Couverture du journal du 25/01/2023 Le magazine de la semaine

Béarn – Alpha Chitin, la chimie du vivant

Alpha Chitin, dont l’usine est située à Lacq, est l’un des 18 lauréats de l’appel à projets « Première usine » lancé dans le cadre de France 2030. Une reconnaissance pour cette start-up qui s’apprête à produire du chitosane, une molécule utilisée notamment par l’industrie pharmaceutique et cosmétique, obtenue grâce à des larves de mouches.

Alpha Chitin

© Alpha Chitin

Il y a quelques mois sortait de terre une nouvelle usine le long de la départementale 817, sur une parcelle voisine de Toray et propriété de Total. Depuis, des machines très spécifiques y ont été installées et sont actuellement en phase de test avant un réel démarrage prévu le 2 janvier, après plus de 7 années de développement nécessaires à la société Alpha Chitin pour concrétiser son projet novateur de chimie biosourcée.

Cette société, née en Isère, prévoit d’extraire de la chitine à partir de larves de mouches, de champignons et de petits crustacés appelés krills, afin de produire son dérivé, le chitosane, une molécule utilisée par les industriels de nombreux secteurs. Une innovation mondiale qui pourrait semble-t-il changer la donne et devenir une alternative non négligeable : actuellement, les 160 000 tonnes de chitosane produites chaque année sont fabriquées à 80 % en Asie et uniquement grâce à la chitine présente dans les carapaces de crevettes et de crabes.

Un soutien de Total

Soutenu notamment par Total Développement Régional, qui lui a par ailleurs versé 925 000 € pour la R&D, ainsi que par la communauté de communes Lacq Orthez qui lui a accordé une aide à l’investissement immobilier de 100 000 €, ou encore par la BPI, Alpha Chitin a pu construire son usine moyennant 14 millions d’euros d’investissements. Aujourd’hui, l’entreprise se voit davantage encore mise en confiance en devenant la seule entreprise de Nouvelle-Aquitaine lauréate de la première vague de l’appel à projet « Première usine », lancé dans le cadre de France 2030. Entre 3 et 5 millions d’euros vont lui être accordés à ce titre.

Pour les cofondateurs d’Alpha Chitin, il s’agit là « de la reconnaissance d’un projet ambitieux », né il y a dix ans. Philippe Crochard, son président, s’intéresse à l’époque à l’élevage de larves pour leur protéine mais comprend très vite l’intérêt de leur chitine que personne n’a encore songé à extraire et à valoriser. Il décide d’y remédier, aux côtés de Jérôme Delay, aujourd’hui directeur de la société.

Un haut niveau de traçabilité

Conscient du potentiel de cette découverte, ce dernier voit loin : « Nous visons les marchés pharmaceutiques et médicaux, vétérinaires et alimentaires, ainsi que cosmétiques, qui représentent un potentiel de 50 000 tonnes de chitosane », révèle-t-il. « Nous allons nous attacher à le faire grossir : si certains de ses marchés n’en utilisent pas plus, c’est parce qu’ils n’arrivent pas à sourcer la bonne molécule, avec le niveau de traçabilité et de pureté qui convient et que nous, nous pouvons leur proposer ».

Alpha Chitin prévoit dans un premier temps de produire 250 tonnes de chitosane par an

Alpha Chitin prévoit dans un premier temps de produire 250 tonnes de chitosane par an, puis 1 500 tonnes une fois le site agrandi. Car Alpha Chitin ne se contentera pas de son actuelle usine pilote : d’ici 2025, une « méga-usine » verra le jour, accolée à la première. Sur le territoire, l’entreprise compte employer jusqu’à 200 personnes et devenir, à terme, « l’un des plus gros employeurs du bassin de Lacq ».

Le chitosane sur le terrain du glyphosate

Le chitosane d’Alpha Chitin n’a pas fini d’étonner Jérôme Delay lui-même, qui constate que « tous les trois mois », une nouvelle application est découverte. Dernière constatation en date : le chitosane pourrait également convenir pour fabriquer un biopesticide « qui remplacerait le glyphosate », sous une forme particulière contenant du cuivre et du soufre. « Les premiers tests en champs ont été réalisés sur de l’orge, du blé et de la vigne et montrent que l’on tient une véritable pépite d’or », s’enthousiasme le directeur d’Alpha Chitin, qui précise que les curseurs restent à ajuster et les dossiers réglementaires à monter.

Alpha Chitin en chiffres

Une usine pilote de 3 500 m2

Une future mega-usine de 25 000 m2 sur 8 ha de superficie

30 M€ investis au total d’ici fin 2023, 250 M€ d’ici 2025

18 salariés aujourd’hui, 60 salariés en 2023, et plus de 200 salariés à partir de 2025