Couverture du journal du 21/07/2021 Consulter le journal

[ Dordogne ] Donner vraiment du pouvoir aux territoires

La prise de fonction de Bruno Lamonerie, par ailleurs conseiller départemental du canton Isle-Loue-Auvézère, est forcément compliquée : le nouveau président de l’Union des maires de Dordogne souhaitait rencontrer ses collègues élus. Mais sitôt son élection, il a fallu annuler le congrès des maires de Dordogne, début novembre. Depuis, les sujets d’actualité ne manquent pas.

© Photo de DomyD provenant de Pixabay

La Vie Économique : Comment peser pour orienter les décisions publiques en faveur des petites communes, notamment ?

Dordogne

Bruno LAMONERIE, président de l’Union des maires 24 © Suzanne Boireau-Tartarat

Bruno Lamonerie : « L’État s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas tout faire tout seul… Les élus locaux ont leur importance sur le terrain. L’association se place en force de proposition pendant la crise sanitaire, en organisant avec la préfecture l’accès à la vaccination des personnes âgées, surtout non mobiles en milieu rural. Les communes ont recensé les aînés, les moyens à mettre en œuvre, elles sont habituées à s’occuper des problèmes de mobilité. Nous avons organisé les déplacements parce que nous sommes structurés dans nos Ehpad, nos centres de loisirs, nos transports scolaires. Cette crise révèle des choses plus profondes, sur la proximité. Le maintien des services publics en milieu rural est notre préoccupation permanente : la présence postale, celle des écoles… Le combat n’est pas récent, il se poursuit.

 

LVE : Pour la première fois, c’est un président de communauté de communes qui se trouve à la tête de l’Union des maires. Est-ce symbolique ?

B.L. : « Je préside l’Union des maires… et des présidents de communautés de communes, mais c’est vrai que c’est la première fois. Je suis élu depuis 2001, adjoint au maire d’Angoisse et je connais donc bien les rouages communaux, tout comme l’Union des maires où je siège depuis longtemps. On fonctionne davantage aujourd’hui sur la notion de bloc communal : la communauté de communes est l’émanation de ce qu’ont transféré les communes. Plus la Comcom est forte, plus les communes le sont. »

Le maintien des services publics en milieu rural est notre préoccupation permanente

LVE : Quel est le paysage actuel et quelles sont les tendances ?

B.L. : « Nous représentons un maillage humain du territoire : personnel de mairie, centres de loisirs, enfance, culture, assainissement… Ils vivent souvent dans leur bassin d’emploi. Les 506 communes sont toutes adhérentes à l’Union des maires. On a assisté à la naissance de communes nouvelles, ce qui a souvent coûté la place au maire sortant… La population doit adhérer à ces regroupements. On peut se poser la question du seuil pour conserver de petites communes mais, en milieu rural, il ne faut pas éloigner les gens du dernier lieu de service public que constitue la mairie. C’est dangereux pour la démocratie.

Sur les 20 EPCI de Dordogne, seules les communautés de communes sont adhérentes, les deux communautés d’agglo ne le pouvant pas, sur disposition statutaire de l’Union des maires de France. La situation des EPCI est figée jusqu’en 2022, on peut redouter d’autres regroupements ensuite…mais on arrive aux limites de l’exercice, les moyens ne sont plus en rapport avec le territoire. Le bloc communal représente environ 35 % des investissements publics, avec des travaux souvent réalisés par des artisans locaux. Les aides du plan de relance national sont conséquentes et nous comptons bien y recourir, en essayant de dégager un autofinancement. Car le paradoxe, c’est que nous avons moins de moyens alors même que l’État est en capacité de nous aider davantage à investir. »

Le libre exercice des collectivités est menacé, l’administration reste très centralisée

LVE : Quels sont les axes de votre mandat ?

B.L. : « Sur tous les chantiers qui s’ouvrent, j’aimerais que l’Union des maires soit force de proposition et l’État un partenaire, et sortir d’une opposition permanente : pour la carte scolaire, j’aimerais qu’on commence déjà à préparer celle de 2022, qu’on apporte des solutions sur les sujets qui posent problème… on est trop souvent en réaction. Notre vigilance porte sur des dossiers comme Hercule, démantèlement d’EDF façon France télécom… Ce sera plus facile d’agir quand on pourra échanger en direct avec les élus. On n’est pas toujours tous d’accord, mais un consensus peut se dégager autour de l’intérêt général et du bien public.

L’autre objectif est d’aller vers une vraie décentralisation : elle est inscrite dans la Constitution mais on a beaucoup recentralisé ces dernières années, certaines collectivités n’ont plus d’impôts à lever et leurs décisions d’investissement sont orientées par l’État vers des projets aidés, la crise sanitaire favorisant cela. Le libre exercice des collectivités est menacé, l’administration reste très centralisée. »