Le temps des spectateurs est terminé
Pendant longtemps, on a demandé aux entrepreneurs de rester à leur place. Créer, investir, embaucher, et laisser à d’autres la politique et la représentation collective. Cette époque est révolue. Diriger une entreprise aujourd’hui, c’est évoluer dans un environnement façonné en permanence par les décisions publiques : la fiscalité, le coût du travail, les normes, les transitions écologique et numérique. Chaque jour, des décisions aux conséquences directes sur nos salariés et nos territoires sont prises, et trop souvent nous les découvrons une fois qu’elles le sont. Parce que nous avons cru que quelqu’un d’autre défendrait notre environnement économique. Mais la démocratie économique ne fonctionne pas par procuration. Si nous ne prenons pas la parole, d’autres parleront à notre place. Et ils parlent déjà.
Pourquoi je me suis engagé
Je dirige une entreprise. Comme beaucoup, j’ai longtemps pensé que mon rôle s’arrêtait à la porte de mes locaux : faire tourner la maison, payer les salaires, tenir les engagements pris auprès des clients et des banques. Le reste était l’affaire des autres. J’ai changé d’avis en mesurant à quel point des décisions prises loin de nous venaient percuter nos plans et nos embauches, sans que personne ait songé à demander aux entreprises ce qu’elles en pensaient. Je me suis engagé, d’abord en venant écouter, puis en prenant des responsabilités, aujourd’hui à la présidence des Entrepreneurs Haute-Garonne. J’y ai gagné une lecture plus fine de mon environnement et un réseau de dirigeants sur lesquels m’appuyer.
La solitude du dirigeant devient une faiblesse
Cette solitude fait partie du métier. Mais lorsqu’il s’agit de défendre l’intérêt des entreprises, elle devient une faiblesse : un dirigeant seul face à une réforme ne pèse rien. Des milliers d’entrepreneurs organisés sont une force considérable. C’est tout l’intérêt d’une organisation patronale : ne plus subir son environnement, mais le construire. Si adhérer permet du soutien technique, une assistance juridique, une palette de services et un moyen de développer significativement son réseau, c’est aussi rejoindre une communauté, forte en Haute-Garonne de plus de 1 500 entrepreneurs et d’une centaine de rencontres par an, où l’expérience individuelle devient force de proposition. C’est le passage du « moi » au « nous ».
Ce que nous voyons sur le terrain
En Haute-Garonne comme ailleurs, les mêmes sujets reviennent : des marges qui s’érodent, une trésorerie sous tension, des investissements reportés d’un trimestre à l’autre, des transmissions qui échouent faute de repreneur ou de financement. S’y ajoute l’empilement administratif. Chaque texte pris isolément se justifie, c’est leur accumulation qui décourage. Le dirigeant d’une entreprise de vingt salariés n’a ni direction juridique ni service de conformité : il a lui-même, le soir. Et quand une entreprise ferme, ce sont des emplois qui disparaissent et parfois tout un bassin qui s’appauvrit. Défendre l’entreprise, c’est défendre une part du tissu social du pays.
Le pouvoir d’achat se joue aussi dans l’entreprise
On oppose encore trop souvent la santé des entreprises et le pouvoir d’achat des salariés, comme si l’un se payait de l’autre. C’est une erreur d’analyse, et nous sommes les mieux placés pour le dire.
Aucun dirigeant ne se réjouit de ne pas pouvoir augmenter ses équipes. Nous vivons tous la même conversation en fin d’année : des salariés dont le salaire net progresse moins vite que les dépenses contraintes, et une entreprise qui supporte un coût employeur sans commune mesure. Comment redonner de la valeur au travail sans fragiliser les entreprises qui l’emploient ? Quelle place pour le partage de la valeur dans les petites structures ? Ces questions ne se traiteront pas sans ceux qui signent les bulletins de paie.
La CPME devient Les Entrepreneurs
Le 24 juin 2026, la CPME est devenue Les Entrepreneurs. Ce n’est pas une rupture, c’est une évolution. Nous revendiquons notre histoire, notre ancrage territorial et notre culture du dialogue social, et nous continuons de relayer la voix des TPE-PME, des artisans et des indépendants. Ce que nous changeons, c’est la clarté. Le sigle était une abréviation que peu de gens savaient développer en dehors de nos rangs. Le nouveau nom dit ce que nous sommes et qui nous représentons. Car nous ne représentons pas une taille d’entreprise : nous représentons une manière d’entreprendre. Derrière chaque entreprise, il y a une femme ou un homme qui engage son énergie, son projet, parfois son capital.
