Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Patrick Arotcharen, l’architecte XL

Autant inspiré par les palombières des vallons basques que par l’ambiance métissée des plages de Biarritz, Patrick Arotcharen est l’un des architectes les plus réputés du Sud-ouest avec une cinquantaine de réalisations d’envergure. Portrait.

Patrick Arotcharen, © Louis Piquemil – La Vie Economique

Ses réalisations les plus connues ont un style identifiable avec de solides pilotis, du bois en façade, des brise-soleil horizontaux, des étages conçus comme des strates, des arbres et de la végétation. Ce concept de cabanes gigantesques construites pour le siège social de Quiksilver à Saint-Jean-de-Luz a offert à Patrick Arotcharen sa notoriété nationale. En 2011 il a été lauréat du prestigieux prix AMO récompensant les architectes les plus talentueux. Natif de Biarritz, Patrick Arotcharen tient son goût pour les cabanes perchées des palombières des environs vallonnés de Saint-Jean-Pied-de-Port dans lesquelles, enfant, il accompagnait son grand-père chasseur.

Espace touristique et société rurale

Mais Patrick Arotcharen ne se réfère pas nécessairement aux traditions des constructions locales. Il concède même vouloir « échapper à la pesanteur culturelle de l’architecture basque inspirée de la ferme labourdine ». Il ne s’inspire pas non plus du style Art déco des années 30 dont il reconnait néanmoins « les belles villas signées par des architectes de grand talent ». Sa lecture du Pays basque combine un espace touristique et une société rurale. C’est la Côte basque avec son ambiance surf, son ouverture au monde, son métissage culturel. Ce sont aussi les villages, forêts, vallons et montagnes de l’intérieur du Pays basque. On y vit souvent dehors comme le proposent les constructions de l’agence Arotcharen.

Bordeaux, Toulouse, Bayonne

Ce sont essentiellement des grands bâtiments que conçoivent Patrick Arotcharen et son équipe de 12 personnes. Sièges sociaux de collectivités territoriales ou d’entreprises, équipements culturels, bâtiments scolaires, logements, hôtels, le site web de l’agence installée à Bayonne référence une cinquantaine de réalisations. « J’ai fondé l’agence en 92 et j’ai tout de suite commencé par des marchés publics parce que je travaillais chez des architectes spécialisés dans ces projets » raconte-t-il. Son agence travaille sur une dizaine de projets (deux tiers de marchés public) d’une durée moyenne de deux ans. Ce sont des opérations de 6 millions d’euros au minimum réalisées principalement dans un triangle Bordeaux, Toulouse, Bayonne.

L’agence Arotcharen conçoit des constructions d’au moins 6 millions d’euros et réalisées principalement dans un triangle Bordeaux, Toulouse, Bayonne

Des projets repensés en ampleur

« Nous essayons de dépasser le cadre de la commande pour resituer de manière plus large le projet dans son contexte urbain, géographique, climatique. C’est ce qui nous permet aussi de gagner des concours » constate Patrick Arotcharen. Ainsi à Bayonne, en charge de la restructuration du stade Jean Dauger (dédié au club de rugby professionnel de la ville), Patrick Arotcharen a rapproché les tribunes du terrain pour une ambiance « chaudron » et créé un espace de vie autour du stade. Son projet s’insère donc dans la volonté municipale d’intégrer le stade au centre-ville tout proche et de le considérer même comme un nouveau quartier bayonnais.

© Arotcharen-Architecte

Le dédale du vieux Caire

Dans le discours de Patrick Arotcharen, la notion de déambulation est essentielle. « Ce qui compte, c’est le parcours » affirme-t-il. Après ses études, il a vécu trois ans en Égypte en mission pour l’Institut français d’archéologie orientale du Caire. En travaillant sur des programmes de restauration de monuments, le jeune architecte s’est enrichi d’une culture millénaire au patrimoine architectural exceptionnel mais il a été aussi captivé par le dédale des ruelles du vieux Caire. « Cela m’a aidé à comprendre que chaque territoire avait une expression singulière mais aussi à observer et interpréter l’organisation des rues et des parcours » explique-t-il.

Il tient son goût pour les cabanes perchées des palombières des vallons basques dans lesquelles, enfant, il accompagnait son grand-père chasseur

Symbolisme républicain

Etudiants, salariés, citoyens, visiteurs, ses projets distinguent les publics pour leur proposer des parcours adaptés. « Pour un collège par exemple, est-ce que l’on cherche à impressionner par une entrée monumentale ou à accueillir de manière plus douce en conférant une échelle domestique pour que le collégien ait la sensation de passer de la maison à quelque chose d’un peu plus grand et de collectif ? » interroge-t-il. De la même manière, Patrick Arotcharen adapte le symbolisme républicain des bâtiments officiels à notre époque. Selon lui l’autorité et le rassemblement ont moins besoin d’être affirmés. Il y a une manière plus bienveillante de figurer l’espace public en termes d’accueil et d’accompagnement.

