Couverture du journal du 25/05/2022 Consulter le journal

Philippe François, Périgourdin du monde

Philippe François parvient à rester profondément Périgourdin tout en étant citoyen du monde : l’équation idéale pour un professionnel du tourisme, ancré avant l’heure dans les valeurs de développement durable. Retour sur le fabuleux parcours de ce Monsieur 100 000 volts qui a dernièrement transmis son entreprise au cabinet bordelais Protourisme avant de devenir président de la prestigieuse École de management hôtelier de Savignac.

Philippe François, devenir président de l'École de management hôtelier de Savignac

Philippe François, devenir président de l'École de management hôtelier de Savignac © lmazalrey

«  Si je me suis investi ma vie durant dans des projets, c’est parce qu’à 23 ans j’étais déjà directeur général d’un hôtel du groupe Accor de 130 chambres et que je ne me voyais pas avec un 300 chambres à 40 ans… L’activité de conseil permet de voir des affaires différentes, de remettre son expérience à zéro. » Philippe François, bien connu dans le monde de l’entreprise périgourdin et plus encore dans le secteur touristique national, n’a jamais été l’homme d’un seul projet. Alors qu’il a transmis en douceur à Protourisme son cabinet conseil spécialisé dans le tourisme durable, le voilà président de l’École de Savignac, dont il fut le directeur-fondateur en 1987 pour le compte de la CCI de Périgueux.

TOURISME ET CULTURE

Élu consulaire depuis 2012 de la CCI Dordogne, membre du bureau lors du précédent mandat, il anime aujourd’hui la nouvelle commission « Tourisme et Culture ». Des boucles se bouclent, le temps pour ce surdoué des échanges humains, affamé de projets, d’avoir eu plusieurs vies en une. Difficile de citer ses nombreux engagements : CPME, Office de tourisme et Espace économie emploi du Grand Périgueux, CDT… Le président du Service de santé au travail qu’il est aussi depuis 2016 a sorti la structure de l’anonymat pour aller vers le grand public avec des thématiques de santé au travail que la crise sanitaire a soulignées plus encore. « La médecine du travail, créée il y a 75 ans par De Gaulle, a toujours été considérée comme une obligation administrative. Avec leurs directions, nous avons réussi à réunir les services de Bergerac et Périgueux en un seul. » Et en mars, il ne devrait plus y avoir qu’un seul service pour la Corrèze et la Dordogne. Ce qui représentera 150 000 employés d’entreprises et 140 salariés, dont 35 médecins, soit le 2e plus important service de santé de Nouvelle-Aquitaine après Bordeaux.

AMBASSADEUR MONDIAL POUR LA PAIX ET LE TOURISME

Membre de l’Amforht depuis 30 ans, Philippe François a accédé il y a 12 ans à la présidence de cette organisation mondiale reconnue par les Nations Unies, qui réunit 700 membres dans 77 pays : deux candidats se sont manifestés pour endosser après lui, en octobre prochain, cette responsabilité qui lui demandait beaucoup de temps et de déplacements, comme en novembre, où il intervenait à la première édition du Salon international du tourisme du Qatar. « Je suis fier de la solidarité qui a permis à l’Amforth d’être reconnue comme référence mondiale sur l’éducation et la formation dans l’hôtellerie, le tourisme et les arts culinaires. C’était passionnant, j’ai des souvenirs fabuleux à Moscou, à Shanghai, au Mexique… » Celui qui a réalisé 180 missions internationales en qualité d’expert et consultant reste ambassadeur mondial pour la paix par le tourisme.

Il est intervenu en novembre à la 1re édition du Salon international du Tourisme du Qatar

CONSEILS… D’AMIS

En plus de ces nombreuses activités bénévoles, Philippe François a mené une riche vie professionnelle en fondant après son départ de Savignac, en 1994, François Tourisme Consultants (FTC), cabinet spécialisé dans le tourisme durable, et les labels Ecorismo et Biorismo qui lui sont adossés. Il apprécie de travailler avec des clients fidèles et de proposer « comme au restaurant, beaucoup de services à la carte ». FTC, qui a réalisé plus de 7 000 missions et publié une vingtaine de guides thématiques, a changé discrètement de mains en pleine crise Covid et on retrouve Savignac en trait d’union entre Philippe François et Didier Arino, diplômé de la première promotion de cette école d’excellence. Le lien de 30 ans ne s’est jamais dénoué — esprit de famille qui vaut pour tout le réseau d’entraide des anciens — et il trouve une attache plus solide encore dans cette transmission.

