Couverture du journal du 22/05/2024 Le nouveau magazine

Irrijardin dans le grand bain

En 35 ans, la petite enseigne haut-garonnaise Irrijardin est devenue un très grand du marché de la piscine privée. La franchise, qui compte 140 magasins en France, vise dix nouvelles ouvertures chaque année et vient d’investir 11 millions d’euros dans un nouvel entrepôt en Seine-et-Marne.

© Lilian Cazabet - La Vie Economique

Premier pays européen en nombre de piscines privées, la France compte plus de 3 millions de bassins, dont la moitié sont enterrés. Surfant sur la vague, le groupe Irrijardin est devenu en 35 ans un acteur majeur de ce marché gigantesque, avec 140 magasins d’équipement et accessoires qui réalisent un chiffre d’affaires total de 150 millions d’euros. Et la franchise ne compte pas s’arrêter là. « On peut encore ouvrir une bonne centaine de magasins dans l’Hexagone sans saturer le marché », affirme le président du groupe, Yves Alibert. « Nous envisageons plus tard de nous implanter dans d’autres pays, notamment en Espagne et Belgique en priorité, puis potentiellement en Italie, mais nous ne souhaitons pas nous précipiter ».

Yves Allibert, PDG d'Irrijardin

Yves Allibert, PDG d’Irrijardin © Lilian Cazabet – La Vie Economique

D’un magasin à plus de 100 points de vente

La success story est née en 1989 à Portet-sur-Garonne. « Le premier magasin Irrijardin, fondé par Raymond Granja, vendait à l’origine des kits d’arrosage à monter soi-même. C’était très innovant, car seuls les professionnels installaient des arrosages intégrés à cette époque-là », raconte Yves Alibert. Le groupe croît peu à peu, avec l’ouverture de nouveaux magasins en propre, s’orientant sur le marché de la piscine alors en plein essor. Irrijardin se spécialise dans la vente de matériel d’entretien des piscines (produits de traitement, pompes…), qui génère aujourd’hui 80 % du chiffre d’affaires du groupe.

En 2002, Yves Alibert rejoint Irrijardin, après plusieurs expériences dans le secteur de l’agroalimentaire. À cette époque, le groupe compte une quinzaine de magasins en propre. Irrijardin ouvre sa première franchise en 2004 et en compte 40 en 2006, lorsqu’Yves Alibert devient actionnaire majoritaire. En 2018, le groupe passe le cap des 100 points de vente. Il emploie aujourd’hui plus de 200 personnes.

On peut encore ouvrir une bonne centaine de magasins dans l’Hexagone sans saturer le marché

Six ouvertures au moins en 2024

Pour 2024, six nouvelles ouvertures de magasins sont déjà programmées : « À Saint-Gaudens, Pornic, Dinard, Rennes Sud, Strasbourg Sud et Grenoble », précise Sophie Gucciardi. La directrice du développement de la franchise est d’ailleurs déjà à la recherche de nouveaux candidats pour accompagner le développement du réseau en 2025. « Nous cherchons une vingtaine de candidats : dix pour ouvrir de nouveaux points de vente et dix autres pour reprendre des magasins. Pour ouvrir un nouveau magasin, il faut un apport d’environ 75 000 euros, et pour une reprise, il faut plutôt tabler sur 110 000 euros », explique Sophie Gucciardi. Et d’ajouter : « Nous privilégions les magasins de 250 à 300 m2 implantés dans les centres commerciaux ». Une fois sélectionnés, les candidats effectuent un stage de deux mois dans le magasin d’un autre franchisé puis bénéficient d’une formation – dispensée sur le campus Irrijardin à Noé (31) – entre mi-octobre et mi-novembre.

Un nouvel entrepôt

Pour accompagner son développement, Irrijardin a investi dans de nouveaux équipements. Le groupe a inauguré en 2020 un entrepôt de 8 500 m2 sur son siège social de Noé. Près de 8,5 millions d’euros ont été investis sur ce bâtiment classé Seveso, qui fait travailler jusqu’à 40 personnes en été. « Les commandes des 140 magasins Irrijardin sont expédiées depuis ce site, tous les 15 jours entre novembre et février, puis toutes les semaines à partir du début du mois de mars », explique Philippe Gruson, directeur de la supply chain. Face au besoin croissant, Irrijardin a investi 11 millions d’euros dans un nouveau site de stockage de 9 500 m2, situé cette fois à Villenoy, en Seine-et-Marne. « Cet entrepôt, qui peut accueillir jusqu’à 10 000 palettes, va alimenter les points de vente situés dans la moitié nord de la France, nous permettant ainsi de réduire notre impact écologique en termes de transport », précise le directeur de la supply chain.

Sophie GUCCIARDI, DRH d'Irrijardin

Sophie GUCCIARDI, DRH d’Irrijardin © Lilian Cazabet – La Vie Economique

L’impact de la crise de l’immobilier

« À l’exception d’un ralentissement en 2008-2009, du fait de la crise financière, le marché des piscines n’a cessé de progresser : nous avons connu une croissance moyenne de 10 % par an. La crise Covid a encore plus boosté l’activité : nous avons fait 50 % de croissance en deux ans », indique Yves Alibert. En 2023 pourtant, Irrijardin a vu son activité ralentir pour la première fois. En cause, les restrictions d’eau, mais également le ralentissement du marché de l’immobilier. « Avec la crise de l’immobilier qui perdure, on peut s’attendre à ce que le marché de la construction de piscine ralentisse cette année encore », projette le dirigeant. « Heureusement, Irrijardin est avant tout distributeur de produits d’entretien et d’accessoires. La construction de piscines ne représente que 15 % de notre chiffre d’affaires ».

Irrijardin a investi 11 millions d’euros dans un nouveau site de stockage de 9 500 m2, situé Villenoy, en Seine-et-Marne.

Réduire l’impact environnemental des piscines

Quant à la question environnementale, Yves Alibert reste serein, malgré les interdictions récurrentes de remplissage des piscines lors des sécheresses et l’hypothèse émise par certains élus d’interdire la construction de piscines privées. « Les piscines privées ne représentent que 0,15 % de l’utilisation de l’eau en France. Les interdire ne résoudrait absolument pas le problème de la sécheresse », martèle le dirigeant, qui veut plutôt être un acteur de la transition écologique en proposant des solutions innovantes. « Les professionnels des piscines s’engagent à travers des outils plus performants. En 20 ans, la consommation d’eau d’une piscine a diminué de 40 % », affirme-t-il. « À nous de promouvoir des produits plus économes, des couvertures permettant d’éviter l’évaporation de l’eau et des systèmes de filtration capables de recycler l’eau. » En s’appuyant notamment sur le créneau de la rénovation des piscines, le président d’Irrijardin prévoit d’ailleurs de renouer dès cette année avec une croissance de 8 à 10 %. Et de conclure : « Avoir une piscine permet en réalité de développer un mode de vie très sain : rester chez soi l’été permet de limiter les déplacements et de réduire les émissions de gaz à effet de serre ».

Irrijardin en chiffres

1989 : Création à Portet-sur-Garonne

140 magasins dont 15 en propre

CA des magasins : 150 M€

210 salariés à Noé et dans les 15 magasins en propre

Jusqu’à 600 emplois au total en saison