Couverture du journal du 07/12/2022 Consulter le journal

Hautes-Pyrénées – Prix de l’énergie : les stations s’adaptent

A l’instar de toutes les entreprises, les stations de ski qui renégocient leur contrat d’électricité sont confrontées à la vertigineuse hausse des prix mais aussi à la baisse des 10 % de consommation intimée par l’État. Pionnier de l’économie d’énergie, Peyragudes s’inquiète de la flambée des prix tandis que Gavarnie, à l’abris de l’augmentation, étudie les pistes pour mettre en place le plan de sobriété.

pyrénées énergie

©GonzaloAmundi

L’ augmentation de l’énergie provoque un vrai coup de chaud dans les stations de ski et avec un prix du mégawattheure multiplié par dix suivant certains contrats, l’année 2023 pourrait se profiler comme celle du gouffre financier. Doublée par la demande du plan sobriété de l’Etat, qui impose une baisse de 10 % de la consommation énergétique, les questions sont nombreuses. Dans les Hautes-Pyrénées, l’inquiétude est partagée mais si beaucoup misent sur les négociations en cours, d’autres n’ont pas attendu les consignes gouvernementales ni la flambée des tarifs pour entamer un virage moins énergivore. C’est le cas de Peyragudes qui a été la première station de France certifiée ISO 50001. Un management général de l’énergie qui concerne l ’exploitation, la maintenance des remontées mécaniques, le parc roulant, le damage mais aussi la neige de culture et les bâtiments.

Laurent Garcia, directeur de Peyragudes énergie

Laurent Garcia, directeur de Peyragudes ©D.R.

AJUSTER LA CONSOMMA- TION SANS DÉGRADER L’OFFRE CLIENT

À quelques semaines de l’ouverture de la saison hivernale, Laurent Garcia, directeur général du domaine skiable, se montre préoccupé mais positif : « Ça fait des années qu’on a appris à travailler dans la réduction des besoins énergétiques, on a déjà une feuille de route en place qui nous a permis de pouvoir résorber d’année en année le besoin en énergie. Que ce soit avec les dameuses par des systèmes comme le Snowsat ou les appareillages, au niveau des besoins électriques on arrive à être en maîtrise ». Basé sur l’étude de l’épaisseur réelle de la neige, le Snowsat permet une utilisation ciblée des ressources, le temps d’intervention des dameuses est ainsi optimisé et la neige produite suivant les besoins : « on a installé ce système de mesure de hauteur de neige, dans lequel on a investi 350 000 €, il y a 5 ans. Il est embarqué dans chaque dameuse et permet d’utiliser au maximum la neige naturelle donc de ne pas en surproduire. On a également des pratiques de type éco-conduite avec des formations dispensées aux chauffeurs qui permettent de réduire le besoin en carburant des dameuses ou encore une vitesse des remontées mécaniques basée sur la fréquentation du moment. On a un certain nombre de leviers qui nous permettent d’ajuster la consommation à la fréquentation sans pour autant dégrader l’offre client ».

On peut s’approcher du million d’euros

UNE HAUSSE DU FORFAIT DE 5 %

Dans le domaine qui s’agrandit avec la construction d’un téléski sur le secteur des Agudes, la maîtrise de l’énergie est déjà une réalité même si le directeur s’avoue « préoccupé par l’organisation du plan sobriété demandé par l’État » : « on va aller encore plus loin, affiner nos scenarii, adapter l’ouverture à la fréquentation et bien entendu uniquement produire la neige nécessaire. On a intérêt à le faire pour baisser la facture et c’est elle qui nous inquiète ». Avec une consommation de 4 Tetra wattheure par an, Peyragudes réglait 400 000 € d’électricité en 2019 : « on est déjà passé à 600 000 €, ça peut s’approcher du million d’euros pour l’année qui arrive. Il y a un effet multiplicateur qui ne sera pas compensé avec la hausse des forfaits qu’on a voulu modérée ». Décidée en mai, bien avant la flambée de l’énergie, cette dernière s’élève à 5 % pour la saison 2022-23 et a été indexée sur l’inflation inhérente à cette période… Sachant que celle-ci sera certainement supérieure.

pyrénées énergie

©GerGan

LE MONTANT DE LA FACTURE PRÉOCCUPANT

On retrouve cette augmentation des forfaits dans la plupart des stations, elle s’élève en moyenne entre 7 % et 10 %. Il est peu probable que les clients soient la compensation sur laquelle tablent les stations. À Peyragudes, l’espoir reste de mise : « Les négociations de l’État avec l’Europe peuvent peut-être permettre de réduire de prix d’achat de la fourniture électrique avant l’hiver. On attend des pouvoirs publics, de nos représentations syndicales qui négocient avec Bercy, une inflexion sur les tarifs ou alors sur les dispositifs d’aides qui s’adressent aux entreprises en général dont nous pourrions bénéficier pour amoindrir la facture. On aura bien du courant, on va pouvoir travailler mais vraiment, on est préoccupé par le montant de la facture ». Etant obligée de renégocier son contrat, Peyragudes se retrouve prise dans l’avalanche des problèmes liés à la flambée de l’électricité, elle qui est une pionnière de l’économie d’énergie.

