Couverture du journal du 01/07/2026 Le nouveau magazine

Vegeplast : la loi emballe l’innovation

L’entreprise de Bazet Vegeplast, qui conçoit et fabrique des produits à base de matière biodégradable, est touchée par la nouvelle législation européenne qui privilégie les emballages recyclables. Face au risque de perte de marché, le nouveau DG va lancer une nouvelle gamme composée d’un matériau inédit.

Vegeplast

Du tee de golf aux votives biodgradables, Vegeplast assure des commandes variées. © Lilian Cazabet - La Vie Economique

PPWR. Quatre lettres qui sont en train de redéfinir les règles du monde des emballages en Europe avec un objectif louable : réduire leur quantité. Toutes les entreprises du secteur sont concernées mais une a eu quelques sueurs froides face à la nouvelle réglementation. Pionnière dans les matériaux alternatifs aux plastiques biosourcés, Vegeplast a fait des produits biodégradables son credo. Concernant ces derniers, le PPWR est limpide et privilégie nettement ceux qui se recyclent : « Aujourd’hui, les produits biodégradables sont même qualifiés de perturbateurs de la chaîne du recyclage. La raison est simple, il n’y a pas de filière du biodégradable dimensionnée », explique Julien Gambon, directeur général de Vegeplast.

Création d’un nouveau matériau

Là où l’Italie s’est organisée, avec une industrie qui pèse plus, la France n’a pas misé sur ce procédé, préférant concentrer ses moyens sur le recyclage des produits pétro-sourcés : « Concrètement, à terme, ceux qui sont compostables seront interdits ou soumis à des taxes énormes que nos clients ne pourraient pas répercuter », explique le directeur général. Un couperet qui arrivera à l’horizon 2030 et qui a suffisamment secoué les équipes de Bazet pour qu’elles se lancent dans l’innovation. C’est bien elle qui marque l’entreprise dont la croissance tourne, depuis 2003, autour d’une matière issue d’une technique exclusive, le végétop. Face à l’urgence, le bureau R&D s’est mobilisé : « On a développé le vegetop pour créer un nouveau matériau. On a acheté un bioplastique qu’on charge avec des fibres et des végétaux. Le produit présentera exactement le même visuel mais la différence c’est qu’il sera biosourcé… et recyclable d’un point de vue réglementation ».

Anticiper pour conserver ses marchés

La gamme Adenia est donc en train de voir le jour. Semblable en tous points aux gammes Aronia et Salvia, elle n’imposera aucune évolution marketing aux clients de Vegeplast. « Le but était d’éviter les éventuelles pertes de marché en arrivant avec une solution pour nos clients mais en gardant notre ADN », explique le nouveau DG. S’il a pris ses fonctions fin novembre 2025, Julien Gambon est entré dans l’entreprise il y a trois ans comme responsable des opérations industrielles avant d’évoluer à la direction. En octobre, c’est lui qui a impulsé ce nouveau produit. Les premiers tests ont été positifs, validés par les clients et, cerise sur le gâteau, côté rentabilité, il reviendra moins cher. L’occasion pour Vegeplast d’attirer de nouveaux acheteurs et de faire basculer une mauvaise situation en une opportunité. Les dernières études sont en cours, les moules lancés et les premières séries vont bientôt débuter. En parallèle, les essais réglementaires pour l’aptitude au contact alimentaire seront menés ainsi que ceux « pour démontrer la teneur en biosourcé des produits », souligne Julien Gambon.

Vegeplast, Julien Gambon

Julien Gambon, directeur général de Vegeplast. © Lilian Cazabet – La Vie Economique

Des produits inédits

Un nouveau matériau qui offre des propriétés inédites, notamment en termes de souplesse, et ouvre la porte à la création des produits comme les bouchons avec les charnières, adaptés aux salières. « On va proposer quelque chose de différent aux clients avec un tube fait dans cette matière à la place du carton », précise le directeur général. Tee pour le golf, support de bougies, os pour détartrer les dents des chiens, attaches pour les plants de vignes, contenants destinés à l’emballage : diverses et variées, les commandes clients représentent 60 % de l’activité de Vegeplast qui compte 19 collaborateurs. La capsule de café compatible avec Nespresso qui l’a rendue célèbre en 2010 fait office d’exception et n’est pas concernée par la future législation : « Certains produits ne pourront pas relever du recyclage, donc jusqu’en 2030, les choses pourront évoluer ». Sachant que dans le recyclage, seules les bouteilles sont autorisées à être au contact de l’alimentation, du moins en Europe, le secteur est loin d’être fixe.

« Le but était d’avoir une solution pour nos clients sans perdre notre ADN »