Couverture du journal du 21/04/2021 Consulter le journal

Gant à Agen : « On veut travailler ! »

Depuis 26 ans en Lot-et-Garonne, depuis 2011 à la tête de la boutique Gant à Agen, Dominique Decupper garde pour lui, en cette période de confinement, la fidélité de ses clients et leur reconnaissance. Paroles d’un commerçant, qui ne se laisse pas abattre bien que…

la boutique Gant à Agen

La boutique Gant à Agen © D. R.

La Vie Économique : L’année 2020 s’annonçait meilleure que les précédentes. Comment avez-vous vécu le premier confinement ?

Dominique Decupper : Nous, commerçants, attendions tout de cette année après les épisodes Gilets Jaunes et les grèves. C’est donc plein d’entrain que nous l’avons entamée jusqu’à ce fichu 17 mars où, du jour au lendemain, il a fallu baisser le rideau. Première réaction : une pensée pour les commerçants isolés. Je sais en effet qu’étant affilié, je serai épaulé par la marque qui notamment reprendra mes invendus. Cela n’aurait pas été le cas si j’avais été franchisé ! En termes de trésorerie c’est important. Toutefois, si j’ai acheté le fonds de commerce, j’ai un loyer pour les murs et une redevance mensuelle à Gant en fonction du chiffre d’affaires. Néanmoins, je viens à peine de finir de payer mes loyers des mois confinés Saison 1 ! J’ai institué via Instagram un service « Personal Shopper », recevant les clients en fonction de leurs possibilités. Le créneau 18 h – 21 h 30 a cartonné. Il faut créer de l’énergie pour avoir un retour donc Action- Réaction ! »

LVE : Vous avouez en ce confinement n° 2, tourner à 20 % malgré le « Click and Collect ». Comment tenez-vous le coup ?

D. D. : « Tout d’abord, il ne faut pas compter ses heures. Le premier confinement est financièrement épuré. Une chance ! J’avoue également que Gant est une très belle société, très compréhensive. Il y a de plus une vraie solidarité entre les Gant. C’est bon pour le moral ! Un de mes deux banquiers m’a suivi, comme mes partenaires, mon expert-comptable. Nous sommes une véritable équipe ! »

LVE : Plus philosophiquement, quelle émotion ressentie ?

D. D. : « Très humblement, je pleurerais tant il y a de l’amour dans ma clientèle qui n’a besoin de rien mais qui achète pour que ma boutique ne meure pas. C’est un vrai lien qui est créé entre nous mais aussi entre tous les commerçants ; et ce lien-là n’existera jamais sur Internet ! »

LVE : N’est-ce pas aussi un simple retour « d’affection » des clients pour un commerçant qui n’a jamais ménagé ni son temps, ni ses services, ni les événements pour leur faire plaisir ?

D. D. : « Il faut semer pour récolter et non penser à seulement récolter. C’est un petit-fils d’agriculteur qui parle ! Il faut aimer les gens pour être commerçant ! Nous ne sommes pas de simples boutiquiers ! »

LVE : En conclusion…

D. D. : « Nous demandons une seule chose : laissez-nous travailler ! Les aides pour que nos sociétés puissent vivre, c’est bien, mais rien ne remplacera le travail que l’on peut fièrement accomplir chaque jour. »