À GAVARNIE, UNE SEULE PISTE : ADAPTER LES HORAIRES

Dans la station de Gavarnie, le scénario est l’exact contraire qu’à Peyragudes. Avec un contrat d’électricité en cours qui couvrira la saison prochaine, aucune renégociation n’est au programme et la hausse des tarifs de l’énergie n’est pas la crainte première. Les incertitudes n’en sont pas moins présentes mais elles concernent le plan de sobriété demandé par l’Etat et ses 10 % d’économies d’énergie. Un réel enjeu mais aussi un casse-tête comme l’explique Coralie Sanchez, responsable commercialisation de la station : « On étudie les différentes options, rien n’est tranché mais nous n’avons pas beaucoup d’options.

Le ralentissement des remontées mécaniques n’est pas approprié pour nous puisqu’elles ne sont déjà pas très rapides, baisser la vitesse n’aurait pas de sens. On ne peut pas s’appuyer sur une baisse de la production de la neige artificielle, nous ne sommes pas une station qui en use beaucoup, l’hiver dernier nous n’en avons pas eu besoin ». Ne reste que réduire les horaires d’ouverture et d’exploitation du site : « Ouvrir à 9 h 30 au lieu de 9 h et fermer à 16 h 30 au lieu de 17 h… Ce n’est que le simple levier qu’on peut actionner. Il y a des choses qu’il faudra étudier, on a eu deux années difficiles, c’est un peu l’usure qui pèse sur le moral des troupes à force ». Au cœur des négociations avec le gouvernement, les Domaines Skiables de France assurent pourtant que « l’accès se fera aux horaires habituels » et que « la sobriété devra se faire sans impact perceptible par le client ». Un vœu qui fait écho aux propos d’Elisabeth Borne pour qui « la sobriété n’est pas produire moins ».

Anne Marty, présidente déléguée des Domaines Skiables de France énergie

Anne Marty, présidente déléguée des Domaines Skiables de France ©D.R.

ANNE MARTY : « ON NE DOIT RIEN SIGNER »

« En ce moment, parfois, quand vous êtes une petite entreprise, une collectivité locale, un bailleur social, on vous propose un prix de l’électricité pour renégocier vos contrats à des prix fous: ne les signez pas aujourd’hui ! Nous sommes en train de renégocier les prix du gaz et de l’électricité, de refaire fonctionner les marchés. Dans les prochaines semaines, on va veiller collectivement à retrouver des prix plus raisonnables pour que tout cela soit soutenable.

Pas d’emballement, pas d’inquiétude ». Les mots prononcés le 22 septembre par Emmanuel Macron ont eu un écho immédiat auprès des responsables de stations et Anne Marty, présidente déléguée des Domaines Skiables de France et directrice adjointe d’Altiservice y a vu « un message très clair et sans équivoque » qu’elle s’est empressée de relayer : « C’est ce qu’on nous avait dit dans les ministères, qu’un travail était engagé pour faire baisser la facture au niveau européen plutôt que de mettre en place des aides.

Elles existent, elles y sont mais nous, ce qu’on a demandé, c’est qu’elles soient adaptées à nos comptes d’exploitation qui, avec la saisonnalité sont un peu différents. Il n’y a pas deux modèles d’exploitation semblable, pour certaines stations le poids de l’électricité pèse parfois 50 % du CA. Pour elle, l’équilibre économique est impossible à trouver ».

Un leitmotiv : ne pas dégrader le produit

Cet appel à ne pas s’engager dans des contrats faramineux laisse une fenêtre de tir vers une issue plus positive que prévue : « On ne doit rien signer, le président a été formel. Si le contrat arrive à terme au 30 septembre, il faudra gérer la transition, même si les stations sont au ralenti jusqu’à mi-novembre. Les choses semblent aller dans la bonne direction ». La sobriété énergétique demandée demeure un enjeu, notamment sur les plus petites stations : « Celles qui ont des télésièges fixes, par exemple, ne peuvent pas jouer sur la vitesse puisqu’ils tournent déjà très doucement. Sur un débrayable, c’est autre chose, dès lors que vous baissez la puissance d’1 mètre/seconde, on arrive très vite à 20 % d’économie. Tous nos plans d’actions doivent être faits sans dégrader le produit et avec des impacts très faibles sur le client. Même si dans le contexte actuel, en tant que consommateur, mettre 2 minutes de plus pour arriver en haut de la remontée, sera bien pris ».

Une autre bataille spécifique concerne les Régies qui, elles, ne sont pas éligibles aux aides : « On a déposé un amendement hier pour qu’elles puissent en bénéficier. On a une réunion de gestion mi-novembre où on fera un point plus précis des stations pyrénéennes ». Dans le champ électrique particulièrement perturbant qui marque la préparation de la saison, une vraie bonne nouvelle est à noter : les réservations de séjours sont déjà au rendez-vous.