Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Bergerac – Une première pierre pour de la poudre

Le président Macron est venu lancer le programme de travaux redonnant au site Eurenco la spécialité d'origine de feue "la poudrerie de Bergerac". La montée en puissance pour la fabrication de poudres gros calibre est un signal de plus pour une économie de guerre.

© Loic Mazalrey - Archives La Vie Économique

Le président de la République, accompagné du ministre de l’Économie et du ministre des Armées, mais aussi d’industriels de la défense, a donné le coup d’envoi d’un chantier pour lequel les voyants se sont rapidement mis au vert, car il répond à une priorité de souveraineté nationale pour le réarmement, comme il en fut question pour les médicaments en sortie de Covid. Au stade des terrassements, il faut imaginer dès l’an prochain sur 15 hectares une usine qui ajoutera l’élément de propulsion (jusque-là fabriqué en Suède, où la production est maintenue), aux activités actuelles de nitrocellulose et d’assemblage de charges modulaires.

Activité de pointe et de haute sécurité

Bergerac est l’un des deux sites français d’Eurenco, avec le siège de Sorgues (84). Né en 2004 de la fusion de deux acteurs historiques de la défense, le leader européen des matériaux énergétiques de défense célèbre ses 20 ans dans un contexte géopolitique tendu, donc favorable à son activité. Héritier d’un savoir-faire unique, « plus particulièrement dans la production de charges modulaires pour munitions d’artillerie de 155 mm », ses installations 4.0 ont été récemment présentées au directeur de l’industrie de défense, ingénieur général de l’armement.

Emmanuel Macron © Shutterstock

Un groupe en ordre de bataille

Début 2023, le groupe s’était mis en ordre de bataille pour renforcer sa position et accélérer son développement en faisant évoluer son organisation, placée sous cette marque unique, après le rachat de Manuco en 2021 (leader européen de la nitrocellulose). Le plan de transformation du groupe, lancé en 2019, a permis d’augmenter la notoriété et le chiffre d’affaires (+ 40 %, soit plus de 300 millions d’euros) et de créer plus de 200 emplois.

L’histoire de la ville et de sa « poudrerie nationale », site choisi fin 1915 loin du front et près du port de Bordeaux, a connu des hauts et des bas, des frayeurs comme il en arrive sur un site Seveso seuil haut, une gestion de friche industrielle avec une décontamination des sols pour d’autres usages. Par convention, depuis mars 2021, la Région accompagne aussi la société pour ses actions de performance industrielle, d’innovation, de formation et de réduction de la consommation énergétique. Deux projets R&D ont ainsi reçu des financements d’1 million d’euros permettant, avec une formulation verte, l’accès à des marchés civils (pharmacie, agroalimentaire, électronique…). Des heures de formation ont aussi été financées pour 115 salariés.

© Loic Mazalrey – Archives La Vie Économique

Choix industriel de relocalisation des poudres

Une grande diversité de métiers est à l’œuvre : pyrotechnie, chimie, maintenance, R&D, prévention, qualité, supply-chain, finance, prévention. Ce printemps, les offres d’emploi pleuvent pour les deux sites français d’Eurenco : stagiaire ou ingénieurs, alternants ou CDI. Bergerac, passé de 200 à 250 salariés avec un objectif de 450, fonctionne en continu, il en va des stocks stratégiques européens. « La clé sera de former les jeunes et les demandeurs d’emploi pour des retombées durables sur le territoire », a insisté le chef de l’État et chef des Armées. La mise actuelle de 500 000 charges annuelles, qui a déjà doublé, va encore doubler. Ces charges « utilisées pour les canons Caesar sont fondamentales pour la défense du territoire ukrainien ». 76 millions d’euros ont été investis sur Eurenco, via le plan européen ASAP, pour ce résultat. 500 millions le seront dans les deux ans, avec le soutien de l’actionnaire qu’est l’État, pour accompagner l’effort de relocalisation et de production, à 75 % destinée à l’exportation. « Bergerac est le symbole d’une reconquête industrielle » a conclu Emmanuel Macron.

Le temps est de nouveau aux recrutements chez Eurenco