Couverture du journal du 06/04/2024 Le nouveau magazine

Distillerie de l’Òrt : le Périgord en bouteille

Nolwenn et Loïs Gauthier ont lancé, depuis 2021 leur SAS : la distillerie de l’Òrt. Dans la grange familiale, ils créent leurs alcools avec un tout nouvel arrivant dans la gamme : après le gin et le pastis, le vermouth.

Nolwenn et Loïs Gauthier distillerie d'Ort

Nolwenn et Loïs Gauthier © Emi Makarof

Loïs Gauthier est un magicien des saveurs. Tel un alchimiste, il enferme en bouteille le pétillement du citron, la douceur de la lavande, et surtout, il extrait leurs émotions. Nolwenn Gauthier est un condensé de connaissances, les mains dans la terre. Elle cultive les plantes, connaît leur secret, et surtout maîtrise la transition écologique des pratiques agricoles. Ensemble, le frère et la sœur ont créé il y a trois ans un lieu à leur image : la distillerie de l’Òrt, infusant la France avec leurs gins et pastis, grâce à une production annuelle de 14 000 bouteilles. Pour 2024, Loïs, formé en Écosse et qui a travaillé pendant 5 ans dans une distillerie anglaise, a cette fois jeté son dévolu sur la création d’un vermouth. Il est disponible à la vente dès ce mois de février.

Des saveurs hautes en couleurs

Pour cette nouveauté, son créateur a voulu jouer sur l’amertume de la boisson. À partir de vin local, de la Rosette du château de Combrillac, Loïs a twisté les saveurs avec notamment de l’achillée millefeuille. Ses boissons, le maître distillateur les conçoit comme des tableaux. « La particularité de ces alcools, c’est qu’on peut y mettre toutes les plantes qu’on veut, tant qu’on respecte la base. » Quand il parle des saveurs, il évoque des couleurs, voire des tableaux de grands maîtres, imaginant la palette d’un Gauguin.

Loïs et Nolwenn infusent la France avec leurs gins et pastis grâce à une production annuelle de 14 000 bouteilles

Une médaille d’or

Sentir le gin de la gamme de la distillerie de l’Òrt, ce n’est pas seulement reconnaître du genièvre, c’est voyager dans un jardin au printemps, sentir ses notes de thym, de citron, de romarin, de marjolaine ou de lavande qui viennent chatouiller les narines. « C’est l’odeur du Périgord, quand la terre remonte, on a ce côté herbacé, citronné. C’est cette image de balade en Périgord que j’ai voulu donner », note Loïs Gauthier. Un travail récompensé puisque le gin a été médaillé d’or au concours général du salon de l’agriculture 2023.

Dans le pastis, l’orfèvre des arômes a joué sur les goûts avec du miel de Brantôme. Et, pour multiplier les terrains de jeu, avec sa sœur, Nolwenn Gauthier, le Périgourdin a créé des gins saisonniers : un d’hiver et un d’été. Celui de Noël 2023 est « une ode aux pâtisseries de nos grands-mères ». Après une édition 2022 axée sur des saveurs chocolatées, Loïs Gauthier a cette fois misé sur la noix, la mirabelle, le coin, la cannelle… Et pour le frère comme pour la sœur, en venant s’installer dans la grange familiale en 2023 pour y monter la distillerie de l’Òrt, deux évidences se sont imposées : le respect du terroir en travaillant avec des acteurs locaux, et les enjeux écologiques et climatiques.

5 000 m² de jardin

Ainsi tout est fait sur place, de la distillation à la mise en bouteille en passant par l’étiquetage. Loïs Gauthier est allé travailler avec un dinandier de Saint-Amand-de-Coly pour réaliser « Félicie », en référence à la félicité et au nom de leur arrière-grand-mère, leur alambic. Le jardin, quant à lui, est l’apanage de Nolwenn Gauthier. Diplômée en sciences sociales, spécialisée dans la transition écologique des pratiques agricoles, elle a créé sur 5 000 m² un jardin, certifié bio, dans lequel elle cultive les plantes nécessaires pour leurs produits : romarin, lavande, camomille, hysope, fenouil… Même les mirabelles du gin d’hiver sont cultivées au fond du pré. Tous ces produits finissent dans le ventre de Félicie pour la distillation, réalisée trois fois par semaine.

« On voulait montrer qu’on peut faire une entreprise rentable en milieu rural avec des valeurs, et innovante », résume Loïs Gauthier. Pour cela, ils ont investi plus de 120 000 euros, et ont notamment installé des panneaux solaires pour faire tourner l’alambic. L’eau qui y circule fonctionne également en circuit fermé, permettant d’économiser des centaines de mètres cubes d’eau. Pour le frère et la sœur, il était évident de véhiculer ces valeurs dans leur entreprise.

Un vermouth vient compléter la gamme à partir de février 2024

De la visibilité en salon

Nolwenn Gauthier, gère aussi la partie commerciale et la cohérence du projet. Et aujourd’hui, leurs produits sont distribués dans plus de 150 points de vente avec une production « en flux tendu ». Et pour continuer de faire connaître leur distillerie de l’Òrt, ils écument les salons : Made In France, Ginsiders, Wine expo… De quoi gagner en visibilité et augmenter leur chiffre d’affaires qui atteint pour l’instant les 240 000 euros en 2022. Car si l’entreprise est pour l’instant rentable, Loïs et Nolwenn Gauthier aimeraient continuer de la voir grandir, et pouvoir embaucher.