Le pouvoir des mandats
C’est encore trop méconnu des chefs d’entreprise, mais ce qui fait le poids réel d’une organisation patronale, ce sont ses mandataires. Nous sommes l’une des trois organisations interprofessionnelles représentatives, et la seule qui porte en priorité la voix des TPE-PME, qui constituent 99 % des entreprises françaises. À ce titre, nous négocions les accords nationaux interprofessionnels et siégeons, face aux syndicats de salariés, dans les instances paritaires de l’assurance chômage, des retraites complémentaires et de la formation.
En Haute-Garonne, cela prend le visage de dirigeants bénévoles qui siègent là où les décisions tombent sur les entreprises. À l’URSSAF, au conseil d’administration et surtout à la commission de recours amiable, ils défendent les dossiers de chefs d’entreprise en retard de paiement ou en désaccord après un contrôle, et obtiennent remises de pénalités et échelonnements. Il y a une réalité économique derrière un compte débiteur, et c’est à eux de le rappeler.
Au conseil de prud’hommes, nos mandataires siègent comme juges employeurs dans une justice strictement paritaire : leur présence garantit que les litiges soient tranchés par des gens qui savent ce qu’est le quotidien d’une PME. À la Chambre de Commerce et d’Industrie, élus par leurs pairs, ils orientent les budgets consulaires vers ce qui sert les petites entreprises : digitalisation, export, formation, zones d’activités, commerce de proximité. Ces mandats s’exercent bénévolement, souvent sans que l’entreprise voisine sache qu’ils existent. Ils font pourtant la différence entre subir une administration et être défendu devant elle. Et ils ne tiennent qu’à une chose : des entrepreneurs qui acceptent d’y consacrer du temps.
Militer n’est pas faire de la politique
Le mot « militant » inquiète parfois. Il faut pourtant le réhabiliter. Militer ne signifie pas appartenir à un parti politique ni défendre une idéologie. Militer, c’est choisir de ne pas être spectateur : prendre la parole, expliquer à un élu les conséquences concrètes d’une mesure. Une organisation patronale rassemble des entrepreneurs autour de réalités communes sans qu’ils partagent les mêmes opinions politiques. C’est sa force : nos propositions ne sortent d’aucun programme, elles sortent des entreprises.
Notre force : nos propositions ne sortent d’aucun programme politique, elles sortent des entreprises
Candidats à la présidentielle par les idées
Notre président national, Amir Reza-Tofighi, l’a formulé d’une phrase : les entrepreneurs sont candidats à la prochaine élection présidentielle. Non pour briguer un mandat ni soutenir un camp, mais candidats par leurs idées. Cette ambition a pris corps avec la Fabrique des Entrepreneurs, un laboratoire qui réunit des chefs d’entreprise, des économistes et des experts autour de cinq leviers : le travail, le pouvoir d’achat, le modèle social, nos souverainetés et le rôle de l’État. L’objectif qui les relie est chiffré et assumé : augmenter d’au moins 10 % en cinq ans la valeur créée sur le territoire, soit environ 2 % de croissance annuelle. Ce n’est pas un slogan, c’est la condition pour financer notre modèle social.
Une Grande Consultation en Haute-Garonne
Pour que les propositions soient nourries par le terrain, Les Entrepreneurs Haute-Garonne ont lancé, comme tous les départements français, une Grande Consultation. Elle est ouverte jusqu’à la fin de cette année 2026, et les informations pratiques sont sur notre site, www.cpme31.fr. Nous interrogeons les dirigeants sur ce qu’ils vivent et sur ce qu’ils attendent : ce qui freine l’embauche, l’investissement et la transmission, ce qui permettrait de mieux rémunérer le travail, ce qu’il faudrait simplifier en priorité. Ces remontées seront consolidées au niveau national et portées auprès des candidats, non comme une liste de doléances, mais comme un corpus de propositions issues du réel. Elle est ouverte à tous les entrepreneurs du département, adhérents ou non, et c’est un choix délibéré : nous ne cherchons pas à faire parler nos adhérents, nous cherchons à faire parler les entreprises.
Prendre sa part
Nous ne pouvons pas réclamer d’être mieux entendus tout en restant absents des lieux où se construit le débat. Être entrepreneur, c’est déjà prendre un risque : l’engagement collectif ne demande rien d’autre.
Alors je lance un appel simple aux entrepreneurs de Haute-Garonne. Répondez à la consultation sur www.cpme31.fr. Venez à nos événements. Prenez un mandat. Dites ce que vous vivez : rien n’a plus de valeur, dans un débat saturé de commentaires, que la parole de quelqu’un qui fait.
Ne soyons plus ceux qui s’adaptent aux règles du jeu, devenons ceux qui les écrivent. Parce qu’aujourd’hui, le plus grand risque pour les entrepreneurs n’est pas de trop s’engager. C’est de ne pas s’engager assez.
Je lance un appel simple aux entrepreneurs : ne soyons plus ceux qui s’adaptent aux règles du jeu, devenons ceux qui les écrivent
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