Infinite Orbits : une usine pour accélérer

Alors que son usine d’assemblage de satellites est inaugurée à Toulouse en ce début septembre, Infinite Orbits prépare une nouvelle levée de fonds pour la fin d’année. De quoi parvenir à l’ambition de devenir le leader mondial du service en orbite.

Adel Haddoud, Infinite Orbits

Adel Haddoud, PDG d’Infinite Orbits © Adrien Nowak - La Vie Economique

L’avenir de l’orbite géostationnaire se joue à Toulouse. C’est dans le quartier Aerospace qu’Infinite Orbits inaugure en ce début septembre sa première usine d’assemblage de satellites. Ils s’envoleront en 2027 à 40 000 km au-dessus de nos têtes. Dans cette usine qui a nécessité 7 millions d’euros d’investissement, près de 500 m² de salles blanches peuvent accueillir six satellites en production, quatre de la gamme « Orbit Guard » et deux de la gamme « Endurance ». Ces deux produits développés par Infinite Orbits sont spécialisés dans le rendez-vous spatial, c’est-à-dire l’approche d’un autre objet en orbite. Avec chacun leur objectif : Orbit Guard réalise de l’inspection, Endurance se concentre sur la prolongation de la durée de vie d’un satellite.

Marché défense

Avec un premier exemplaire lancé il y a trois ans, Orbit Guard est le produit d’appel d’Infinite Orbits. « On offre la capacité de se rapprocher d’un objet dans l’espace. Le client implante ensuite la charge utile qu’il souhaite : observer cet objet ou agir sur lui, via du brouillage par exemple », explique Adel Haddoud, P.-D.G. d’Infinite Orbits. Ces satellites sont très prisés par la défense qui a fait de l’espace un nouveau terrain d’attention. La direction générale de l’armement (DGA) a d’ailleurs commandé le quatrième Orbit Guard fabriqué par Infinite Orbits – nom de code Paladin – pour surveiller l’orbite géostationnaire et y conduire des opérations au besoin.

La défense est l’un des axes de développement de la start-up qui détient actuellement un carnet de commandes supérieur à 150 millions d’euros. Une société dédiée a d’ailleurs été créée en 2023, Infinite Orbits Defence. Elle accueille ce mois-ci un nouveau patron, en la personne du colonel Christophe Grandclément, ancien commandant de la base aérienne 204 à Mérignac (Gironde). La branche développe également un nouveau satellite d’inspection « Tom et Jerry » dont un premier démonstrateur s’envolera en orbite basse au printemps prochain.

Prolonger la durée de vie

Cette mission est une transposition en orbite basse de ce qu’Infinite réalise en haute altitude. Mais le géostationnaire reste la priorité de la pépite du New Space. « Sur l’extension de la durée de vie des satellites, cela vaut le coup à 40 000 km avec des satellites à plusieurs centaines de millions d’euros, ce qui n’est pas le cas plus bas », analyse Adel Haddoud. L’entreprise toulousaine a développé une technologie innovante pour son satellite Endurance. Il se rapproche en toute autonomie à quelques mètres d’un autre satellite qui n’a plus de fuel avant de le saisir à l’aide d’une pince. « Le risque de collision est énorme à 11 km/sec. Endurance va analyser l’autre satellite, comprendre sa position, son mouvement et venir se docker à lui pour prolonger sa mission », détaille le P.-D.G. d’Infinite Orbits qui compte plusieurs opérateurs de renom parmi ses clients, comme le luxembourgeois SES ou encore l’azéri AzerCosmos.

Ces manœuvres complexes nécessitent une précision d’orfèvre, et donc une supply chain agile et prête. « On veut accélérer la production. Aujourd’hui ce sont 40 sous-systèmes qui nous proviennent de 17 pays », liste Adel Haddoud qui envisage des opérations de rachat pour entretenir une dynamique de série. Pas de quoi effrayer le Toulousain qui s’est porté acquéreur de LMO au Luxembourg et Lunasa au Royaume-Uni ces derniers mois.

© DR

Vers une nouvelle levée de fonds

L’entreprise a encore vocation à s’étendre géographiquement. Après l’ouverture d’un bureau en Allemagne, c’est en Espagne qu’Infinite Orbits compte se développer. Partie de Singapour en 2017, l’aventure n’est pas près de s’arrêter. Le chiffre d’affaires va flirter avec les 40 millions d’euros cette année. « On veut être l’acteur dominant du service en orbite » annonce Adel Haddoud. Une ambition qui nécessite des fonds. Après avoir levé 12 millions en 2023 et 40 millions fin 2025, une nouvelle levée est en cours et pourrait voir le jour d’ici la fin d’année. « On sera autour du double de la dernière levée », espère le dirigeant qui continue également de recruter alors qu’Infinite compte désormais plus de 200 collaborateurs dans le monde.

« On va envoyer trois satellites en orbite en 2027 »

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