Couverture du journal du 07/12/2022 Consulter le journal

Commissaires aux comptes : communiquer et se diversifier

Présidente de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de la Grande Aquitaine, Gwladys Tohier, elle-même commissaire aux comptes à Biarritz, fait le bilan à mi-mandat et dresse des perspectives. Mieux faire connaître la profession et l’accompagner vers de nouvelles missions sont les deux axes de son programme.

commissaire aux comptes

Gwladys Tohier et la conférencière Hermès Garanger à Arcachon ©DR

La Vie Economique : Comment s’est passée l’assemblée générale de la CRCC Grande Aquitaine organisée à Arcachon le 14 octobre dernier ?

Gwladys Tohier : « Nous étions une cinquantaine de commissaires aux comptes inscrits et un peu plus de 200 avec les invités et les parties prenantes. Le thème de l’assemblée générale était « lâcher prise pour mieux performer ». Ce n’était pas une assemblée conventionnelle et cela a été très bien perçu par les confrères. Nous avons accueilli des intervenants sur les thèmes de l’émotion et de la méditation. Je souhaitais un moment de partage et de convivialité. »

LVE : Votre mandat de présidente vous prend beaucoup de temps ?

G.T. : « La première année, j’y ai consacré 90 % de mon temps puis 50 % la deuxième année. L’équipe de mon cabinet m’a permis de le faire. J’espère arriver à un tiers-temps sur les deux prochaines années de mon mandat. »

LVE : Quel bilan faites-vous à mi-mandat ?

G.T. : « Nous avons réussi à mettre en place beaucoup d’actions de notre programme de campagne et notamment l’écosystème parties prenantes avec 96 entretiens en 2021. Nous avons ainsi rencontré des députés, des sénateurs, le monde judiciaire avec les premiers présidents de cours d’appel, les présidents de tribunaux judiciaires et de commerce de douze départements de Nouvelle- Aquitaine et de trois départements d’Occitanie. »

LVE : Quel est le sens de ces rencontres ?

G.T. : « Pour communiquer sur notre mission et montrer notre utilité. Nous avons été secoués par la loi Pacte et il était important que les parlementaires comprennent mieux l’utilité des commissaires aux comptes. Nous avons eu un bon retour car déjà certains font dorénavant la différence entre un expert-comptable et un commissaire aux comptes. Nous avons également rencontré Nathalie Delattre, vice-présidente du Sénat, qui du coup a posé quatre amendements suite à nos suggestions sur une loi concernant l’origine des fonds étrangers dans des fonds de dotation et l’intervention des commissaires aux comptes dans ce cadre. Même si ces amendements n’ont pas été adoptés, nous avons été entendus. »

LVE : Dans votre programme figuraient la communication et la formation comme axes principaux. Avez-vous mis en place des actions avec peut-être déjà des résultats ?

G.T. : « Nous avons recruté quelqu’un en charge de la communication dont on voit notamment les publications sur les réseaux sociaux. Nous avons initié le programme « les explorateurs » et nous avons accompagné une dizaine de cabinets sur Bordeaux dans une transformation digitale et marketing via une plateforme e-learning et des réunions d’une dizaine de personnes. Nous avons finalement remplacé ce programme par un coaching plus personnalisé de notre community manager qui accompagne les cabinets de commissaire aux comptes inscrits à notre compagnie en marketing digital. »

Gwladys Tohier ©DR

Nous avons accompagné une dizaine de cabinets sur Bordeaux dans une transformation digitale et marketing

LVE : Et pourquoi du marketing digital ?

G.T. : « Pour apprendre à mieux nous vendre car notre profession ne sait pas le faire. Nous avons un cursus très technique dans notre formation et notre diplôme mais vendre nos missions à nos clients est plus compliqué et notamment aux entreprises qui ne sont pas obligées d’avoir un commissaire aux comptes. «

LVE : Quelles autres actions sont en cours ?

G.T. : « Nous menons également une action avec le président de la Région Nouvelle-Aquitaine que nous avons rencontré plusieurs fois. Nous finalisons une convention pour permettre à dix cabinets pilotes de commissaires aux comptes d’entamer une démarche RSE au sein de leur cabinet et ainsi de montrer l’exemple. Dans le cadre de la mission de commissaire aux comptes, nous pouvons effectuer des diagnostics RSE alors autant se l’appliquer d’abord à nous-même. »

LVE : C’est l’une diversifications possibles de votre profession ?

