Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

C’est deux euros : 30 ans de prix unique

Depuis 1994, l’enseigne qui vend des produits du quotidien à prix unique « C’est deux euros » a traversé de nombreux orages. Dernier en date : l’explosion du coût des transports et des matières premières à laquelle elle a dû s’adapter.

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En 2022, les 45 boutiques C'est deux euros ont accueilli 3,7 millions de clients © C'est deux euros

Avec ses 45 magasins situés dans les grandes villes de France, l’enseigne C’est deux euros portée par Cedif (filiale du groupe toulousain Cargo) veut continuer à mailler le territoire. Si elle est optimiste aujourd’hui, elle a toutefois dû faire face à de grands défis depuis l’ouverture de ses premiers magasins en 1994 à Toulouse, Bordeaux ou Montpellier. « Marc de Bisschop, le président-fondateur de C’est deux euros – à l’époque « C’est dix francs » – a importé en France le modèle des magasins à prix unique qui existait déjà en Grande-Bretagne, sous l’enseigne Poundshop, ou au Canada avec Dollarama », relate Sophie Guionnet, directrice générale adjointe de Cedif. Le concept ? Des petites boutiques de 80 à 180 m2 situées sur les axes les plus passants des grandes villes qui proposent plus de 2 500 références d’équipement de la maison et de la personne. La moitié des produits sont permanents, l’autre, « d’opportunité », provient d’achats de lots et de destockage.

Nous avons investi 5 millions d’euros pour rénover l’intégralité de notre réseau

NOUVEAU TOURNANT

Rapidement, le modèle séduit : « les boutiques se sont multipliées, au rythme d’une à deux ouvertures par an », indique la directrice générale adjointe. L’enseigne fait toutefois face à ses premières difficultés lors du passage à l’euro quand elle doit, par la force des choses, changer de nom et se repositionner. Au milieu des années 2010, C’est deux euros entame un nouveau tournant. « Le modèle commençait un peu à s’essouffler », se souvient Sophie Guionnet. « Nos boutiques étaient tellement ancrées dans les villes que les clients ne les voyaient plus vraiment. Nous avons démarré une grande réflexion pour nous moderniser. » Cedif revoit toute sa charte graphique, sa communication, l’agencement de ses points de ventes… « À partir de 2019, nous avons investi 5 millions d’euros pour rénover l’intégralité de notre réseau. À chaque fois, nous avons fermé nos magasins pendant plusieurs semaines pour y réaliser des travaux. »

SE RÉINVENTER FACE À LA CRISE

Alors qu’elle est en pleine mutation, l’enseigne subit la crise Covid et les fermetures de commerces qui en découlent. « Ça a été un coup dur, mais nous avons su faire le dos rond », se souvient Sophie Guionnet. Après la crise sanitaire, la guerre en Ukraine et ses conséquences économiques viennent à nouveau mettre à mal les ambitions de Cedif qui doit – à nouveau – se réinventer. Car l’enseigne, dont la promesse est dans le nom, ne peut augmenter ses prix de vente. « Les coûts du transport ont explosé. On achète en Europe autant que possible, mais également en Chine, en Inde, au Maroc ou en Espagne où l’on fait fabriquer nos produits récurrents ». Dans ce contexte, l’entreprise décide de modifier ses habitudes d’achat. « On a décidé de commander des stocks non plus pour six mois comme on le faisait avant, mais pour un an, pour optimiser les coûts de transport. Nous avons aussi continué à acheter à contre-courant ; c’est-à-dire à négocier nos achats de produits de Noël dès le 15 janvier ». L’entreprise profite de son entrepôt de 6 000 m2 basé à L’Union, au nord de Toulouse, pour stocker ses produits.

Cedif revoit aussi son offre en magasin. « On a dû arrêter temporairement certaines références : des bougies votives, de la vaisselle, notamment des verres, ou des petits articles de coiffure devenus trop chers. Certes, notre offre n’a pas pu être celle que l’on aurait aimé proposer, mais cela nous a permis de tenir », explique Sophie Guionnet.

C'est deux euros

© C’est deux euros

DES PERSPECTIVES OPTIMISTES

C’est deux euros commence actuellement à remettre en rayon les produits dont les boutiques avaient dû se priver pendant quelques mois. L’enseigne lance même une gamme de produits cosmétiques fabriqués en France, vendus sous sa marque propre. L’orage semble être passé, « même si l’on ne sait pas de quoi sera fait demain », tempère la directrice générale adjointe. Aujourd’hui, Cedif constate une augmentation de la fréquentation et du chiffre d’affaires de ses 45 magasins. « On note une hausse de 15 à 20 % comparé à 2022 », affirme Sophie Guionnet. En 2022, Cedif avait accueilli 3,7 millions de clients dans ses points de vente et réalisé un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros. « Si les choses se poursuivent à ce rythme, nous devrions dépasser notre prévisionnel 2023 fixé à 21 millions. » Dans ce nouveau contexte plus favorable, Cedif, qui emploie 30 personnes sur son siège de L’Union et 160 à 180 personnes en magasin, souhaite poursuivre son développement. « Nous aimerions nous implanter à Lille, car c’est la seule grande ville où nous ne sommes pas, et ouvrir deux boutiques supplémentaires à Paris, en plus de celle située boulevard de Sébastopol. »

C’EST DEUX EUROS EN CHIFFRES

Création de la société Cedif : 1993
45 boutiques partout en France dont Bordeaux, Toulouse, Agen, Bayonne, Tarbes et Pau dans le Sud-Ouest
2 500 références
Environ 200 salariés
Chiffre d’affaires 2022 : 20 M€