chambaud (Alimentation Fine de France, 24)

Lionel Vardelle (Baillon et Compagnie, 79)

Christian Maviel (Cacolac, 33)

Michael Dahlem, (Cavia.R 19)

Fabrice Taillefer (Cité Gourmande, 47)

Pascal Laffont (Alain Martin, 33)

Xavier Koulytchizky (Delmond Foie Gras, 23)

Michel Bernardin (French Desserts, 16)

Jean-Philippe Allilaire (Hiruak, 64)

Éric Laguilhon (Laguilhon)

Fabien Vaurs (Laiterie Les Fayes, 87)

Manuel Lenglet (Le Grenier des Gastronomes, 40)

Lionel Vasselle (Le Petit Basque, 33)

Aubry Guillon (Les P’tits Amoureux, 79)

Gérard Paignon (Lise Baccara, 17)

Frédéric Nerriere (Soleal, 40)

Sébastien Duchaussoy, (Soleal, 40)

Laurent Dulau (Sturgeon, 17)

Stéphane Douence (Vinaigrerie Générale, 24)

Éric Bocquier (Vitamont, 47)