G.T. : « Oui et c’est l’un des avantages de la loi Pacte. Vu que l’on réduisait nos missions en ayant moins d’entreprises à auditer, il fallait bien rebondir et trouver d’autres missions à effectuer dans les entreprises que nous accompagnons. J’espère que le choc de la loi Pacte va nous réinventer. Cette profession en a besoin. C’est bien que nous ne soyons plus cantonnés à l’audit légal des comptes. J’ai personnellement une appétence pour le RSE et je m’oriente sur ce sujet en souhaitant qu’il devienne une part importante de mon activité. »

C’est bien que nous ne soyons plus cantonnés à l’audit légal des comptes, nous pouvons effectuer des diagnostics RSE, c’est dans nos missions

LVE : La profession a-t-elle perdu beaucoup de clients avec la loi Pacte ?

G.T. : « Chaque année, au niveau national, nous avons perdu la moitié de ce que nous aurions dû perdre. Nous avons donc conservé l’autre moitié alors qu’elle n’a plus l’obligation d’avoir un commissaire aux comptes. C’est souvent parce qu’il y a un actionnariat atypique où il y a besoin de sécuriser les actionnaires que nous les conservons. Ce sont aussi des entreprises qui ont besoin de nous en termes de contrôle de process internes, de missions de diagnostic RGPD, de cyber sécurité ou RSE. »

LVE : La loi Pacte a-t-elle généré d’importantes pertes de chiffre d’affaires ?

G.T. : « Il y a des confrères qui avaient très peu de mandats et qui ont arrêté leur activité car cela demande beaucoup d’investissements et notamment en termes de formation. Quand on a entre 1 et 5 mandats et que certains sont touchés par la loi Pacte, ce n’est plus viable. Mais par contre, on ne note pas forcément de baisse de chiffres d’affaires au global. Pour notre compagnie, le volume des cotisations perçues qui est aussi en fonction des honoraires des mandats est stable voire en légère augmentation. Mais les effets de la loi Pacte sont surtout pour l’économie française. On s’est calqué sur des seuils correspondant au modèle allemand qui a de grandes entreprises dans son tissu économiques alors qu’en France il y a davantage de TPE et PME. Du coup nous sommes sortis de l’égide de ces sociétés et nous avons perdu notre rôle de procédure d’alerte des entreprises en difficulté auprès du Tribunal de commerce. Nous étions les seuls à jouer ce rôle et cette loi Pacte est un désastre pour le tissu économique français. »

Nous avons perdu notre rôle de procédure d’alerte des entreprises en difficultés

LVE : Le cadre légal de votre profession vous autorise-t-il à vous diversifier comme vous le souhaiteriez ?

G.T. : « Bonne question ! Le cadre légal nous empêche d’aller au-delà d’un certain seuil et donc nous ne pourrons pas nous diriger vers des missions de conseil comme les experts comptables. C’est le cas avec nos clients pour lesquels nous sommes commissaires aux comptes. Cela ne nous empêche pas de mener des missions de conseils lorsque nous ne sommes pas commissaires aux comptes. Si nous nous formons à la RSE, au RGPD ou à la cyber sécurité, ce sont des missions que nous pourrons proposer à nos clients dans un cadre normatif mais aussi à d’autres clients pour lesquels nous ne sommes pas commissaires aux comptes. Nous ne pouvons pas être juge et partie, c’est ce qu’il faut comprendre. Sur ces nouvelles missions liées à la RSE, au RGPD et la cyber sécurité nous sommes très bien accompagnés par la compagnie nationale avec des outils et des formations. »

23 % de femmes commissaires aux comptes

Au 15 mars 2022 la France comptait 11 542 commissaires aux comptes dont 2 673 femmes soit 23,16% de la profession selon le rapport annuel de la compagnie national des commissaires aux comptes. En 10 ans, la proportion des femmes commissaires aux comptes inscrites a progressé de 18% à 23%. Le territoire national est partagé en 17 compagnies régionales dont 4 dont dirigées par des femmes. Présidée par Gwladys Tohier la nouvelle Compagnie régionale des commissaires aux comptes de la Grande Aquitaine rassemble 800 personnes sur 12 départements de Nouvelle-Aquitaine (sauf la Charente-Maritime, le Vienne et les Deux-Sèvres) et 3 en Occitanie (Hautes-Pyrénées, Gers, Lot).