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Paul Boyé Technologies : le tailleur des forces de l’ordre

Pompiers, militaires, gendarmes, policiers … Paul Boyé habille la plupart des forces de l’ordre en France. Avec 120 ans d’expérience, l’entreprise située à Labarthe-sur-Lèze, au sud de Toulouse, se développe aussi à l’étranger, notamment en Suisse. Sa croissance dépasse 10% en 2023.

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© Paul Boyé Technologies

Devant leur glace, ils sont 270 000 à enfiler chaque matin des vêtements de Paul Boyé Technologies (PBT). Chaque policier et gendarme français est entièrement vêtu de la tête aux pieds par l’entreprise de Labarthe-sur-Lèze. « On fournit absolument tout : des chaussures jusqu’au képi, des tenues classiques à celles de cérémonie » liste Jacques Boyé, le patron de PBT. Les chiffres donnent le vertige. Ce sont près de 30 000 références pour les deux corps – dont la moitié fabriquée par PBT – et 3 millions d’articles distribués par an.

Suivi de A à Z

Il est loin le temps où les grands-parents de Jacques Boyé produisaient des capotes bleu horizon pendant la première guerre mondiale. « Mon grand-père s’est installé à Sète en 1904, raconte le petit-fils. Puis il a été mobilisé en 1914 et c’est ma grand-mère qui a fabriqué ces uniformes pour les Poilus. A l’époque, tous les ateliers étaient réquisitionnés. » Le grand-père reviendra en Occitanie à la fin des combats et développera son affaire en ouvrant un atelier à Toulouse.

Deux générations plus tard, Paul Boyé Technologies travaille toujours avec les forces armées, mais la logistique a bien changé. « Aujourd’hui, on gère tout de A à Z » détaille Jacques Boyé. Tout commence par la recherche et développement jusqu’au recyclage des produits, en passant par la production, le lavage et reprisage et même la distribution. « Chaque policier dispose d’un quota de points et passe sa commande sur internet en fonction de ses besoins. » Dans l’usine de Labarthe-sur-Lèze, les colis sont remplis avant d’être envoyés à chaque agent.

Police, paul boyé

© Victor Joly

L’innovation à la rescousse

L’entreprise affiche un chiffre d’affaires de 118 millions d’euros en 2023. « Nous devons nos bons chiffres à l’innovation et à l’export » souligne Jacques Boyé qui rappelle que l’entreprise a souffert au tournant des années 90. « L’Etat a ouvert ses marchés publics à l’international. On a perdu beaucoup de contrats. Des concurrents ouvraient des usines au Sri Lanka et affichaient des tarifs qu’on ne pouvait pas se permettre. »

A cette problématique, PBT va répondre de deux manières. D’abord en ouvrant un site à Madagascar en 1992, puis en investissant massivement dans la R&D. L’entreprise a su développer des produits innovants sur lesquels la concurrence est moindre. « C’est le cas des protections NRBC (Nucléaire, Radiologique, Bactériologique et Chimique). Pendant le Covid, on a utilisé ce savoir-faire pour produire le masque BIOX qui protège et tue le virus. » Sur le sujet des masques, le chef d’entreprise est amer. Trois ans après le début de la pandémie, ses lignes de production sont à l’arrêt. « Les besoins sont faibles et on préfère les importer de Chine. Je ne vais pas pouvoir garder éternellement une usine qui ne produit rien. Mais l’Etat doit trancher. Doit-on conserver des contrats de maintenance d’usines de masques ou bien tout abandonner et payer le prix fort en cas de nouvelle épidémie ? »

L’importante question de la souveraineté

La question de la souveraineté est importante pour Jacques Boyé. « On se bat pour garder une partie de la production en France. C’est notre identité. Mais pour continuer à payer des salaires français, il faut des produits à la pointe de la technologie. » Derniers exemples en date, la production de gilet connecté pour les pompiers afin recueillir l’état physiologique des soldats du feu en temps réel. « Cela permet de repérer les pompiers qui risquent un coup de chaleur et possiblement de sauver des vies. »

Le savoir-faire du fabricant haut-garonnais est en tout cas reconnu dans le monde entier. Au total, plus de 75 pays ont passé des contrats avec PBT. Récemment, l’armée suisse a conclu un marché pour habiller ses militaires. Une réussite à 70 millions d’euros sur 4 ans selon Jacques Boyé. Mais ce n’est rien à côté du marché de la police nationale qui doit être renouvelé l’an prochain. PBT sera candidat à sa succession. A la clé, un contrat de plusieurs centaines de millions d’euros sur 6 ans. Réponse dans les prochaines semaines.

 

Quand le puma attaque l’isard

L’isard des Pyrénées est l’emblème de Paul Boyé Technologies. « Mon grand-père l’avait choisi car cela lui rappelait ses origines. Dans son atelier à Sète, il y avait un énorme isard en bois sculpté au-dessus de la porte. » Un symbole qui n’a pas plu à une marque mondialement connue. « Puma nous a attaqué, revendiquant la propriété intellectuelle des animaux bondissants. C’est gonflé, d’autant plus que nous utilisons l’isard depuis bien plus longtemps. » Après une année de procédure judiciaire, PBT l’a emporté face au géant américain. Dans ce combat que la nature n’aurait pas osé proposer, c’est bel et bien l’isard qui a mis KO le puma.

Paul boyé

© DR