Couverture du journal du 25/05/2022 Consulter le journal

Dordogne : des cadres partagés et partageurs

Ils ne sont ni coachs, ni consultants, ni formateurs : à part dans la hiérarchie, les cadres opérationnels à temps partagé intègrent directement les ressources internes de l’entreprise pour piloter les équipes. C’est le principe du réseau Bras Droit des Dirigeants.

Marc Poser et Laurent Buron, membres du réseau Bras Droit des Dirigeants, cadre

Marc Poser et Laurent Buron, membres du réseau Bras Droit des Dirigeants © SBT

Marc Poser et Laurent Buron interviennent ponctuellement au cœur de la stratégie d’entreprises. Ces deux cadres indépendants, dans des domaines complémentaires, sont membres du réseau Bras Droit des Dirigeants, franchise de 110 agences basée à Toulouse. Chacun sa spécialité : Marc Poser, à Bergerac depuis mai 2019, en direction commerciale ; Laurent Buron, basé à Sarlat depuis octobre 2020, en direction générale. Chacun reste seul maître de sa clientèle tout en bénéficiant de la notoriété de la marque. « Hors notre temps de présence, proche du statut salarié, on s’organise à notre façon avec notre propre pression du résultat. »

La première garantie, morale et contractuelle, est la confidentialité car ces deux intervenants entrent dans des fonctions sensibles de l’entreprise. En tant que DG, Laurent Buron a pu percevoir une crainte de restructuration de la part des effectifs mais sa présence confirme plutôt le souci du dirigeant de consolider une situation.

DÉBLOQUER DES SITUATIONS ET DISSIPER DES NON-DITS

Marc Poser revendique un fonctionnement identique à celui qu’il adoptait comme salarié, « j’essaie de faire adhérer les équipes à mon projet, d’être le trait d’union avec le dirigeant », ce qui peut parfois débloquer des situations et dissiper des non-dits. Une conduite d’activité déléguée se fait toujours avec validation au sommet, « mais nous arrivons à éclairer des pistes possibles ou favoriser l’écoute d’une proposition ».

En plus d’une forte capacité d’adaptation, le « bras droit » s’assure une formation permanente par la force et la diversité du réseau : les membres s’échangent leurs connaissances de diplômés récents ou des expériences de terrain. « Si la méthodologie commerciale est souvent la même, les produits ou clientèles sollicitent des expertises qu’on peut mobiliser dans le réseau », ajoute Marc Poser.

En Périgord, la dimension saisonnière du secteur touristique attire bien sûr l’attention de ces cadres. Prioritairement engagés auprès de PME-TPE, ils peuvent aussi s’adresser à des collectivités locales, par exemple pour du management de centre-ville.

CDI AU MENU, TEMPS PARTAGÉ À LA CARTE

« Nous vivons une période de transition pour les emplois et le management. Notre concept est adapté aux PME dont les dirigeants sont seuls sur tous les fronts et manquent de moyens pour créer un poste. »

Le temps partagé, c’est l’avenir : on n’achète plus, on loue faute de moyens ou de volonté de s’engage

Cette solution permet de franchir le pas avant un recrutement. « Ou pas, modère Laurent Buron, car le temps partagé c’est l’avenir : on n’achète plus, on loue faute de moyens ou de volonté de s’engager. »

La configuration de reprise, après la crise, est favorable aux missions proposées. La souplesse d’une formule à la carte évite toute prise de risque, de six mois à un an et demi, à raison d’une demi-journée par semaine à huit jours par mois, seuil au-delà duquel il vaut mieux recruter.

Le confinement a compliqué un modèle économique fondé sur la rencontre de dirigeants dans les clubs d’affaires, nombreux en Dordogne, mise en sommeil en partie compensée par la présence sur les réseaux sociaux.

Marc Poser a travaillé en Midi-Pyrénées et région parisienne avant de choisir la Nouvelle-Aquitaine : son parcours de représentant, responsable de magasin, chef des ventes, responsable commercial puis d’exploitation signe une expérience de terrain et de direction qu’il met désormais à disposition des entreprises périgourdines. Ce Néo-Périgourdin s’est forgé en trois ans, malgré le Covid, un solide carnet d’adresses.

POSSIBILITÉ DE DEVENIR INDÉPENDANT MAIS PAS SEUL

Laurent Buron a connu le réseau lors d’une présentation faite par Marc Poser auprès d’un club d’affaires : l’idée d’autonomie germait chez ce cadre comptable et DG, après 28 ans dans une entreprise de travaux publics du Périgord noir. « La possibilité de devenir indépendant, mais pas seul, m’a convaincu. » S’il conserve une spécialité BTP pour ses missions, il a aussi l’occasion de changer d’univers, dans l’agroalimentaire notamment.

« Nous intervenons surtout dans des structures de fabrication et de commerce. »

Chacun remplit quatre à cinq missions par mois, en moyenne, certaines très ponctuelles et ciblées, d’autres sur la durée. Le chef d’entreprise peut choisir de recruter, de rebondir sur une nouvelle mission avec d’autres problématiques, ou estimer que ce travail a suffi. « Dans mon domaine commercial, soit un salarié a été identifié en interne pour prendre le relais, soit la société s’est assez développée pour recruter… mais il est rare de pourvoir un poste à plein temps », constate Marc Poser, tandis que son confrère gestionnaire s’est vu proposer un poste au terme d’une mission.

UN RÉSEAU À ÉTOFFER EN DORDOGNE

Les indépendants qui intègrent BDD doivent justifier de dix ans d’expérience de cadre dans leur spécialité, en salariat ou non. Si le potentiel de la métropole bordelaise permet d’avoir deux personnes sur chaque profil de métier du réseau, la Dordogne est en cours de développement sur les fonctions qui manquent à l’actuel duo direction commerciale et DG : pour compléter l’équipe, ils recherchent des professionnels de la direction administrative et financière, et des ressources humaines. « Une cinquième fonction de direction, celle de marketing digital, figure dans la palette du réseau. » Rattachés à l’agence régionale de Limoges, ils peuvent intervenir en Corrèze, Creuse et Haute-Vienne qui manquent de franchisés. Le Lot et le Lot-et-Garonne sont également démunis de ces compétences partagées.