Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Au Temps d’Eugénie, la tradition innovante

Les Popottes que l’entreprise périgourdine met sur le marché cette fin d’année témoignent d’un savoir-faire artisanal allié aux nouvelles tendances de consommation. Elles rejoignent des confitures appréciées dans le réseau d’épiceries fines.

Mathieu Pivaudran, dirigeant d’Au Temps d’Eugénie

Mathieu Pivaudran, dirigeant d’Au Temps d’Eugénie © SBT

C’est une vieille dame du XIXe, une entreprise née à Sourzac, déplacée à Marsac et reprise en 2017 par Mathieu Pivaudran, qui l’a installée en surplomb des services de Cré@vallée à Coulounieix, entre ancien corps de ferme aux arbres centenaires et atelier moderne. Les recettes ancestrales des confitures du Temps d’Eugénie, dans leur habillage haut de gamme, sont distribuées en épiceries fines. 99 % de BtoB et le reste en direct via un site internet récemment remanié.

Cette fin d’année marque l’avènement d’un nouveau produit : les Popottes de fruits célèbrent l’esprit nature, tout fruit, sans sucre ajouté ni conservateurs ou arômes. « Le mot était libre, on l’a déposé puisqu’on ne peut pas utiliser « compote », réservé à un produit sucré. » À la fois dans l’air du temps et dans la pure tradition, onze parfums à base de pommes sont traités avec un savoir-faire artisanal, dont une Popotte de Noël qui rejoint la fameuse confiture de Noël de la maison. En petit pot, c’est le dessert idéal des bébés et des enfants. « C’est un produit abordable, avec un mixage sans morceau, qui devrait séduire les parents. » Les pommes viennent de la limite entre la Dordogne et la Corrèze, toujours sur un standard de haute qualité et sucrosité. L’entreprise achète aussi ses autres fruits localement, noix, châtaignes, framboises ; puis Lot-et-Garonne, vallée du Rhône et Roussillon, mandarines de Corse et oranges d’Italie. « Nous subissons les aléas climatiques, ça impacte le cours du fruit. Une année, on a dû interrompre la myrtille. On a besoin d’une prestation amont pour des fruits prêts à l’usage, notamment pour les fraises qu’on utilise très mûres. » Quant au sucre, son prix a plus que doublé, « c’est aussi ce qui a contribué à la création des Popottes ».

Authenticité et modernité

Le dirigeant, qui a exercé dans l’univers des parfums et des cosmétiques, y applique le marketing de marque et le goût du packaging soigné. « Il y a sûrement quelques ponts entre la parfumerie et l’épicerie fine… J’essaie de porter un regard nouveau sur des connaissances et des recettes pertinentes puisqu’elles ont fait leurs preuves dans le temps. »

La Popotte, sans son pot circulaire, s’installe sur le créneau du dessert, tandis que les confitures dans leurs pots hexagonaux sont bien repérées sur celui du petit-déjeuner et de la pâtisserie. « Des chefs et établissements réputés de Dordogne utilisent nos produits. On va leur présenter les Popottes. » La signature du Temps d’Eugénie porte sur une gamme complète de confitures et gelées avec des versions bio et allégée, de liquoristerie, de nectars et jus de fruit. « La société a eu l’intelligence de ne pas dénaturer ces savoir-faire au fil du temps et de ne pas céder à la mécanisation. Je parle volontiers de manufacture, le monde du travail manuel et de la petite série m’intéresse, jusqu’au collage des étiquettes qui nous permet de personnaliser des commandes événementielles. »

La conception des produits se fait par l’équipe au complet. « On se fait aider par un ingénieur pour respecter les normes mais nous sommes tous très autonomes et polyvalents, chacun peut intervenir sur tous les postes, on s’entraide à la production car ce sont des métiers fatigants. » La présence sur les salons professionnels, trois à quatre par an, permet de mesurer les tendances de consommation. « On vend plus d’allégés en sucre que de bio. »

Préoccupations environnementales

La crise de l’énergie puis l’inflation, qui ont suivi une période Covid florissante pour la vente locale, ont ramené vers la grande distribution des clients qui avaient fait le choix des circuits courts. La prudence du dirigeant lors de la construction du bâtiment est gagnante : « on est en compteur bleu, on s’organise avec nos deux fours ». Et les chaudrons chauffent presque complètement le bâtiment de 630 m2. Les coûts d’emballage, notamment du verre, sont en train de refluer. Par engagement, le dirigeant a proscrit dès son arrivée l’usage du plastique. « Verre fin, métal, carton recyclé et recyclable. Et on a un compost de déchets de fruits que les animaux viennent manger. » L’atelier travaille en flux tendu, un outil statistique permet de connaître l’état du stock et de rester dans ce format de bâtiment. Les palettes bougent tous les jours, « avec 24 mois de DLUO, on ne fabrique pas pour stocker ».

Peu à peu, le cercle géographique s’élargit pour dépasser l’ancrage local et régional et desservir toute la France, à l’exception du Grand Est et du Sud-Est « faute de temps ». Une demande existe à l’international et ce sera un prochain rendez-vous pour Le Temps d’Eugénie, en s’associant avec des producteurs de foie gras. Le site internet, récemment remis en forme, assure le lien en attendant, avec des fenêtres alléchantes sur Instagram et Facebook. « Et nous sommes accompagnés par une agence pour un meilleur référencement. »

La société a eu l’intelligence de ne pas céder à la mécanisation

© Au Temps d'Eugénie

© Au Temps d’Eugénie

 

Esprit d’entreprise

L’équipe de sept personnes, dont un jeune alternant, bénéficie d’une ambiance de travail qui tient, comme la ligne de produits, d’un mélange d’entreprise à l’ancienne, avec les bons côtés du paternalisme, et d’une dynamique de start-up. « On fonctionne sur un mode horizontal, on est ouverts à la communication et au partage. » Un coach sportif vient les faire bouger tous les mercredis à 16 heures sur le temps de travail, dans la salle de sport aménagée sur place. « C’est du sur-mesure, adapté aux postures. »
Cette façon de vivre l’entreprise ensemble passe aussi par la garderie parentale, née lors de la période Covid. « Dès qu’il s’agit des enfants, la charge mentale est forte et c’est bien d’avoir une solution sur place. Je tiens à animer une entreprise dans laquelle j’aime aussi travailler, mes équipiers y passent un temps incroyable et doivent y être bien. Mon grand-père était précurseur en 1948 dans celle qu’il a créée à Souillac (46) en proposant une crèche. Cette écoute, ce modèle social ont marqué la famille. La RSE est une adaptation aux enjeux du quotidien et il y a encore beaucoup de choses à imaginer. »
Sa philosophie du bien vivre en entreprise conduit Mathieu Pivaudran à plafonner son modèle économique : « nos locaux sont faits pour atteindre un chiffre que je ne souhaite pas dépasser pour rester économes des ressources et des moyens. Nous y sommes aux deux tiers. On croît plus vite que le marché sur lequel on évolue et c’est suffisant, une fuite en avant pour être plus gros ou la revendre plus cher endetterait l’entreprise. »