Couverture du journal du 16/09/2020 Consulter le journal

Pour une « économie du bien-être »

La France étant frappée par une crise économique sans précédent née d’un effondrement simultané de l’offre et de la demande à la suite de la crise sanitaire récente, la problématique à laquelle nous sommes confrontés est la suivante : comment allons-nous retrouver une nouvelle phase de croissance économique ?

Si je pouvais murmurer à l’oreille de notre ministre de l’Économie… Face à cette crise économique sans précédent qui fait suite à la crise sanitaire, quatre risques majeurs pèsent actuellement sur l’économie française : des faillites d’entreprises, une fuite des capitaux, une très forte augmentation du chômage et une dislocation sociale née d’inégalités exacerbées. En fait, je crois que tout l’enjeu actuel est d’identifier et d’orienter nos actions vers les besoins « de vie » des êtres humains et donc de produire des biens et des services y répondant. Les besoins sont immenses sur la planète et il y a de quoi produire pour la planète entière dans une économie  moderne et ouverte. Pour cela, le point le plus important est de changer de paradigme économique en faisant évoluer progressivement le système capitaliste, qui a pour finalité ultime de créer de la valeur pour les actionnaires, vers un système différent : celui qui serait de construire une « économie du bien-être » afin de maximiser le plaisir de vie de tout un chacun. Le capitalisme est une « passion triste » car il repose sur un certain égoïsme de l’actionnaire qui a tendance à ne pas penser suffisamment aux autres parties prenantes pourtant essentielles à la création de richesses au sein de l’entreprise. La fraternité relationnelle remplacerait les égoïsmes individuels. La coopération, la confiance et l’esprit de responsabilité balaieraient la méfiance et le contrôle permanent.

Un deuxième point est d’éviter le piège tendu par la tentation protectionniste. Le protectionnisme, c’est le repli sur soi, et au final une protection factice contre la concurrence. Le protectionnisme freine les efforts de recherche et de développement qui sont la source de la diffusion des innovations technologiques et sociétales. Une hausse des droits de douane a pour conséquence une chute du commerce international. Les mesures de rétorsion des autres pays sont immédiates et se traduisent par une chute brutale des importations et des exportations des différents pays. Au contraire, selon Schumpeter, les phases de croissance naissent des innovations développées par certains entrepreneurs créatifs et dynamiques. Les innovations « chamboulent » les équilibres préexistants, sont la source de nouveaux investissements et se traduisent par la naissance de nouvelles entreprises. Pour donner un exemple, la société américaine Zoom, qui permet de faire des visioconférences, a été créée en 2011, est valorisée l’équivalent de 50 milliards d’euros, soit 9 fois la valeur de Renault. Tout un symbole ! Selon Juglar, les cycles sont « normaux », d’une durée de 8 ans, et les périodes économiques sont une succession de périodes de croissance et de dépression.

À mon avis, les réponses à notre crise économique actuelle se trouvent dans l’histoire économique moderne et notamment dans les réponses apportées après la Seconde Guerre mondiale sous la double impulsion de la concorde nationale et de la vision des pères de l’Europe guidés par « le plus jamais cela ». Et le défi était tout autre. En 1945, le pays était exangue après une Seconde Guerre mondiale dévastatrice. La réponse a été apportée au niveau du pays et dans le renforcement de la construction européenne.

Faisons de même aujourd’hui. Inspirons-nous du Général de Gaulle, de Jean Monnet et de Robert Schuman.

Première mesure, il faut se lancer à corps perdu dans la réalisation
d’investissements productifs et dans la recherche d’une productivité maximale. Deuxième mesure, il convient de retrouver un équilibre entre une forte capacité de production (construisons des usines et développons de nouvelles activités de services) et une demande raisonnée. Selon la célèbre expression de François Perroux, il faut faire un pari sur « les structures nouvelles » en modernisant les moyens de production. Les pays qui investissent sont ceux qui bénéficient rapidement d’une forte croissance. Il convient notamment de reconstruire une industrie moderne, à la recherche d’une compétitivité valeur, notamment car l’industrie est la « tutrice » des activités de services. Troisième mesure, il faut stimuler les relations économiques entre les pays européens, comme le fait l’Allemagne depuis 20 ans avec les pays d’Europe centrale et orientale de façon à bien utiliser et valoriser les ressources financières mises à disposition par l’Union Européenne et la Banque Centrale Européenne. Une véritable stratégie européenne de croissance s’impose. Quatrième mesure, il convient d’investir massivement dans la formation tout au long de la vie et dans la montée en compétences de tous les acteurs économiques (salariés, travailleurs indépendants) de l’économie française. Cinquième mesure, il faut accompagner l’entrée sur le marché de l’emploi des jeunes diplômés, forces vives d’un pays. Malgré tout le respect que l’on doit à nos aînés, ce sont pas les retraités qui vont faire l’avenir. Au contraire, ils peuvent mettre leur capital expérience au service des générations futures par un transfert d’expériences et par des témoignages riches de sens. La question du renouvellement des générations est cruciale. Sixième mesure, il convient d’éviter de laisser au bord de la route les personnes et les régions les plus défavorisées. Au contraire, un transfert des ressources des régions les plus productives vers les plus défavorisées est essentiel afin que ces dernières prennent progressivement le train de la croissance.

L’objectif est de réduire les inégalités sociales et de ne pas laisser au bord de la route la partie la plus fragile de la population.

Au final, le choix clair d’une politique de l’offre et de la production de biens et de services nous permettrait de sortir de la spirale négative : désinvestissements-chômage-coûts sociaux-importations-déficits budgétaires-endettement insoutenable pour retrouver le cercle vertueux : investissements-emploi-diminution des prélèvements obligatoires-équilibre budgétaire-désendettement-baisse des impôts-consommation raisonnable.

L’exemple de réussite existe sous nos yeux : c’est l’Allemagne ! Nos amis allemands nous attendent pour redevenir le deuxième pilier de la mêlée européenne. La survie de l’Union Européenne et de sa monnaie, l’Euro, sont en jeu.

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