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Terrasson – Patrice Sabbah : l’art du sabre japonais

Patrice Sabbah est maître artisan en sabres japonais : il est le seul en France à exercer cette profession, depuis Terrasson. En quête de progression constante, il part au Japon en juin pour un concours de polissage évaluant son travail.

Patrice Sabbah

© Loïc Mazalrey - La Vie Économique

Au Japon, il est un « togishi », autrement dit un artisan polisseur de lames de sabres nippons. En France, il est le seul gardien de ce savoir-faire ancestral, véritable héritage d’histoire et de tradition. Depuis 2011, Patrice Sabbah les déniche, achète, rénove, polit et revend. Il a construit chez lui un véritable showroom, dédié à l’exposition de ces sabres, mais aussi d’armures, de livres… Tous japonais. Au sous-sol, il a installé son atelier de restauration. Un travail minutieux qui s’effectue grâce à une technique précise. En effet, le polissage dans le respect de la tradition japonaise s’effectue avec neuf pierres, et deux pierres à doigts.

Des lames anciennes

« On travaille sur des lames datant du XIIe au XIXe siècle, plus elles sont anciennes, plus l’acier est tendre ; l’enjeu est donc de trouver la pierre qui va permettre de faire ressortir l’acier et la trempe sélective. Il s’agit de la partie la plus dure du sabre, pour trancher, c’est ce qui fait la qualité intrinsèque du sabre japonais. » D’une centaine d’heures de travail pour un katana (sabre) à une soixantaine pour un tanto (sabre court) en passant à 80 pour un wakizashi (plus petit que le katana), Patrice Sabbah redonne son état d’origine à la lame. Le polisseur s’est également formé à la restauration des poignées, et donc au travail de tressage, appris dans la banlieue d’Osaka.

Gradé au Japon

Son savoir-faire, Patrice Sabbah, l’a appris à 22 ans, auprès de son maître, polisseur professionnel qui s’était formé dix ans au Japon. Le Périgourdin, lui, est allé encore plus loin jusqu’à mettre ses compétences à l’épreuve, face au jugement de Nippons. Il en est reparti avec deux diplômes, certifiant son grade, et ainsi la qualité de son travail. Il y retourne en juin, pour tenter de monter en grade. « Ce concours n’a lieu qu’une fois par an, on restaure une lame, qui est jugée. C’est un réel aboutissement, une reconnaissance par mes pairs ». Car, si Patrice Sabbah est seul en France, et qu’ils sont uniquement trois en Europe, ce métier est évidemment plus fréquent au Japon.

Si les lames qu’il rachète, rouillées, mal entretenues, ont moins de valeur, une fois restaurées, elles peuvent coûter « de quelques milliers d’euros jusqu’au million ». Évidemment, tout dépend de leur histoire, leur héritage. Certaines peuvent avoir appartenu à de grandes familles de samouraïs. Leur valeur va immédiatement baisser s’il s’agissait de sabres en tant qu’outil et se revendre entre 5 000 et 10 000 euros.

Trois en Europe

Le Périgourdin travaille pour des salles de vente et est aussi expert auprès des assurances. Les deux tiers des sabres restaurés proviennent de commandes, le reste sont des restaurations reventes. Ses clients ? Des collectionneurs passionnés, de « petits collectionneurs », des pratiquants d’arts martiaux, des « collectionneurs avertis à la recherche de lames précises », ou des investisseurs. Patrice Sabbah gère par ailleurs des portefeuilles de collection pour certains de ses clients. Ce sont des Français mais aussi des internationaux « de toute l’Europe », sourit le passionné.

Patrice Sabbah

Patrice Sabbah, maître artisan en sabres japonais. © Loïc Mazalrey – La Vie Économique

Depuis la création de son entreprise, en tant qu’autoentrepreneur, en 2011 en région parisienne (il est arrivé en 2021 à Terrasson), Patrice Sabbah a restauré environ entre 200 et 300 sabres. Une activité dont il vit « très bien » et dont il affirme que le travail ne manque pas. Certes, il reconnaît « un petit marasme » mais avant tout chez les petits collectionneurs qui deviennent « rares et difficiles » mais « les grands collectionneurs sont toujours là ». Et les Périgourdins aussi. S’ils n’achètent pas, l’accueil du polisseur a été très positif et la curiosité se fait sentir. Raison pour laquelle l’artisan proposera, en juin, une exposition.

On travaille sur des lames datant du XIIe au XIXe siècle

Transmission assurée

Métier orphelin rime avec absence de formation. L’enjeu pour Patrice Sabbah est de transmettre ses connaissances. Ainsi, depuis six ans, il apprend à Grégory de Fondaumière, qui a lui-même opté pour le statut d’autoentrepreneur et suivi son mentor en Dordogne. « Il en a encore au moins pour cinq ans pour être totalement autonome. »