PROTOURISME, SON MEILLEUR « CONCURRENT »

« Mon histoire professionnelle est liée à Savignac : Protourisme a été fondé par l’un des intervenants importants de l’école », note Didier Arino, qui y a lui-même ensuite animé des sessions. « La philosophie issue des créateurs de l’école, le système de valeurs, sont restés très fort dans mon parcours. Sans cette relation de confiance, cette transmission n’aurait sûrement pas eu lieu. »

La vie professionnelle les a pourtant placés l’un et l’autre en concurrence, sur un même segment de clientèle. « Lorsque j’ai souhaité prendre du recul sur l’opérationnel, mon équipe et moi avons pensé à notre « meilleur concurrent », qui était aussi un ami de longue date. » L’arrivée des compétences de FTC dans la sphère d’activité de Protourisme s’est faite sans effet d’annonce auprès de la clientèle. « C’était stratégique, il y avait une dimension de partenariat plus que de reprise. » Le cabinet périgourdin est présenté comme tel sur le site Internet de Protourisme. Chaque structure a sa propre vie et l’équipe la plus pertinente intervient sur des missions en fonction des profils de clientèle.

Je retrouve du temps pour porter des projets à la présidence de Savignac

« Nous n’avons pas caché non plus ce rapprochement et avons donné la primeur aux clients qui nous questionnaient. Nous sommes en train de repositionner les différentes marques, les gammes de produits, les services, les équipes, cela se fait sur la durée… C’est cette construction qui importe : celle d’un groupe qui doit respecter ses entités. »

Transmettre le travail d’une vie à un successeur bienveillant demeure essentiel pour Philippe François, qui reste consultant vacataire pour Protourisme et apporte des missions. « Je retrouve du temps pour porter des projets, notamment à la présidence de Savignac. » L’heure n’est pas encore aux grandes vacances pour ce mordu de tourisme.

l'École de management hôtelier de Savignac, Philippe François

l’École de management hôtelier de Savignac © D. R.

Savignac bientôt une antenne à Paris ?

« Je n’ai pas cherché cette présidence. Il se trouve que le mandat arrivait à échéance et que le directeur quittait l’école… » Celui qui apparaît à la fois qualifié et légitime pour cette mission a été sollicité par la CCI pour prendre le relais. « La nouvelle présidente du club Savignac, l’association des 2 700 anciens étudiants, tenait aussi à ce que je reprenne des responsabilités, 28 ans après mon départ. » Une école qu’il n’a jamais véritablement quittée. « Nous allons nous accompagner mutuellement ! »

Depuis deux ans, un groupe de réflexion qui associe les élus, les salariés, les anciens étudiants a permis d’envisager des dispositions pour l’avenir de cette école qui restera ancrée à Savignac-les-Églises. « Nous avons pris la responsabilité avec la CCI et le Département, il y a 35 ans, de créer une grande école en territoire rural : déjà mes principes environnementaux ! Le lieu n’est pas neutre, il correspond à une culture gastronomique et agricole. Le lien entre l’école, le Périgord et la Région doit se resserrer. » Cependant, pour continuer à se développer et saisir des opportunités à l’international, cette formation destinée aux managers du tourisme de demain doit s’établir en région parisienne pour être plus près des étudiants et des entreprises.

Le statut juridique de l’école pourrait évoluer, comme c’est le cas de la plupart des Sup de co. « Au départ, nous avions le choix : Éducation nationale, privée, consulaire. Nous réfléchissons, même si la CCI reste majoritaire, à un statut hybride avec des prises de parts de la profession, toujours sans notion de profit. » De même, le nouveau président souhaiterait revenir à des fondamentaux, avec l’intervention de professionnels pour transmettre des valeurs : « au-delà de Bac+3, une fois le savoir structuré, la vraie culture de terrain et le témoignage peut s’ajouter à la théorie. »