Couverture du journal du 27/01/2021 Consulter le journal

Brexit : Les conséquences néfastes

L’entente cordiale de 1904 résistera-t-elle au Brexit ? C’est la question que se pose Cédric de Bourayne, directeur commercial de Kirpy, président du Ciel, Club des Exportateurs du Lot-et-Garonne. Pour Kirpy, l’un des fleurons lot-et-garonnais fort de 35 salariés, comme pour les autres entreprises qui commercent avec l’Angleterre, entre Brexit et Covid, c’est un casse-tête chinois !

Brexit, Kirpy

© Photo de Elionas2 provenant de Pixabay

La Vie Économique : Pourriez-vous nous rappeler l’activité de Kirpy, sise à Layrac ?

Cédric de Bourayne : « Créée en 1912 par Monsieur Garric, Kirpy connaît son premier succès avec la construction d’une charrue spéciale, la « Décavaillonneuse », permettant le labour du cavaillon, lourd travail effectué autrefois à la main. Depuis ce temps-là, l’entreprise n’a cessé d’innover et de fabriquer des machines agricoles de plus en plus performantes et ce dans le monde entier. Aujourd’hui, ce sont plus de 100 ans d’expérience dans le travail du sol et plus de 40 ans d’expérience dans l’épierrage.

Kirpy, c’est aussi trois marques : Kirpy, Grenier Franco, Becker et plus de 100 références d’outils de travail du sol. L’entreprise compte deux sites de production, Kirpy à Layrac dans le Lot-et-Garonne et Grenier Franco à Andancette dans la Drôme. La diversité de nos produits nous permet d’être présents dans une multitude de métiers tels que la grande culture, la vigne, la forêt, l’arboriculture et les travaux public. »

L’impact du Brexit a été palpable dès le résultat du référendum en 2016

LVE : Quel impact aura le Brexit sur vos exportations et sur votre chiffre d’affaires ? Quels en seront les problèmes majeurs ?

Cédric de Bourayne © D. R.

C. de B. : « L’impact du Brexit a été palpable dès l’annonce du résultat du référendum du 23 juin 2016. Notre exportateur était très inquiet à cette époque et les effets négatifs ont été immédiats. La peur du lendemain s’est installée chez nos clients anglais tant dans l’agriculture que dans les travaux publics et notre chiffre d’affaires n’a pas évolué depuis, voire même a légèrement baissé. Le chiffre d’affaires UK (entre 100 0000 et 150 000 euros) représente une part non négligeable de notre chiffre d’affaires export (1,8 million à l’export sur 5,2 millions d’euros de chiffre d’affaires global) et un Brexit lourd ou pas et un retour à des formalités de douane ne seront pas forcément le frein majeur pour nos échanges. La monnaie sera un handicap si nous vivons une chute du cours de la livre. Le problème majeur est la peur du lendemain de la part de nos clients anglais qui sont à 80 % des agriculteurs. Quitter l’Europe signifie ne plus avoir droit aux aides européennes… »

 

LVE : Quel regard plus large portez-vous sur le Brexit en tant que président du Club des exportateurs du Lot-et-Garonne ? Quelle est la part de l’export des entreprises lot-et-garonnaises qui commercent avec l’Angleterre ?

C. de B. : « Il est toujours compliqué et parfois déplacé de parler pour les autres mais ce que j’entends le plus est l’évidence d’une surcharge administrative et plus particulièrement dans le domaine de l’agroalimentaire qui est une des activités des plus importantes de notre département. En plus d’un surcroît de travail qui engendrera forcément des coûts supplémentaires des deux côtés, le problème de la logistique sera un autre facteur pénalisant. Le temps que tout se mette en place, il faudra sans aucun doute redoubler de vigilance. Le Lot-et-Garonne exporte pour 1 074 M€ et enregistre un excédent commercial de 24,4 M€. (Sources Région Nouvelle-Aquitaine et CCI Nouvelle-Aquitaine 2019). Globalement, les exportations ont augmenté de 10,6 % notamment grâce aux produits agricoles et agroalimentaires (+ 11,6 %). Les exportations du Lot-et-Garonne (2019) vers le Royaume-Uni représentent 8,5 % du volume global avec 91 M€ en hausse de 15,7 % par rapport à 2018 : c’est un marché très important pour le Lot-et-Garonne. »

Le Lot-et-Garonne exporte pour plus de 1 milliard d’euros au Royaume-Uni

LVE : Comment appréhendez-vous l’année 2021 ?

C. de B. : « Le Brexit est réellement le cadet de nos soucis, ils ont voulu quitter l’Europe, c’est fait et à nous tous de trouver les meilleures voies pour continuer nos échanges avec nos partenaires anglais. Les conséquences les plus lourdes du Brexit seront de fragiliser un peu plus notre grande Europe… 2021 est attendue de tous comme l’année du « Re-Start » et nous y croyons fort même si les incertitudes sont énormes. La Covid est un raz-de-marée dévastateur depuis presque un an pour tellement de sociétés et de personnes qu’il est vraiment difficile de se projeter de façon globale. Nous avons de beaux projets en cours mais le monde est tellement changeant que nous avons du mal à voir bien loin. Mais on y croit ! »