La masse minérale et le bois

Des fermes labourdines traditionnelles et des maisons de Basse-Navarre du Pays basque, Patrick Arotcharen reste interpellé par le rapport entre la masse minérale et le bois. Au fur et à mesure que l’on s’élève vers le ciel, ces éléments deviennent plus légers et conduisent vers les charpentes, qu’enfant, il adorait explorer. « Dès l’instant où on se met à considérer l’architecture comme un assemblage d’éléments, de matériaux, l’architecte doit avoir une culture technique » assure-t-il.  Son agence emploie un ingénieur, un architecte ingénieur et des technologies 3D pour maitriser les complexités des constructions et dialoguer avec tous les corps de métiers. L’idée est « d’affirmer le rôle de l’architecte comme chef d’orchestre dans l’édification de l’œuvre » précise le site web de l’agence.

« Si l’on installe des constructions dans une forêt à proximité d’arbres, on bénéficiera d’une climatisation naturelle amenée par les végétaux »

La nature en décor et confort

« Si l’on installe des constructions dans une forêt à proximité d’arbres, on bénéficiera d’une climatisation naturelle amenée par les végétaux. C’est pour cela que nous érigeons la nature non pas uniquement en décor mais en confort » revendique Patrick Arotcharen. Un beau concept certes mais pas toujours appliqué par les maîtres d’ouvrage des projets. Ainsi à Anglet, le bâtiment de l’école d’ingénieurs Isa BTP récemment créé par Patrick Arotcharen a été complété malgré lui d’une dalle en béton de 4 000 m2. En réaménagement depuis le début de l’année, ce fantasme d’agora sera transformé en espace végétalisé d’ici fin mars. Quant à la question des normes environnementales des bâtiments, Patrick Arotcharen redoute « les recettes imbuvables qui font du bâtiment un simple thermos ». Comprendre les normes pour dialoguer avec ceux qui les imposent est sa méthode pour trouver des solutions harmonieuses.

© Arotcharen-Architecte

Des maisons laboratoires

A 65 ans aujourd’hui, Patrick Arotcharen envisage de travailler jusqu’à ses 70 ans puis de céder l’agence (deux millions d’euros de chiffre d’affaires) à ses collaborateurs. Serein, l’esprit vif, inspiré et volontaire, il semble en pleine forme et n’a plus rien à prouver ni à cacher. Se définissant architecte et non pas entrepreneur, il a délégué la gestion administrative et financière de son agence. En plus des projets de grands bâtiments, Patrick Arotcharen et son équipe travaillent sur la conception de maisons pour des particuliers plutôt fortunés. Considérées comme des laboratoires de recherche, deux bâtisses qualifiées d’exceptionnelles par l’architecte sont actuellement construites à Bordeaux et à Hossegor. « Des maisons parcours, quasiment sans façade, un aspect de labyrinthe, des passages des pièces au jardin, une déambulation, on utilise les courbes » décrit Patrick Arotcharen qui devrait bientôt médiatiser ses deux œuvres architecturales.

Les réalisations en cours

Ecole nationale d’administration pénitentiaire d’Agen (47)
Collège & lycée du Barp (33)
Manufacture de Guyenne à Loupes (33)
Stade Jean Dauger à Bayonne (64)
Collège Alfred de Vigny à Courbevoie (92)
Maisons à Bordeaux (33) et Hossegor (40)
Collège Irandatz à Hendaye (64)
Locaux du groupe Novi à Bordeaux (33)

La référence Quiksilver

« Quiksilver nous a offert un tremplin vers la notoriété. J’ai fait la couverture de la revue d’architecture AMC avec un article de neuf pages à l’intérieur » témoigne Patrick Arotcharen. Pour l’extension, à Saint-Jean-de-Luz sur la Côte basque, du siège européen du groupe Quiksilver l’architecte a été récompensé du prestigieux prix AMO 2011 dans la catégorie « Lieux de travail Architecture Environnement ». Une extension d’un bâtiment déjà en place et un ensemble de cinq édifices à l’allure de cabanes en bois perchées à flanc de colline d’une superficie de 6 500 m2 constituent une étonnante réalisation. « C’était le premier bâtiment emblématique que je livrais. D’un coup, nous avons reçu dix fois plus d’appels, enregistré des commandes, gagné plus d’appels d’offres et été invités à participer à des concours » assure-t-il. Aujourd’hui encore le campus Quiksilver de Saint-Jean-de-Luz et ses immenses cabanes restent une référence architecturale.