Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Atelier Geppetina : profession marionnettiste

À Labarthe-de-Neste, Suzie Egli-Vasse est une des très rares fabricantes de marionnettes de la région, un métier singulier qu’elle complète avec des représentations.

© HH - La Vie Economique

Dans un monde où le rendement est souvent une priorité, Suzie Egli-Vasse a choisi de prendre le temps. De chiner le bon accessoire, les billes qui se transformeront en regard perçant, les chutes de cuir qui battront comme des ailes et d’habiller un peu plus qu’un personnage imaginaire. Dans son atelier de Labarthe-de-Neste, ce sont bien des vies qu’elle crée à travers ses marionnettes. Métier rare et devenu désuet, décalé au cœur d’une société basée sur le virtuel et les images qui défilent, elle a renoué avec un savoir-faire perdu et pourtant précieux. Artisan d’art et artiste, installée dans l’ancienne boucherie du village, elle salue toute la journée les badauds qui lui sourient à travers la vitrine. Difficile de la manquer, celle-ci éclate comme un feu d’artifice coloré.

Recyclage et bricolage

Depuis cinq ans, elle est à la tête de l’Atelier de Geppetina et, loin de ne leur faire raconter que des histoires, elle fabrique et vend ces personnages d’univers magiques. La regarder travailler est déjà un spectacle. Marionnettiste est un terme qui désigne à la fois la personne qui les manipule et leur donne vie : « C’est rare qu’un marionnettiste achète la marionnette avec laquelle il joue. Nous sommes souvent des grands bricoleurs », s’amuse Suzie Egli-Vasse. Un coup d’œil dans le magasin fait mentir la chanson de Christophe (Les Marionnettes), il faut visiblement un peu plus que de la ficelle et du papier pour ces mignonnettes. Machine à coudre, outils, scie à ruban, matériel de récup, tissus de toutes les matières : Ali Baba envierait cette caverne aux trésors. Tout devient un chapeau, un accessoire, un détail qui donnera du poids à la personnalité : « J’ai choisi d’utiliser un maximum de matériaux issus du recyclage. C’est un aspect qui m’a permis d’être labellisée par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat ».

Dans la lignée de Guignol, elle fabrique des marionnettes à gaine

Vente sur les marchés

Dans la grande lignée de Guignol, Suzie Egli-Vasse travaille le plus fréquemment des marionnettes à gaine : « La tête est en bois, souvent en tilleul, et légère. On ajoute une gaine ou une robe qui va cacher le bras, il faut à peu près 3 heures pour un modèle de base ». Des marottes cache-cache, petites marionnettes qui surgissent de leur cachette, grands modèles à fils, les jouets d’antan revivent et étonnamment ils ont trouvé leur clientèle. Loin d’être cantonnée au village, celle-ci se nourrit des représentations de l’artiste. Avec son bus, Suzie Egli-Vasse transporte la scène et le décor qui serviront de cadre aux aventures de Séraphin et du peuple des pantouflards, un conte librement inspiré par les légendes pyrénéennes et leur histoire. Si les enfants se régalent, les adultes se prennent à l’intrigue qui ne manque ni de rythme ni d’actions : « Lorsque je me produis dans des marchés, j’ai un stand sur lequel je vends les marionnettes après le spectacle ».

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Des interventions auprès des enfants

À Noël, elle assure 20 jours de spectacles non-stop et si elle sillonne ainsi la région, elle n’hésite pas à aller bien plus loin pour intervenir dans les écoles et les centres de loisirs. Depuis 2020, elle y anime des sessions durant lesquelles les enfants construisent leur propre marionnette. Cette activité annexe rencontre elle aussi un vrai succès : « J’en fais 250 par an. Ça représente pas mal de déplacements, je démarche beaucoup mais c’était nécessaire pour que mon activité me permette de dégager un salaire ». Pour maintenir son commerce à flot, cette artisane n’hésite pas à renouer avec la grande tradition des marionnettistes d’antan dont l’arrivée était synonyme de joie.

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Une reconversion singulière

Avant de faire de sa passion un métier, Suzie Egli-Vasse était infirmière de gériatrie pendant près de 13 ans. Des difficultés personnelles l’ont amenée à repenser son quotidien et entamer une reconversion professionnelle qui était loin d’être évidente. Si sa grand-mère fabriquait des marionnettes, elle le faisait elle aussi par plaisir avant d’oser se lancer. L’envie y était mais l’enjeu était immense et en vivre un véritable défi. Après quelques années d’activité, beaucoup de débrouille, des heures et des heures de travail jamais comptées, le résultat est là. Il ne ressemblera jamais à celui d’une production d’usine, c’est d’ailleurs loin d’être son objectif. Question projet, celui des prochains mois est limpide : « Je vais surtout me calmer ! Quand on est indépendant, on se donne énormément les premières années, ça peut user ». Elle qui voulait ne plus être en contact avec le mal-être des humains leur apporte désormais du rêve, de l’évasion et un retour en enfance. En créant sa propre activité, Suzie Egli-Vasse a tiré les fils de son destin pour un bonheur qu’elle partage.