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Bergeracois : Château Monestier-Latour, l’orfèvre du vin

Coprésident avec sa sœur Caroline de la maison d'horlogerie et de joaillerie de luxe Chopard, Karl-Friedrich Scheufele a racheté le château Monestier-Latour, en Bergeracois, en 2012. Il en a fait une référence de la biodynamie.

© Loïc Mazalrey - La Vie Economique

Il aurait pu s’offrir une propriété de renom dans le vignoble bordelais, mais c’est en Dordogne que le discret coprésident de la maison d’horlogerie et de joaillerie de luxe Chopard, Karl-Friedrich Scheufele, 66 ans, a trouvé bague à son doigt. En 2012, lui et son épouse, Christine, ont fait l’acquisition du château Monestier-Latour, au sud de Bergerac, et de ses 31 hectares de vignes plantées sur les terres convoitées de l’appellation d’origine contrôlée (AOC) Saussignac. « Nous avions eu tous les deux un coup de cœur pour la région lorsque nous l’avions traversée à l’occasion de notre voyage de noces, confie l’homme d’affaires allemand aujourd’hui établi en Suisse. Aussi, quand le moment est venu pour nous de chercher un écrin à notre passion commune pour le vin, nous avons concentré nos recherches dans le Bergeracois et nous sommes tombés sur le petit bijou qui fait notre bonheur depuis bientôt douze ans. » À l’époque, Monestier-Latour était un diamant brut qui ne demandait qu’à être poli et serti par une main d’orfèvre. « La propriété était exploitée de manière conventionnelle », explique la directrice administrative et commerciale du château, Margaret Delbeke, premier témoin de son incroyable métamorphose. « À la demande des époux Scheufele, son fonctionnement a basculé en mode biodynamique. »

Faire confiance à la Nature

Exit les traitements chimiques pour contrôler les parasites, les maladies et la croissance de la vigne : Karl-Friedrich et la mère de ses trois enfants ont décidé de faire confiance à la Nature pour fabriquer un vin qui leur ressemble. « En faisant le choix de la biodynamie, nous avons adopté l’approche d’un médecin chinois qui dispense des soins préventifs au sol et aux ceps pour les rendre résistants face aux aléas climatiques », explique le propriétaire du château qui produit près de 90 000 bouteilles par an. De l’osier et de la valériane pour prévenir le gel, de l’achillée pour favoriser la floraison, de la prêle pour prévenir du mildiou ou encore du lierre, du thym et du cyprès pour mettre en dormance la vigne.

« En faisant le choix de la biodynamie, nous avons adopté l’approche d’un médecin chinois qui dispense des soins préventifs au sol face aux aléas climatiques »

Un jardin botanique et une tisanerie

Pour accompagner les mutations du château, les époux Scheufele ont veillé à restructurer le domaine. Les bâtiments techniques disséminés sur l’exploitation ont été regroupés dans un seul et même ensemble en pierres apparentes à l’intérieur duquel se trouvent la salle de réception des vendanges, les cuves (une pour chaque parcelle), le chai d’élevage, le stockage de bouteilles et un lieu de vente. Au-delà, ils ont aussi supervisé l’aménagement d’un jardin botanique et d’une tisanerie où sèchent et infusent les plantes utilisées pour chouchouter la vigne. « Dans le même esprit, nous avons également à notre disposition un dynamiseur capable de produire de la bouse de corne et de la silice de corne », ajoute la directrice administrative et commerciale du château.

Karl-Friedrich Scheufele © Loïc Mazalrey - La Vie Economique

Karl-Friedrich Scheufele © Loïc Mazalrey – La Vie Economique

Le mildiou a été plus fort

Certes, la biodynamie n’a pas pu empêcher les ravages du mildiou qui s’est abattu sur le vignoble de Bergerac à l’été 2023 après des mois de pluie continue. « Le volume des raisins récoltés en rouges s’en est ressenti », admet Margaret Delbecke. « Les bénéfices de la biodynamie se mesurent sur le long terme », renchérit Karl-Friedrich Scheufele, fier des vins de Saussignac, de Bergerac et de Côtes de Bergerac que le château est en mesure de proposer à ses clients aujourd’hui. « Le vin, c’est une œuvre de patience. Il faut du temps pour trouver le bon équilibre, autant qu’il en faut à l’horloger pour arriver à mettre au point un mécanisme innovant dans une montre », rappelle le coprésident de la maison Chopard. Si l’intéressé a attendu longtemps avant de servir son vin dans les réceptions organisées par la marque de luxe suisse, c’est parce qu’il voulait être certain d’avoir le meilleur de Monestier-Latour à offrir. « Le château n’a jamais été et ne sera jamais une succursale de Chopard, affirme son propriétaire. Il a vocation à exister par lui-même et pour lui-même. » D’où l’accent mis sur la promotion des vins de la propriété lors de la première édition du Salon Wine Paris organisée en février au cours de laquelle Margaret Delbeke a pu sceller de nouvelles relations commerciales à l’étranger. « Nous sommes déjà présents au Japon, en Chine, aux États-Unis et nous serons peut-être très bientôt au Costa Rica », espère la responsable du domaine.